‹ L' Inde britanniqueChapitre 46 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dans ce domaine si vaste de la politique indigène que nous sommes en train d'explorer, c'est ici, sur le terrain de la loi, que les Anglais ont montré à la fois le plus de scrupule, d'i ngéniosité et de ténacité. C'est ici que le lecteur en quête d'enseignements trouvera le plus à apprendre. Non pas que l'œuvre soit entièrement satisfaisante, ni que des erreurs colossales — les Anglais ne se trompent pas à demi — n'aient été commises. Mais leurs erreurs mêmes et les conceptions successives par lesquelles ils ont passé, sont des leçons. Et j'ajoute que si. de bonne foi, on examine les critiques que mérite indubitablement la loi que l'Angleterre a donnée à l'Inde, on est amené à se demander quelle nation serait mieux qu'elle parvenue ou même aurait cherché à les éviter.

L'œuvre était complexe. Elle impliquait tout ensemble la volonté respectueuse de maintenir une partie de ce qui avait été et le désir généreux d'introduire une partie de ce qui devait être. On a j)u se tromper — souvent et lourdement — dans le dosage et dans l'opportunité; la tentative du moins était honorable. Les hommes ont fait ce qu'ils ont du : au temps, de faire le reste. La hji a pu être en avance sur les peuples; les peuples sont en marche pour rattraper la loi.

Une autre remarque que ne manquera pas de faire llioiniuc; d'étude après avoir visité l'Inde et fréquenté le monde de la loi et de la justice, c'est la place énorme que le droit et la légalité tiennent flans l'administration. Non seulement le juge et l'avocat, mais le fonctionnaire, petit ou grand, même indigène, connaissent, on peut • lire sur le bout du doigt, le droit administratif et hî droit pénal, les l)rincipes, les définitions, les chapitres, les aitich^s, (îtc, et voient

sur-le-champ ce que la loi exige, permet et défend. Et non pas seulement la loi pénale; mais même la loi fiscale. Demandez-leur ce qu'est une maison en matière fiscale, le dacoit en matière pénale, etc., etc. Ils ont beau n'être pas des spécialistes et, comme notre maître Jacques, changer dix fois le jour de métier ; ils vous répondront non par de subtiles définitions qu'ils imaginent, mais par la citation rigoureusement exacte d'un texte.

La loi — ce qu'elle veut, ce qu'elle tolère, ce qu'elle encourage — domine toutes les décisions. En dehors de la loi, pas de salut. Pas d'administrateur qui songe à la violer, ou à la tourner, ou à s'en passer. En conséquence nulle place, en quelque circonstance que ce soit, pour l'esprit jacobin; aucune tentation de recourir, contre la loi ou en l'absence de loi, aux mesures dites de « salut public ». J'ai vu des cas où le zèle clairvoyant se heurtait à des obstacles légaux ridicules. Un Français eût bondi et passé outre. L'Anglais prenait son temps. Il attend, il patiente, il sollicite l'intervention, plus ou moins rapide, du législateur, et n'agit qu'après avoir derrière lui la sanction et pour lui la puissance de la loi.

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