L'ÉDUCATION DES FILLES
L'éducation des filles, problème capital ea tout pays. — Difficultés particulières aux Indes, du fait de la religion et des mœurs. — Les effectifs scolaires : presque rien en lehors des écoles primaires. — Le zenana teaching. — Les écoles d'assistantes médicales de lady Dufîerin. — Goût de l'instruction publique des filles. — Réformes tentées.
i Ce n'est pas un paradoxe que d'affirmer que l'éducation des filles est, dans une société, un problème probablement plus complexe, mais à coup sûr non moins important, que celle des garçons. La Femme et la mère auront un jour sur l'esprit du mari et des enfants, sur la conduite privée et publique de l'un, sur la formation morale st intellectuelle des autres, une influence décisive : l'empreinte, en particulier, qu'elle imposera à de jeunes âmes sera, dans bien des 3as, ineffaçable. S'il est vrai de dire que les générations d'aujourl'hui préparent celles de demain, il l'est plus encore, que c'est la mentalité des mères qui prépare celle des enfants.
Ce sont là des vérités partout incontestables. Aux Indes, elles sont moins apparentes qu'ailleurs. Dans la famille, la femme joue un rôle îxtrêraement important; mais elle semble n'en jouer aucun dans la société : on ne l'y voit pas. De très bonne heure, elle vit cachée, sans commerce avec le monde. A peine atteint l'âge de dix ans, parfois nême plus tôt. une fille de haute caste disparaît, enfermée dans la naaison, cachée à tous ceux qui pourraient lui donner l'instruction.
Cette instruction, au reste, personne ne s'en soucie. Les garçons, nous l'avons vu, ne la recherchent que dans la mesure où elle peut leur procurer un gagne-pain. Les parents, sauf chez les Parsis ou les chrétiens, n'attachent aucune importance au savoir des filles. Aucun mari n'a de souci de l'ignorance de sa femme.
Dans ce j)ays, on se marie très tôt. Beaucoup de petites filles ie cinq, six et sept ans sont mariées, retirées de chez leurs parents jBt mises, dans la maison de leur mari, sous la garde de leur belle-mère. A quel âge donc les jeunes IlinHoues fréquenteraient-elles l'école?
Voilà le premier obstacle : difficulté <le recruter pour les écoles des élèves filles. Et voici le second : difficulté de leur procurer des maîtresses. Comme on n'a pu instruire que très peu de jeunes filles.
on n'en trouve guère qui soient en état d'enseigner les autres. Et pas plus que pour l'éducation des garçons, il ne peut être question d'aller en chercher en Angleterre; l'argent fait défaut. On essaie plutôt de recruter un personnel dans les écoles normales. Il existe actuellement une cinquantaine d'écoles normales, fréquentées par 1 200 à 1 500 jeunes filles. Ce n'est pas avec un état-major si restreint qu'on peut espérer faire l'éducation des filles dans un pays qui, pour ne parler que de l'Inde britannique, compte 232 millions d'habitants. Si, partant de ce que nous savons pour les garçons, nous évaluons à 15 p. 100 la proportion de filles en âge de fréquenter l'école, le nombre en serait de 17 millions pour l'Inde britannique, de 21 pour l'Inde entière.
Il est difficile de savoir le nombre de celles qui la fréquentent en fait. Et, à vrai dire, on ne s'en préoccupe pas. Cet enseignement est encore embryonnaire. Pis que cela : il est entièrement négligé. Dans un pays aussi fortement assujetti aux idées traditionnelles, il semble qu'on eût dû offrir aux parents la garantie d'établissements scolaires entièrement distincts. Au contraire, plus de 40 p. 100 des écoles de filles sont logées dans les établissements des garçons. Les élèves sont fort jeunes, il est vrai; elles ont de cinq à neuf ans, rarement dix. Si jeunes qu'elles soient, on conçoit que l'absence d'institutions séparées ne soit pas, dans un pays comme l'Inde, de nature à concilier les parents à l'éducation féminine.
Et cependant, dès maintenant le contingent des filles qui suivent l'école n'est pas entièrement à dédaigner. Il semble qu'il y ait quelque 450 à 500 000 femmes qui reçoivent un enseignement quelconque : cela représente tout au plus 3,50 p. 1 000 de la population féminine; l et le dernier census a montré qu'il n'y a que 8 p. 1 000 des femmes de l'Inde en état de lire et d'écrire.
