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L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

L'enseignement supérieur aux Indes. — Universités d'examens, non d'enseignement ; ur rôle, leur organisation, leur budget. — Collèges. — Collèges orientaux. — Collèges ;lon le type occidental. — Collèges gouvernementaux et particuliers. — Contrôle et ibveulions du Gouvernement. — Affiliation aux Universités. — Budget et ressources des )llèges. — Les études supérieures, moyen de parvenir aux emplois publics. — Les , udes dans les divers ordres de collèges. — Les divers examens des Universités. — • édiocre qualité des études supérieures. — Causes de cette médiocrité : les élèves, les léthodes, les professeurs.

I Les Universités de l'Inde jusqu'ici n'ont guère été que des Univerités d'examen; l'instruction se donne dans des collèges affiliés et les Jniversités la contrôlent par des examens. Leur influence s'exerce urtout par ces examens et encore par le droit qu'elles ont de édiger les programmes d'études et de concéder ou de refuser aux ollèges le bénéfice de présenter leurs élèves à ces épreuves.

Il existe aux Indes cinq Universités. Les trois premières datent [e 1857 : ce sont celles de Bombay, de Madras et de Calcutta, jGS deux autres furent créées, l'une au Pendjab en 1882, l'autre dans es Provinces-Unies en 1887. Ces cinq Universités, qui rayonnent sur oute l'Inde, ont naturellement une aire immense : celle de Calcutta, )ar exemple, embrasse le Bengale, la Birmanie, l'Assam, une partie les Provinces Centrales, du Radjpoutana et de l'Agence de l'Inde Centrale.

Contrairement aux autres, l'Université du Pendjab distribue, outre 'enseignement occidental, un enseignement particulier, destiné à 'ontribuer au développement du savoir oriental, et délivre des liplomes qui ne comportent aucune connaissance de l'anglais. Le lombre de collèges consacrés exclusivement à la propagation des ;onnais.sances purement orientales est toutefois restreint; en lî'Ol, il V en avait sept avec, disent les statistiques, 1022 élèves; ils ensei- 1,'naient le sanscrit, l'arabe et le persan.

Tous les autres collèges, et les Universités de qui ils dépendent (auxquelles ils sont affiliés), sont consacrés à peu près exclusivement'

1. Exception doit être faite pour le collège anglo-mnsulman d'Aligarh et le collège hindou de .M" Besant, à Beiiarès, qui combinent l'éducation occidentale avec une organisation nettement religieuse.

à l'enseignement des lettres, des sciences et de l'art de l'Occiden selon les méthodes occidentales. C'est là une conception que peut critiquer; elle a eu certaines conséquences fâcheuses, notamment celle-ci, qu'actuellement l'Angleterre n'a pas le rar auquel elle eût dû et pu prétendre dans les sciences archéologiqu philologique, philosophique, appliquées soit aux Indes, soit à l'As entière.

La caractéristique de ces Universités, c'est à la fois leur isolemei et leur indépendance. Elles sont bien soumises à un contrôle génér du Gouvernement, mais elles ne relèvent pas du Département c l'Education de la province dans laquelle elles sont situées; et elh exercent leur action chacune à sa guise, sans se soucier de ce qi ' font les autres. Ce qui est un bien, mais non pas sans mêlant puisque cette action n'est pas seulement distincte, mais parfois aus contradictoire.

Chacune est administrée par un chancelier, un vice-chancelier et u sénat. Le chancelier est toujours un haut fonctionnaire : soit le Goi | verneur général, pour celle de Calcutta, soit le gouverneur ou ] ' lieutenant-gouverneur pour les autres provinces. Le vice-chancelit est nommé par le chancelier, et c'est, assez souvent, un juge de ] Haute Cour de la province. Quant au sénat, ses membres sont pou partie nommés par le chancelier, c'est-à-dire le Gouverneur, et poi: partie élus par un collège composé de personnes pourvues d'u diplôme comparable à la licence es lettres {master of arts) ou d valeur équivalente. Le nombre de ces membres avarié avec le temps En 1857, par exemple, lors de la fondation de Calcutta, le séné comprenait 9 fellows, membres de droit, et 30 autres membres dés gnés au choix du Gouvernement par leur position même : juge.' avocats, ecclésiastiques, directeurs de l'instruction publique, inspec teurs d'écoles, médecins, officiers appartenant aux services scienti fîques de l'armée, enfin principaux de collèges et d'autres, fonctioB naires ou non. Il en était à peu près de même dans les autre Universités. Peu à peu ce nombre a augmenté. C'est un très gran honneur que d'être membre du sénat, et un honneur recherché. Auss a-t-on vu, dans l'Université de Calcutta, le nombre des membres di Sénat s'élever, en 1901, par exemple, à 190. Il n'est pas démontré loin de là, que l'activité de ces assemblées soit en raison directe di leur importance numérique. Elles ne peuvent d'ailleurs, on le conçoit remettre à l'ensemble de leurs membres l'exercice du pouvoir exé cutif ; elles le délèguent à un organe spécial, le Syndicat, composé di vice-chancelier et de membres élus par les diverses Facultés (lettres

