L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
L'enseignement secondaire aux Indes est ce que nous appelons l'enseignement pr maire supérieur. — Où il se donne. — Les écoles vernacular et les écoles anglaises. - Les programmes. — La clientèle. — Progrès de cet enseignement. — Les critiques. - Les réformes de lord Curzon.
Dans l'ordre chronologique, c'est par cet enseignement appel secondaire que notre étude eût dû débuter. C'est à lui que 1 Gouvernement britannique s'est intéressé d'abord, dans le but sui tout de se procurer des auxiliaires indigènes pour sa besogne admi nistrative. Ce qu'on appelle aux Indes enseignement secondaire c'est, au fond, ce que nous nommons en France enseignemec primaire supérieur. Et ce que nous appelons, nous, enseignemeD secondaire, ils l'appellent, eux, enseignement supérieur. Il n'est qu de s'entendre.
Qu'est-ce, au fond, dans l'Inde, que l'enseignement secondaire C'est celui qui va depuis la sortie de l'école primaire jusqu'au col lège, et qui a pour but soit de former les cadres subalternes d commerce et de l'industrie, soit de qualifier un certain nombr d'hommes pour les emplois petits et moyens de l'Administration Cet enseignement secondaire comporte deux catégories : ce qu'oi appelle les écoles moyennes, les middle schools, qui correspondent peu près aux premières classes de nos écoles primaires, et les école hautes, les high schools, qui correspondent à nos écoles primaire supérieures proprement dites.
La caractéristique de cet enseignement secondaire, c'est qu'il es un tout en soi; pour la grande majorité de ses élèves, il est une fin la plupart ne vont pas au delà et s'arrêtent même, dans l'enseigne ment secondaire, aux middle schools (écoles moyennes). C'est seule ment une assez faible minorité qui passe par les high schools, avei l'intention, ordinairement, de pousser jusqu'au collège (enseigne ment supérieur). C'est donc là un élément important de l'éducatioi nationale.
L'enseignement secondaire existait dès 1820. Jusqu'à 1854, il n<
adressait qu'à un nombre restreint d'indigènes, et leur donnait une istruction plus étendue qu'aujourd'hui, puisque, durant cette ériode, il n'existait pas encore de collèges. Depuis qu'on en a uvert, l'enseignement secondaire a restreint ses programmes et adresse à une clientèle plus large. Le Gouvernement aspire à y )rmcr, non plus seulement des fonctionnaires, mais aussi des memplus utiles de la société. Les travaux de la Commission de 1882
voiitribuèrent. Elle s'était surtout proposé de développer l'enseinement primaire; mais, j'ai expliqué pourquoi, contrairement à
< intentions et, je le crois, au bien du pays, on fut, durant cette t'iiode, amené à travailler au développement et à l'amélioration H l'enseignement secondaire.
Ses programmes actuels comprennent : l'anglais, soit comme ingue supplémentaire, soit comme langue intermédiaire (c'est-àire comme véhicule de l'enseignement donné); la langue de la 'gion (vernacular), l'arithmétique, la géographie, l'histoire et un ?rtain nombre de matières additionnelles, telles que la mensuration,
dessin, etc. A quoi on ajoute encore, dans les classes les plus evées, l'algèbre, la géométrie, les éléments des sciences et une .ngue classique'.
La principale question qu'à propos de ces programmes les autotés ont eue à résoudre a été de savoir si la langue intermédiaire, instrument de diffusion, le véhicule de l'enseignement, devrait être mglais ou une langue indigène. J'ai déjà exposé qu'on s'est, dans s écoles hautes, décidé en faveur de l'anglais. Toutefois, il existe ms plusieurs parties de l'Inde, au Bengale notamment, un certain jmbre d'écoles moyennes, dans lesquelles l'instruction se donne 1 moyen de la langue locale; et l'on n'a eu qu'à y constater les 3ureuses conséquences de cette décision. Malgré cela, la tendance mérale est à l'enseignement par le moyen de l'anglais; c'est celle Dtamment d'Indiens fort éclairés. Ils sont attachés passionnément
l'étude de la langue anglaise qui, à divers avantages matériels, ; >int celui d'établir un moyen de communication facile, d'un bout à ' autre du pays, entre tant d'hommes que la différence des idiomes i îndrait étrangers les uns aux autres. En sorte — résultat paradoxal; -que c'est la langue du vainqueur qui forme le lien entre les vaincus* L facilite leurs communes revendications et protestations.
Dans ces écoles secondaires, les études peuvent durer jusqu'à X et sept années ; mais les élèves bien doués font leurs classes
1. Les langues classiques ne sont pas, aux Indes, comme chez nous autres Européens, latin et le grec; ce sont le latin, le sanscrit, lo persan et l'arabe.
l'iwdb britannique. 28
plus vite, tandis que d'autres quittent l'école avant l'achèvement c, cycle. La moyenne des élèves y reste à peu près quatre années. L progrès sont attestés par divers examens publics : soit l'examr d'entrée de l'élève {matriculation) dans une des Universités, soit i examen de fin d'études.