Comme pour les garçons, les religions exercent une puissante influence sur la fréquentation scolaire des filles. En 1901, sur 400 000 petites filles fréquentant l'école, on comptait 244 000 Hindoues, 48 000 Musulmanes, 30000 Bouddhistes (en Birmanie), 46 000 Chrétiennes, 15000 Eurasiennes (métis nées d'Européens et d'Asiatiques) et environ 17 OÔÔ d'origines diverses, parmi lesquelles 5700 Parsis, ce qui est une proportion énorme, puisque toute la population parsi des Indes ne dépasse pas 100000.
A en croire les statistiques, de toutes ces jeunes filles, la moitié environ, soit 200 000, fréquentent l'école primaire (ce chiffre semble beaucoup trop faible); 45000, les écoles secondaires, 1400 ou 1 500, les écoles normales, et autant les diverses institutions profes
ionnelles. Enfin, en 1901, les collèges des arts comptaient 177 étuiantes (jeunes filles ou femmes mariées) et les collèges de médecine, e droit et autres 87. De ces 177 élèves, on connaît l'origine par .rovinces : 55 venaient du Bengale, 49 des Provinces-Unies, 35 de ladras, 30 de Bombay, 8 de Birmanie.
Une des professions vers lesquelles le Gouvernement pousse ctuellement les femmes, comme nous le faisons en Algérie et ail- | eurs, c'est la médecine. Il en attend un triple résultat : assurer des oins médicaux aux femmes de haute caste qui ne consentiraient »as à voir un médecin homme; introduire l'hygiène et des soins 1 dus sérieux dans les milieux indigènes; faire de toutes ces femmes ormées à la science occidentale des agents de notre civilisation.
C'est à ces préoccupations qu'obéissait lady Dufferin, la femme le l'ancien vice-roi, quand elle fondait, il y a quelque vingt-cinq ans, ous le nom de Lady Dufferin s fund association, une association lont le but était de procurer des garde-malades expertes aux femmes le l'Inde. Cette association vit de souscriptions privées et reçoit des ubventions du Gouvernement. Elle entretient un nombre considéable d'hôpitaux et de dispensaires, où les femmes sont visitées et oignées par des personnes de leur sexe. Lady Curzon et lady Minto »nt de leur côté rassemblé des fonds pour l'éducation des sagesemmes et des nurses. Ce personnel médical féminin ne consiste pas eulement en de simples nurses. Il comprend aussi des femmes qui )nt fait de véritables études médicales. On les encourage par des )ourses venues soit du Gouvernement, soit des Universités. Le lombre de ces étudiantes en médecine était, en 1901, de 242.
Toutes ces formes d'enseignement n'atteignent, on le voit^ qu'une rès faible proportion des femmes. La raison en est, à n'en pas iouter, que les femmes doivent rester à la maison, suivant une radition avec laquelle peu de parents ont le courage de rompre. t*our donner satisfaction à ce préjugé respectable, on a organisé une nstitution intéressante : c'est le zenana-teaching (enseignement dans e zenana). Le zenana, c'est tout ce qui concerne l'habitation et la •éclusion des femmes. Pour les recluses, jeunes filles non mariées ou eunes femmes mariées, c'est ici l'enseignement ù domicile. On choisit les maîtresses réunissant toutes sortes de qualités : d'assez bonne amille, d'assez bonne caste pour pouvoir pénétrer partout; assez nstruites pour que leur enseignement ait quelque valeur, assez înjouées pour qu'il attire celles auxquelles il est destiné.
Ce système a, paraît-il, donné des résultats. De loin, il a l'air phis (•omanesque que sérieux; et pourtant une méthode analogue a réussi,/
I on le sait, à Constantinople : pourquoi n'en serait-il pas de même au Indes? Comme ce zenana-teaching est d'entreprise individuelle, It statistiques officielles sont muettes à son sujet et ne permettent d chiffrer ni les élèves qui le reçoivent, ni les dépenses qu'il représentt
L'instruction publique des filles, au contraire, coûte, on le sai environ 4 millions de roupies. Le salaire des professeurs femme varie de 20 à 150 roupies par mois.