"' ciences, médecine, etc.). Le Syndicat est assisté, pour la direction de 'enseignement, par des bureaux d'études.

^' Ces Universités possèdent des ressources de deux sortes : les unes "I es droits scolaires payés par les étudiants; les autres, des fondait ions. L'Université du Pendjab, jusque récemment, était la seule à ' ecevoir du Gouvernement une subvention; mais, dans ces dernières nnées, de semblables subventions ont été attribuées aux autres Unif' ersités. En 1901, la dépense totale des diverses Universités a été de 3 46 000 roupies et leurs ressources totales un peu supérieures à cette 'i omrae. Elles ont des réserves qui s'accumulent et dont elles emploient ' a majeure partie à des fondations de bourses. Toutes sont affiliées

* ux grandes Universités anglaises, qui, dans une certaine mesure,

* econnaissent leurs examens et leur attribuent des degrés d'équi- ■ alence.

Elles délivrent des diplômes de lettres (très communs), de sciences bien plus rares), et d'autres aussi, d'ordre professionnel et supérieur, e droit et de médecine, de génie civil. C'est par là surtout qu'elles gissent sur les collèges, qui ont à conformer leurs programmes aux xigences des examens d'université ; et aussi par le choix des livres e classes, et enfin par le pouvoir qu'elles ont de leur retirer ou de eur accorder le privilège de l'affiliation.

Ces collèges sont de deux sortes : les uns, sous le nom de collège farts, correspondent à peu près exactement à ce que nous désignons n France sous le nom de collège; les autres rappellent d'assez loin los écoles de médecine, de droit et de science appliquée, etc.

En 1881, il y avait. . 67 collèges de lettres avec 6 000 élèves.

En cette môme année, il y avait aussi 46 collèges professionnels, vec 5 300 étudiants.

Des trois provinces les plus avancées en matière d'enseignement : iengale. Madras et Bombay, c'est de beaucoup le Bengale qui tient a tête. En 1901, il comprenait à lui seul 64 collèges. Les Bengalis, dont il a été si souvent question depuis quelque temps, à 'occasion des troubles de l'Inde, sont très fiers de leur instruction. )oués d'une merveilleuse mémoire, aptes à retenir soit les phrases l'un livre, soit l'enseignement oral d'un professeur, ils excellent aux ours d'examens. Mais la Commission des Universités nommée par ord Curzon — dont je parlerai plus loin — a constaté que les

résultats positifs de l'enseignement étaient meilleurs à Madras et à Bombay.

Dans une même province, la religion et la race exercent une grande influence sur la fréquentation scolaire. Sur ce terrain, au premier rang viennent les Parsis. Sur 10 000 Parsis, on en compte 471 qui fréquentent l'Université; contre 42 Chrétiens (Indiens convertis), 10 Hindous, 3 Musulmans, enfin 2 Bouddhistes*.

Les collèges, pour la plupart, ne dépendent pas de l'Etat. Sur les 149 collèges of arts cités plus haut, il n'y en a que 26 de départementaux, c'est-à-dire dirigés par le Département de l'Education; 5 autres sont soutenus par des municipalités et 3 par des États indigènes; tout le reste appartient à des particuliers. Mais l'Etat, tout en s'abstenant à l'ordinaire de diriger ces collèges, n'a entendu se désintéresser ni de l'instruction, ni du personnel qui la donne. Il agit sur eux indirectement par les Universités, dont les sénats, composés en majorité de membres qu'il nomme, peuvent donner en retour cette affiliation qui seule permet à un collège de présenter ses élèves aux examens de l'Université; il agit directement en leur accordant ou en leur retirant des subventions. Il exerce alors un contrôle qui porte à la fois sur l'installation matérielle, sur l'hygiène, sur les examens et sur la qualité de l'enseignement. Aux collèges qui lui donnent toute satisfaction, il accorde, plus ou moins généreusement, son aide pécuniaire; à d'autres qui, sans avoir le même mérite, remplissent cependant honorablement leur rôle, il refuse la subvention, mais donne l'autorisation sans laquelle ils ne peuvent subsister; enfin à ceux qui se sont montrés notoirement inférieurs à leur tâche, il refuse même cette autorisation. Les premiers sont des collèges de premier ordre, nous dirions en France de plein exercice : ils prennent des élèves dès les classes les plus basses et les conduisent jusqu'à leurs examens de l'Université; les autres sont les collèges de second ordre, qui ne comportent pas toutes les classes.

