‹ L' Inde britanniqueChapitre 41 sur 95 · RÉSULTATS ET PROGRÈS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS ET PROGRÈS

Les populations commencent à comprendre ce que c'est que l'Angleterre. — Impression favorable; le travail régulier, la paix.

En tout pays, au bout de vingt années à peine, il serait difficile de mesurer le progrès. Ce l'est davantage dans celui-ci, où les Anglais sont loin d'avoir appliqué tout leur efîort, et n'ont attaché que peu de personnel et consacré que peu d'argent à le développer. Et toutefois, même une si brève période permet de constater que quelque chose a été changé et dans le pays et dans ceux qui l'habitent. Bien entendu, il importe, pour être équitable, de distinguer entre les lieux et les races, et de ne pas comparer certains États très peuplés et presque civilisés, comme celui de Hsipaw, aux Was, encore impénétrés et qui en sont jusqu'ici à la guerre habituelle.

Un premier résultat a été d'imposer à l'esprit des populations la notion de ce qu'est le Gouvernement anglais. Pendant des années, ils en ignoraient tout. Sa puissance d'abord. Le chef de l'Etat de Wuntho, quand il vit les Anglais survenir et les affaires se gâter dans l'Etat de Momeit, augurait que cette diversion allait le tirer d'embarras. Il souleva son peuple et fut détrôné. Les Chin Hills eurent affaire à deux colonnes anglo-indiennes, l'une venue de Birmanie et l'autre du Bengale : ils pensèrent que c'étaient là deux tribus, momentanément alliées contre eux, mais dont l'alliance, évidemment passagère, ne devait pas les inquiéter. Et ils ii<! crurent pas à une occupation permanente. Durant des siècles, ils ;i\ aient vécu de raids sur les villages birmans, et dans le mépris de I ftte puissance qui n'avait jamais pu les réduire. Les nouveaux venus ne le pourraient pas davantage. Aujourd'hui cette opinion doit être autre.

Au surplus, dès le premier jour, ils ont témoigné n'avoir contre les Anglais ou leurs sujets Anglo-Indiens aucune haine de race ou de religion. Ils se mêlaient aux ci payes; ils ne semblaient pas devoir être entièrement réfractaires à l'action d'un bon gouvernement. Ils

sont devenus moins méfiants, moins soupçonneux. Ils constatent qu'à la présence des Anglais, ils ont gagné plus de sécurité et plus de facilités à faire le commerce. C'est là aussi le sentiment des Chans et des Kachins. Les sentiers muletiers, les ponts, notamment ces ponts suspendus métalliques qui d'un jet franchissent les gros affluents de l'Iraouaddy, les étonnent et leur imposent le respect. Ceux qui sont proches des plaines ou qui y séjournent pour leurs affaires, se rendent compte de l'ordre qui y règne, de la richesse qui y grandit. Ils laissent là leur costume pour celui des Birmans, et quelques-uns, même les étoffes de coton pour la soie. Ils prennent conscience d'obligations et de devoirs nouveaux. Spontanément ils viennent verser leur tribut. Ceux des monts n'en sont pas là encore. Leur esprit ne s'est pas ouvert, ni leur humeur assouplie. Ils attendent qu'on vienne à eux ; et c'est ce que fait le Civil Officer, qui les visite et, des semaines entières, circule à travers leurs villages.

D'autre part, ils voient de nouveaux venus s'établir sur leur territoire; des gens d'au delà la frontière, qui la franchissent et demandent la protection d'un gouvernement régulier. Ils constatent même que des agriculteurs du pays voisin y abandonnent des terres plus fertiles; ils comprennent que la sécurité du travail et du profit est de plus de prix même que la fertilité du sol '.

Ce qu'ils n'arrivent pas encore à comprendre, c'est que leurs congénères demeurés hors de la règle britannique, en Chine ou ailleurs, échappent à la contrainte qu'elle impose d'ordre et de discipline, et qu'ils peuvent encore, à leur guise, attaquer et razzier. Mais une expérience, promptement acquise, leur apporte d'encourageantes comparaisons. Ils se soumettent, travaillent, acquittent l'impôt et, comme dans les contes moraux, vivent en paix et ont beaucoup d'enfants. C'est une conclusion que les Anglais peuvent porter à leur actif.

1. Ce n'est pas que ces terres soient infertiles. Elles ont devant elles un bel avenir agricole. Les Anglais y comptent si bien que, dès maintenant, ils sont avares de la terre et mettent aux concessions dans les États chans des conditions sévères :

1° Les demandeurs en concession devront faire preuve :

a) de leur intention, du but qu'ils poursuivent;

b) des capitaux qu'ils ont pour en tirer parti.

2° Nulle concession ne sera donnée dans un but de spéculation, mais seulement pour l'usage personnel des demandeurs et de leurs employés.

3° Ces concessions ne seront jamais de plus de 100 acres (40 hectares), sauf recours au Chief Commissioner.

4° Réserve faite des droits du Gouvernement sur les mines.

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