Pour qui admet les principes posés au début de cette étude 1 tableau qu'on vient de parcourir n'est pas très réconfortant, puif qu'en somme il n'y aurait aux Indes, dans les diverses écoles fém nines, que 500 000 élèves au maximum. Peut-on du moins espère voir ce nombre croître un jour?
Le développement de l'éducation féminine sera probablement foi long; il lui faudra triompher de préjugés de tout genre, surtou d'ordre religieux et social. En 1905, dans une des provinces le plus avancées de l'Inde, les Provinces-Unies, qui comprennen 50 millions d'habitants, on a pu, fait sans précédent, organiser un réunion composée d'hommes d'un certain rang qui consentaient i discuter la question de l'éducation des femmes. Résultat imprévu, ci Comité déclara qu'il n'était pas inutile que les femmes fussen instruites, et que pères et maris ne demandaient pas mieux que di rechercher les moyens d'y parvenir; mais qu'à leur avis la conditior indispensable du succès, c'était que l'exemple vînt de haut. Or, pré cisément, c'est là une condition presque irréalisable; on est, au? Indes, d'autant plus attaché aux préjugés de la religion (musulmane ou hindoue)qu'on est à un plus hautdegrédela hiérarchie sociale. S donc les clas.ses moyennes attendent, pour se laisser gagner aux idée^ nouvelles, l'exemple des hautes classes, le succès n'est pas prochain
On cite bien, parmi les représentants de ces hautes classes quelques princes hindous qui ont fréquenté l'Europe, y sont venus avec leui famille, ont été mêlés à nos sociétés et qui ambitionnent pour leurs femmes l'instruction, la vivacité et le charme qu'ils reconnaissenl aux Européennes. L'argument n'a aucune valeur; on s'en aperçoit dès que ces princes rentrent aux Indes : les femmes se soumettenl aussitôt à toutes les exigences du système purdah (de la vie recluse).
On a voulu encore voir une évolution des idées dans le fait qu'à Mysore, par exemple, deux femmes appartenant à la caste des brahmanes ont récemment conquis le diplôme de B. A . (bachelier es lettres) à l'Université de Madras. C'est un fait isolé et sans signification : deux femmes dans un Etat de 5 millions d'habitants! l^areil chiffre ne permet pas de sérieux espoirs. Laissons faire au temps.
§ 1. — L'EDUCATION DES INDIGENES LES MOINS AVANCÉS. — UN ESSAI CURIEUX DANS LES PROVINCES CENTRALES.
Nécessité d'un enseignement plus pratique et plus simple aux indigènes ruraux; le stème du demi-temps; programme sommaire; méthodes pédagogiques Frœbel ; étude l'agriculture, de l'impôt foncier et des documents qui s'y rapportent; l'éducation phy- ^ue; traitement des maîtres; nombre des élèves; résultats.
A diverses reprises, j'ai conclu à la nécessité de donner à l'insuction primaire dans l'Inde un caractère plus pratique. On a, en ce ;ns, fait une expérience intéressante sur certaines parties rurales îs Provinces Centrales. Les Provinces Centrales ont, y compris les tats indigènes qui s'y rattachent, une superficie de 114 000 milles irrés qui équivalent à 300 000 kilomètres carrés, et une population environ 11 millions d'habitants. Elles sont, comme l'indique leur jm, situées à peu près au centre de l'Inde. Elles sont moins accesbles aux influences extérieures, et habitées par une population plus riérée, plus exclusivement agricole, et moins mêlée de sang aryen le la plupart des autres provinces de l'Inde.
Le trait principal de la méthode par laquelle on y a cherché à Lgner les enfants à l'école est ce qu'on appelle le « demi-temps ». îs enfants sont néces.saires à leurs parents, qui comptent sur eux )ur garder leurs troupeaux. Soit! l'administration ne les prend à 'cole que trois heures par jour, de sept heures à dix heures. Passé
temps, ils sont libres. On ne les garde d'ailleurs que quatre ou Qq ans : de cinq ou six ans à dix ou douze, rarement plus tard.
y a bien des cours qui sont ouverts tout le jour et qui durent lelques années de plus; mais ils sont facultatifs. L'enseignement I>f'. en quelque sorte obligatoire, c'est celui du « demi-temps », I' un programme sommaire, qui semble admirablement compris 'ur ce genre de population.