A ces subventions de l'Etat viennent encore s'ajouter pour les collèges d'autres sources de revenus : pour les collèges des missionnaires, les secours pécuniaires des corps dont ils dépendent; pour tous, les fondations, donations ou legs que font, de leur vivant ou

1. J'ajouto, à titre de correctif, qu'en ce qui concerne les Bouddhistes, ils sont, en somme, peu nombreux et très disséminés dans l'Inde proprement dite. Ils ne sont concontrés qu'en Birmanie, précisément dans une province sans Université. N'était cel obstacle, leur coefficient do fréquentation serait plus élevé. Ils sont très épris d'instruction; et dés qu'ils se trouvent à portée raisonnable des centres scolaires, les fréquentent; môme dans les plus humbles classes de la population (par exemple, ouvriers des champs) il n'est pas rare de trouver des Bouddhistes sachant lire et écrire.

ar testament, des personnages riches, désireux à la fois de contri-

iier au développement de l'instruction nationale et de s'attirer des

• uanges et des honneurs. C'est de cela et des droits scolaires que

ivent les divers établissements d'enseignement. Chichement d'ail-

urs et à bas prix. Le budget du premier collège de l'Inde, celui de

Présidence, à Calcutta, n'est que de 120 000 roupies par an.

La rétribution scolaire est faible. Dans les collèges départernen-

ux, c'est-à-dire organisés par le Gouvernement, elle est de 120

144 roupies par an (chiffres du Gazetteer); dans les collèges parti-

jlicrs subventionnés, de 50 à 70; dans ceux qui ne sont pas

it)s entionnés, elle tombe parfois à 15. C'est peu, même dans un

l^ > où l'on vit à bon marché.

Dans l'Inde plus encore qu'ailleurs, la majorité des étudiants est pas poussée vers l'Université par le simple amour de la science, u le goût désintéressé de l'étude, mais par l'espoir de trouver, dans !S connaissances acquises, un moyen de parvenir. Comment nous a étonnerions-nous, nous autres Européens, si acharnés dans la itte pour la vie? Connaissons-nous beaucoup d'étudiants attirés ar le pur amour de la science? Même en Angleterre, pays oîi il irable que subsiste encore çà et là le culte désintéressé des hautes tudes, oîi l'on voit les rejetons de grandes familles travailler pour lire honneur à leur nom, si ce n'est pas un diplôme et un gagneain que vont chercher à Oxford ou à Cambridge les étudiants de jndition moyenne, est-on bien sûr que ce ne soit pas l'amitié prêteuse, conquise, dès le temps des études, de condisciples haut lacés? Les étudiants des Indes, eux, entrevoient dans les examens u'ils passent l'accès aux fonctions publiques ou à quelques carrières rivées, celle d'avocat surtout ou celle de médecin. A tous, leur premier objectif est l'administration publique. C'est u phénomène bien singulier, en vérité, que ce goût qui partout ousse les indigènes vers les fonctions du Gouvernement. On l'a ttribué d'abord à l'influence des nations européennes qui, arrivant ans une possession avec un nombre restreint de fonctionnaires nétropiditains, cherchent presque tout de suite des auxiliaires sur 'lace et font surgir, par l'appât du gain et de la considération, une luée de candidats d'abord facilement acceptés. Mais du jour où, soit >our améliorer le recrutement, soit pour écarter un excédent d'as[»iants, ces nations ont institué des concours parfois difficiles, force st bien de reconnaître, si le nombre des aspirants ne diminue »as, que cette recherche des fonctions publiques, les indigènes l'ont lans le sang. Or, c'est ce qui se constate aux Indes. Dès que les

Hindous ont vu que, pour obtenir des places, il fallait affronter le concours, ils se sont mis à la poursuite de ces diplômes qui les qua lifîeront pour entrer dans l'administration.