Il est difficile de se rendre compte des résultats qu'a donnés c enseignement, du point de vue de la valeur des élèves qu'il formés, ou même simplement du nombre de ceux qu'il attire. L statistiques de l'Inde sont confuses, parfois même inexactes. A fon de distinctions entre écoles du Gouvernement et écoles subventioi nées, écoles publiques et écoles privées (et par suite aussi de ce fa que des écoles secondaires peuvent avoir des classes primaires elles arrivent à ce résultat que presque aucun chifîre n'est absolumei incontestable. Il semble cependant qu'on puisse mesurer le progri par la comparaison des chiffres que voici empruntés au chapiti Education de Vlmjjerial Gazetleer :
En 1870-71. . . 3146 écoles secondaires avec 206 000 élèves.
Ces écoles, je l'ai déjà dit, sont de deux catégories, les unes dite anglaises et les autres dites vernacular, suivant que c'est l'anglais o la langue indigène qui y est le véhicule de l'instruction. A l'heur présente, ce sont les écoles anglaises qui sont sur les autres en prc grès sérieux. En 1886, les écoles vernacular représentaient 45 p. 10 du total; en 1901, la proportion tombe à 27 p. 100. Les parenl inclinent, visiblement, vers l'éducation anglaise.
Ces chiffres attestent que cet enseignement est prospère. Toutefoi il est encore loin de donner ce qu'il pourrait et devrait. A le dévt lopper, le Gouvernement anglais trouverait bien des avantages. No pas, certes, qu'il ait besoin d'y attirer plus d'élèves pour prépare les cadres inférieurs des fonctions publiques : aux Indes, plus encor qu'en France, les candidats aux situations officielles sont innombra blés. Mais ce ne sont pas seulement des fonctionnaires qu'on vou drait voir sortir des établissements secondaires, ce sont surtout de hommes qui développeraient l'agriculture, le commerce, voire lin dustrie. On se flatte que, répandus en plus grand nombre sur le ter ritoire de l'Inde, ils feraient petit à petit, par leur exemple, apprécie , l'avantage d'une instruction plus étendue, de connaissances pratique;, et techniques d'une bien autre portée que les quelques bribes de
avoir recueillies à l'école primaire. Et on a tout lieu de croire que ;s élèves de cette catégorie, formés selon d'autres méthodes et avec n autre objectif que ceux des collèges d'enseignement supérieur, ne eviendraient pas, au moins à l'ordinaire, des révoltés contre l'orgaisation politique et sociale de leur pays, véritable danger pour la omination anglaise. Bien plutôt seraient-ils, du moins on l'espère, 3S pionniers de la civilisation occidentale et des défenseurs de ordre établi.
Mais on s'est aussi rendu compte que, pour prendre un essor nouîau, cet enseignement secondaire avait besoin de réformes prondes. Depuis vingt ans et plus, on le sentait : ce fut à lord Curzon, ivant-dernier vice-roi, qu'échut la tâche de trouver et d'appliquer s remèdes. Au reste, il ne se borna pas à la seule réforme de l'enseilement secondaire: il toucha, énergiquement, à tous les problèmes î l'éducation.
Les principales critiques dirigées contre l'enseignement secondaire omme d'ailleurs contre tous les ordres d'enseignement), portaient r les programmes, auxquels on reprochait d'être trop vastes et obliger par là même à des études superficielles; sur le caractère [dp littéraire de l'instruction; sur l'emploi exagéré de l'anglais \ mme langue intermédiaire, si bien que chaque leçon, quel qu'en \ i t l'objet, se transformait trop souvent en une leçon de grammaire ' I de vocabulaire; enfin sur l'uniformité des méthodes et des proammes d'un bout à l'autre du pays.
Une conférence sur l'éducation instituée par lord Curzon, et les quêtes qui en furent la suite, aboutirent aux conclusions que voici, anglais comme véhicule de l'enseignement, elle le maintint pour '. y écoles hautes; pour les autres, elle inclina à penser qu'on devrait ; faire plus généralement usage de la langue locale. L'enseignement 1 l'école devrait prendre un caractère plus pratique, plus indépen- ' nt des exigences des Universités. On s'efforcerait, à des études trop • clusivement littéraires, d'en substituer de plus spécialisées; d'en- ' urager l'éducation technique et industrielle, de pourvoir à la : rmation de bons maîtres et de renforcer le corps de l'inspection. . ' principe général fut, en fait, celui d'une large spécialisation des ' ogramraes, en tenant compte des conditions des différents districts i provinces. On admit que l'enseignement secondaire dans les écoles
I utes serait pour l'élève une fin en soi et non pas seulement une itroduction à l'enseignement des collèges; même principe appliqué
II X écoles moyennes, qui ne seraient pas un pur acheminement aux ioh.s hautes. On reconnut que les élèves des écoles rurales n'avaient
pas les mêmes besoins que ceux des établissements urbains '. < décida que le Gouvernement devrait prendre en main la directi personnelle d'une école secondaire par district, qui servit d'étal pour les autres. On exigea des qualifications plus sérieuses des ins tutions privées qui solliciteraient des subventions des pouvo publics. Enfin, comme le principe des examens publics, aux Inc comme en Europe, a pris un développement absurde, on émit vœu que les examens qui donnent l'entrée des Universités {mat cuJation) ne fussent plus considérés comme l'unique but de l'ens gnement des écoles hautes.
Telles sont, brièvement énoncées, les réformes tentées en fave de l'enseignement secondaire. Il est encore prématuré de juger leur efficacité et de leur portée : elles ont été, au reste, appliqua avec quelque laisser-aller, et, d'autre part, elles sont de date tr récente pour qu'on puisse en apprécier ou qu'on ose en préjuger résultats.
1. Voir plus loin, § 7, Education des populations les moins avancées.