Il' programme com[)orte la lecture, l'éci'iture, et un peu de calcul.
L:<''ogra{>hie et d'histoire, d'agriculture, de comptabilité, l'étude
I impôt et des feuilles d'impôt, enfin l'éducation physique. Tout la en (juatre ou cinq ans, à raison de trois heures par jour, et
avec des fêtes nombreuses. La difficulté est plus grande, parce qu les enfants sont, à cause de leur genre d'existence et du milieu o ils vivent, moins aptes à comprendre, et aussi parce qu'ils sor séparés les uns des autres par la diversité des langues. Suivant 1 région, ils parlent marathi, ourdou, ouriya, goudjerati, telegou, hin( et hindi de plusieurs dialectes. Il a fallu, à cause de cette variété, fair les mêmes livres dans toutes ces langues.
Les méthodes pédagogiques paraissent fort ingénieuses. Elles soi presque toutes empruntées à l'Allemagne. Le nom de Frœbel et ] mot Kindergarten y reviennent à chaque page. On ne saurait croii combien la pédagogie allemande est estimée parmi les maîtres d l'Inde, soit anglais, soit indiens.
L'étude de l'agriculture, on le pense bien, tient une place impo tante dans un pays entièrement pastoral et agricole. L'agricultui s'enseigne par les livres et par la pratique, à l'école et sur le terraii Les élèves ont un livre de lecture (un par chaque année), qu entre autres choses, contient nombre de leçons sur ce sujet. U petit traité spécial, la Première année d^ Agriculture, de Fuller, a é inséré en entier dans les Livres de Lecture des troisième et qu: trième années. Il comprend des leçons à l'école et, surtout vers fin, sur le terrain.
« Montrez-nous, sur le terrain, un champ qui ait reçu de l'engra et un autre qui n'en ait pas reçu, et notez les différences. — Ind quez-nous le moyen de faire de bon engrais avec des engrais ord naires : os, bouse de vache, urine, etc. — Montrez-nous sur terrain un champ irrigué et un autre qui ne l'a pas été et indique nous ce qui les distingue, etc., etc. » On s'efforce d'appeler l'attei tion des élèves sur les objets, sur les faits, qui plus tard seroi presque toute leur vie, et ensuite sur les causes de ces faits. Pi exemple : un sol maigre ne convient pas à de certaines culture: quelles en sont les causes? Chaque école a un jardin plus ou moii grand, avec des carrés et des plates-bandes, où les élèves et le maît plantent les graines que leur distribuent les autorités : légume choux, choux-fleurs, tomates, etc. On leur donne sur place des leçoi de choses concernant le sol, les diverses espèces et qualités, et Rentrés chez eux dans un milieu uniquement agricole, les élèves i peuvent manquer (et l'expérience le prouve) de retenir une partie ( ce qu'on leur a enseigné et d'en tirer parti.
On leur enseigne un peu de géographie et de la façon la pb' pratique. Tout autour de la classe sont des cartes, représentant ' plan de l'école, le plan du village, le district, la province, l'Inde,
onde. On s'efforce de les amener peu ;i peu, de ce qu'ils voient et ivent, à ce qui est loin et i-^noré. Voici, par exemple, la série des i estions posées. (Je supprime les réponses.)
« Quel est ce village? — Sur quelle route est-il situé? — Dans i elle direction va cette route? — Quel village traverse-t-elle plus in? — A quelle distance? — Et plus loin encore? — A combien I milles? — Au delà, y a-t-il une montagne? — De quelle chaîne I t-elle partie? — Quels districts limite-t-elle? — Quelle rivière en rt? — Qui se jette dans quel fleuve? — Et ce fleuve? » Et ainsi de |ite.
L'arithmétique qu'on leur enseigne est l'arithmétique de partout : I quatre règles et les fractions, et la règle de trois, et les calculs I ntérêt (rien n'est plus indispensable dans une population qui est I ijours en compte avec le prêteur). Surtout on développe en eux le I cul mental, fort en usage parmi les marchands du pays.