Les étudiants qui ne convoitent pas une fonction publique ctu dient pour se préparer aux carrières libérales. En première ligm à la profession d'avocat, ensuite à celle de médecin. Mais un abîm» sépare la qualité d'avocat de celle de médecin. Chez nous, peu à pei l'abîme s'est comblé. L'homme de science s'égale à l'homme de droit si même déjà il ne le dépasse. Dans notre théâtre contemporain h I personnage important est souvent un docteur, un directeur d'usine un chef de laboratoire; il y a cinquante ans, c'était invariablemen un avocat, un romancier ou un poète. Les Indes en sont encore ; nos idées d'il y a un demi-siècle. Sur le marché du mariage, auss achalandé là-bas que chez nous, le fiancé avocat fait prime; le fîanci médecin n'a qu'une cote inférieure.

Je ne veux pas entrer dans le détail des divers examens que lef étudiants ont à passer, avant d'obtenir les diplômes essentiels matriculation qui, au sortir des écoles secondaires {high schooh) ouvre l'entrée des Universités (collèges) ; intermediate, first in arti (F. A.), qui se passe après les deux premières années; celui de bacheliei (B. A.), qui demande deux ans de plus; enfin celui de master of arti (M. A.), qui peut s'obtenir après deux années encore. Peu de candidats poussent aussi loin. S'il en est 17 qui passent l'examen intermédiaire, il n'y en a plus — proportionnellement — que 5 qui arriveni à celui de bachelier, et qu'un seul qui devienne licencié.

Je note en passant quelques particularités des études et des examens.

Tout d'abord l'assiduité obligatoire au cours. On ne peut s'inscrire à un examen sans produire des certificats attestant qu'on a suivi les cours dans une proportion, qui, selon les provinces, varie de 65 à 75 p. 100. Puis la facilité de certains examens, notamment de la matriculation, auquel les candidats se présentent par milliers (23 000 en 1901-2). C'est que les Universités vivent surtout des droits d'examen (ma/!rici*/«^iow fées). Cette circonstance, jointe à la crainte que les étudiants ne se laissent tenter par quelque autre Université et à la pression exercée sur eux par les directeurs des écoles et des collèges, tend à abaisser le niveau des examens.

Tel est le nombre des candidats que leurs copies doivent être réparties entre beaucoup d'examinateurs. A cause de quoi il est difficile, sinon même impossible d'obtenir des notes uniformes. Il en résulte que les jeunes gens qui arrivent à l'Université se

ouvent dans des conditions de savoir tout à fait différentes : les ns sont en état de suivre tous les cours; d'autres mériteraient d'être învoyés à l'école primaire.

Enfin, dernière remarque, on peut observer que certains de ces xamens, notamment celui de fin des études de lettres, se passent Q générai beaucoup trop tôt : en moyenne à seize ans, souvent à uatorze et parfois même à treize ans. C'est pour cela qu'on voit de mnes graduâtes, munis de tous les diplômes que l'Université peut

•livrer, jusqu'au grade de licencié et même au delà, âgés de moins e dix-huit ans, et aptes à enseigner dans un collège affilié à l'Uniersité, où ils ne seront pas toujours beaucoup plus vieux que leurs lèves'.

Telles sont les études supérieures qu'on peut faire aux Indes-, lais que ce nom d'études supérieures n'en impose pas; elles sont Q réalité assez faibles. J'aurai plus loin l'occasion de montrer les ritiques dirigées contre l'enseignement et de faire connaître la rande réforme tentée, en ces dernières années, par lord Curzon. lais puisque aussi bien cet enseignement supérieur s'est trouvé celui uquel, par la force même des choses, les Anglais ont apporté le plus e soin, je crois bon de faire connaître, dès maintenant, quels 3proches, du point de vue technique, il y a lieu de lui adresser.

Notons tout d'abord un élément de faiblesse : la qualité des lèves. Sauf d'admirables exceptions, ces élèves, raisonnablement ppliqués, ont, avec une prodigieuse mémoire, une facilité de comréhension et un esprit critique assez médiocres, qui obligent à ;nir bas le niveau des leçons et des cours. Cela, on peut le constater t le regretter; on ne saurait en faire grief aux Anglais.

Là où leur tort est plus évident, c'est en ce qui touche au nombre t à la qualité des professeurs. On estime que, dans les divers collèges e l'Inde, il y a un peu plus d'un millier de professeurs, dont oO au Bengale et 275 dans l'Université de Madras. C'est trop peu. )ans le plus grand collège de l'Inde, le nombre des professeurs ne épasse pas de beaucoup la douzaine. La moyenne est de 4 ou 5. ]ue peut faire un personnel aussi réduit? Il entasse les élèves dans îs classes et renonce à s'occuper des individus.

Si du moins la qualité des maîtres compensait leur faible imporiiKi! numérique! Il n'en est rien; et c'est là, en vérité, la grosse

1. La Commission <les Universités a, d'accord avec lord Curzon, proposé de fixer l'âge linimum de la matriculalion à (juinze ans environ.

1. Il faut ajouter qu'une catégorie restreinte de jeunes gens, désireux de plus de

i inrc, va le demander aux Universités anglaises et en revient capable parfois de

irrencer les .\nglais dans la conquête des grades supérieurs de l'Administration.

critique à faire à l'enseignement supérieur. Je laisse de côté quelques établissements bien au-dessus des autres, tenus généralement par des religieux français. A côté d'eux, on trouve encore quelques bons professeurs, qui sont des Anglais. Mais, pour la presque totalité, le corps enseignant est indigène, et sa qualité s'en ressent. Sur un groupe de 272 professeurs, une statistique donne les indications suivantes : 45 sont sortis des écoles d'Angleterre (et encore on n'indique pas si ce sont des Anglais ou des indigènes), 157 ne possèdent que des diplômes de l'Inde et 70 ont des titres inférieurs.

Il saute aux yeux que, donné par un corps de professeurs dont le plus grand nombre n'ont jamais quitté les Indes, un enseignement, dont le but est de répandre les connaissances et la civilisation occidentales, est presque fatalement voué à l'insuccès. Qu'on n'aille pas objecter que beaucoup de nos professeurs d'Europe, adonnés à l'enseignement des choses de l'étranger, parlent de pays que souvenl ils n'ont pas visités, d'arts et de mœurs qu'ils ne connaissent que par les livres. Comment comparer, sérieusement, la mentalité et les qualités professionnelles de nos professeurs occidentaux, formés par un long atavisme, par des méthodes excellentes et chaque jour améliorées, à celles de ces Hindous, d'ailleurs très méritants (vu leur point de départ), mais improvisés maîtres en ces choses d'Europe dont, hier encore, ils ignoraient tout? Et qui nierait, d'ailleurs, que même les plus éminents de nos maîtres n'aient beaucoup à gagner à l'étude sur les lieux mêmes des matières de leur enseignement? Croit-on qu'un Renan, pour prendre un exemple fameux, aurait pu faire une aussi vivante et précise restitution de la Judée d'il y a deux mille ans, si ses voyages et ses missions ne l'avaient pas conduit au pays même où naquit et mourut le Christ?

Il suffit d'avoir pénétré dans un collège de l'Inde pour constater ce que j'avance. Je me rappelle, entre beaucoup d'autres, une leçon sur la Réforme, et sur le rôle de Henry VIII et de sa fille, la reine Elisabeth. Rien de plus rudimentaire, de plus fruste, de plus indigent en idées générales. Un certain nombre de faits, alignés en bataille, comme des pions sur un échiquier. Rien de vivant, rien de palpitant : c'était une leçon squelette, sans chair, ni muscles, ni nerfs. Le professeur répétait le text book.

Car le manuel (ce que les Anglais appellent text book) sévit sur les collèges hindous dans toute son horreur. Et ce ne sont pas seulement les élèves qui ont en main ces manuels, compilations plus ou moins heureuses, qu'ils apprennent par cœur et récitent imperturbablement. Les professeurs eux-mêmes en font usage, et c'est là

malheureusement, bien plus que dans les œuvres originales de première, voire de seconde main, qu'ils vont chercher les éléments de avoir qu'ils distribuent ensuite aux étudiants.

En vain s'est-on efforcé de réagir contre ce défaut capital : les Universités, dans leur contrôle sur les collèges affiliés, luttent contre l'usage général des leçons dictées, et exigent de vrais cours, durant lesquels, utile gymnastique intellectuelle, les élèves prennent les notes. Les élèves et, trop souvent, les professeurs, sont incapables de cet effort. Et les programmes, où la part des sciences est très restreinte, celle des lettres infiniment trop développée, ne prête que trop à l'exagération de ces défauts.

Le jour de l'examen, lorsqu'il s'agit de différencier tous ces candidats qui ont puisé la presque totalité de leur savoir dans des manuels appris par cœur, le jury en est réduit à leur poser, afin de pouvoir leur assigner des rangs, des questions vraiment saugrenues du genre de celle-ci : « Quelle différence faites-vous entre collision et collusion? » « Combien connaissez-vous de verbes latins qui n'ont point de supin », etc., etc. On ne saurait dire que, même pertinente, la réponse soit la preuve d'une instruction satisfaisante. Et l'on conçoit sans peine que de pareilles méthodes aient excité l'indignation et provoqué les idées de réformes.

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