Un autre objet d'enseignement est la tenue des livres. Je n'y i ;iste pas. •
La lecture des manuscrits est aussi fort en honneur. On veut que I nfant arrive à lire toutes sortes d'écritures. Cela a son impor- I ice dans un pays où presque toutes les transactions se font par lit.
Le trait le plus original de l'enseignement dans ces « Ecoles i -aies » est l'étude des documents relatifs à l'impôt foncier (fermage i la terre, land-revenue) et les documents fonciers sur lesquels il r jose. On estime indispensable que les enfants apprennent à se t onnaître dans ces documents, pour n'être pas exploités par \ fonctionnaire chargé de percevoir l'impôt. On a donc fait faire, c usage des écoles, des copies de deux des plus importants de ces i :uments : 1° le Khasra, ou liste des champs du village, avec des t onnes spéciales indiquant, chacune, la nature du sol, la superl e, l'usage (autre que la culture) auquel le terrain est destiné, les r ms du propriétaire, du locataire, du sous-locataire (formes très c linaires de la tenure des terres), la nature des récoltes, la superi e de chaque champ cultivé, la superficie en jachère, la durée de c jachères, etc.; et 2° le JamahandI, ou liste des terres que possle chaque cultivateur, l'indication de ses champs individuels, de I (lature de ses droits sur ces champs, de la rente qu'il paie, de 1 rriéré qu'il doit, etc. ; 3° une carte du village, sur laquelle cha([ue f ant apprend à trouver la position des champs paternels, en même tnps que les points intéressants : citernes, cours d'eau, col- . etc.
On conviendra, sans doute, que c'est là un ensemble de connai sances bien pratique et bien approprié au milieu.
J'en aurais terminé avec le programme, si je ne tenais à di quelques mots de l'éducation physique. Dans les premiers temps, < a cherché à propager parmi les enfants le système des exercic européens : flexions des membres, extensions, etc., avec les app reils accoutumés. Mais cela n'a eu presque aucun succès, et, au bo d'un peu de temps, on a mis à l'étude et finalement pratiqué 1 exercices physiques, traditionnels parmi les indigènes, et q s'appellent dans la langue du pays : Deshi-Kasrat. On en a fait to un cours progressif d'exercices, qui s'enseignent en quatre ar et qui ont le double avantage d'être conformes au génie et aux ti ditions du pays, et extrêmement fortifiants. Naturellement, il fa soigneusement débuter par le commencement et ménager un entrj nement proportionné à la résistance de l'enfant; sans quoi, il ser; à la fois fatigant et dangereux.
Ce Deshi-Kasrat comporte six séries d'exercices :
1° Nikurs, qui consiste à tourner les membres de divers manières ;
2° Baithaks, à s'accroupir et à se lever;
3° Dands, à lever et à abaisser le corps reposant sur les mains sur les pieds;
4° et 0° Daurs et Chais, à marcher et à courir dans des positio difficiles et non naturelles ;
6° Kulants, à accomplir des tours de force : à tordre le corps, tourner sur les mains, etc.
Cette énumération ne donne aucune idée de ce que peut être Deshi-Kasrat; il faut avoir vu les enfants exécuter les exercict faire le lion couchant, le singe accroupi, la roue, l'homme à ui jambe, les balances, l'homme à une main, la marche du croc dile, etc., pour se rendre compte de la force et de l'agilité auxquell ils peuvent parvenir par une pratique régulière. Le « lion co chant », par exemple {sind baithak dand), consiste en ceci : l'enfa se couche les jambes repliées et les bras étendus en avant, comn ferait un lion couchant; puis il lance ses pieds en arrière, le corj étendu de tout son long et reposant sur la paume des mains et 1 orteils; puis il relève le buste jusqu'à ce que la tête soit rejetée < arrière, etc. Impossible de rien imaginer qui fasse le corps pli souple et plus vigoureux.
Ces écoles ne sont pas entièrement gratuites. Mais les droits se , laires sont peu élevés. Les parents des élèves sont divisés en quai
(tégories, suivant leur fortune présumée et paient de 1 à 8 annas
■r mois; 10 p. 100 des élèves peuvent être admis gratuitement; et,
([pratique, cette proportion est dépassée.
Les grosses dépenses des écoles consistent en constructions et en laires. Ni les uns ni les autres ne sont élevés; c'est le nombre
• ulement qui grossit le total. Les écoles sont aménagées de la façon plus simple : un coin sous une véranda à l'ombre; un hangar, etc.
] irfois, cependant, on rencontre une véritable école, bâtie exprès : ême celle-là ne coûte pas cher : quelques centaines de roupies. Quant aux maîtres, leur traitement est fort modeste. Dans un strict des Provinces, je relève les chiffres suivants : sur une cenine de maîtres, il y en a H à 12 roupies par mois, 11 à 11 roupies, l à 10 rou{)ies, 37 à 9 et 18 à 8. Ce sont là traitements de maîtres ulaires; les moniteurs n'en ont pas moitié autant; ils gagnent de à 4 roupies par mois.
Le traitement de début, comme maître titulaire, est de 8 roupies ir mois. Il peut s'élever à 15 et 20 roupies. Mais, pour arriver à de ^reilles sommes, le maître d'école doit cumuler. Il est maître de iste, peseur public, vendeur de timbres-poste, vendeur de quinine. ^uiit ces gains supplémentaires qui l'amènent à gagner 20 roupies r mois. Ces maîtres d'écoles ne sont cependant pas recrutés parmi > plus basses classes de la population. En ce qui concerne les stes d'origine, 50 p. 100 des élèves de l'Ecole normale de Nagpour
: )partiennent à la caste des Brahmanes, et 8 p. 100 à celle des lladj- )uts, qui est parmi les premières.
Malgré des efforts incessants, on n'est ar ivé à accroître qu'un peu nombre des écoles et celui des classes. En 1871, on comptait I 500 écoliers. En 1903-1904, il n'y en avait encore que 167 000. Cependant, il y a progrès. Et ce progrès, si faible qu'il soit, est dû la qualité meilleure de l'enseignement, au meilleur recrutement
|îs maîtres, au meilleur aménagement des écoles, et surtout à un eilleur programme d'enseignement.
Après tout, qu'on ne s'étonne pas trop de la lenteur avec laquelle instruction se répand dans ces pays si arriérés, et du mince profit l'on retire de la fréquentation à l'école. Aucun enfant au monde est, plus mal que ce jeune indigène, préparé à apprendre. Un uropéen apprend partout : à l'école, dans sa famille, dans le londe, dans la rue. Mais songeons à la condition d'un enfant indiène. Son père et sa mère ne savent rien; à la maison, il n'y a pas n livre, pas un meuble, seulement trois ou quatre ustensiles indisensables : une cruche en cuivre ou en argile et un récipient à faire
la cuisine. A l'église, pas d'enseignement, sous aucune forme. Et 5 voisins sont comme lui. Une ou deux fois le mois, le monde ex rieur lui apparaît : jours de foire; une fois par an, il fait, avec f parents, un pèlerinage à pied au fleuve sacré ; et c'est tout.
Voilà l'enfant qu'il faut instruire.
Joignez à cela — ce qui n'étonnera guère les gens qui ont l'ex] rience de ces choses — que les maîtres d'école sont de très médioci pédagogues. Des Européens, et je dis les plus habiles, rencontrerais là une difficulté presque insurmontable. Mais de maîtres européei à l'école primaire, il n'y en a pas; ce sont tous des indigènes, et méthode du maître indigène est ce qu'il y a de plus défectuei Lui-même sait peu de chose; le peu qu'il sait, il le transmet non | des explications, mais par le simple appel à la mémoire. L'enf; comprend ou non, peu importe. Le maître, d'ailleurs, comprend peu. Des mots, des mots. Sous ces mots, y a-t-il des faits qui frappe son intellect? On en peut douter.
Un fonctionnaire a raconté l'anecdote suivante, qui en dit long, entre à l'école et demande au maître : « Qu'est-ce que votre leç d'aujourd'hui? — La terre et la lune et le soleil. — Bon ! Et qu'eus gnez-vous? — Que la terre tourne autour du soleil. — En êtes-vc sûr? — Tout à fait sûr. — Mais vous, personnellement, que croy' vous? — Moi, je crois que le soleil tourne autour de la terre. »