Nom que les dévots hindous conservent à l'Hougli
gées de perles. Ici vous apercevez un joaillier, là un quincaillier , ailleurs un orfèvre. Les roupies et les pièces d’or sont en monceaux sur les comptoirs : on les prendrait de loin pour des bouquets de narcisses. Les étoffes les plus belles, brochées et lamées d’or et d’argent, éblouissent comme l’éclair les regards qu’elles attirent....
« Sur la rivière se croisent, se pressent d’innombrables navires de toutes les formes et de toutes les dimensions, attestant l’état florissant et prospère de la métropole moderne de l’Inde....
« Malheureusement l’air de cette ville est humide et salin ; les couleurs s’y altèrent promptement , le rouge surtout s’efface tout à fait ; les sorbets, les sirops , les électuaires s’y corrompent, et les substances les plus sèches s’y détériorent souvent. L’humidité est telle que le sol des maisons est toujours mouillé , que toutes les murailles soxtt salpêtrées jusqu’à deux ou trois coudées de hauteur, et qu’aucun rez-de-chaussée n’est habitable.
« On boit l’eau des étangs qu’alimente la pluie : on ne saurait se servir de celle des puits , elle est saumâtre; ni de l’eau du fleuve, où la marée môle sans cesse l’onde amère de l’Océan.
« Parmi les édifices dont se glorifie cette capitale, on distingue la magnifique église des Arméniens, plus belle, sans contredit, que toutes celles des Anglais et des Portugais. Ce monument, vaste et majestueux, fut bâti en 1724 de J. C. , par le prévôt des marchands arméniens. On y remarque une horloge ," vrai chef-d’œuvre d’art et de génie.
* Il y a à Calcutta beaucoup de mosquées , mais une seule est digne de mention : les fidèles la doivent à un riche et pieux tailleur, nommé Ramazina.
« A une petite distance de la ville , du côté du midi ,
s’élève le fort William , bâti sous le gouvernement du colonel Clive , après la fameuse bataille de Plassey. Les armes et les munitions de tout genre y abondent ; et, grâce, à l’entretien vigilant dont il est l’objet , cet édifice, qui a pour l’Inde entière la puissance d’un talisman , paraît construit d’hier....
« A l’occident de ce fort majestueux, et au delà de la rivière , s’étend, sur le bord de l’eau, \e jardin botanique , dont l’étendue est telle , qu’on n’a pu l’entourer d’un mur de clôture.
« L’imagination se perd au milieu de l’espace qu’il occupe, et l’aile de l’esprit ne saurait le franchir. L’accroissement progressif des végétaux qui embellissent ce jardin, le premier du monde, a suivi celui de la puissance anglaise dans l’Inde ; comme elle, il est à son apogée. ‘ »
Cette description quasi officielle et qui , malgré l’emphase orientale de l’éloge, ne dissimule pas les revers de médaille dont Calcutta abonde, est encore aujourd’hui, après quarante-cinq ans, assez applicable à cette grande cité. Située sur un sol plat et marécageux, peu différent, il n’y a pas plus d’un siècle, des sunderbunds du voisinage, Calcutta offre peu de constructions parfaitement solides. Les crevasses qui lézardent les maisons les mieux bâties ne prouvent que trop le peu de cohésion du terrain. Il y a là pour l’avenir de cette métropole une menace réelle. Pour la frapper de la destinée de Gour, il ne faudrait qu’un de ces accidents qui ont signalé si souvent le cours capricieux du Gange : l’ouverture d’un bras nouveau , un changement d’équilibre dans le volume ou dans la répartition de ses eaux. Il suffirait en effet que l’Hougly, à l’époque des inondations , inclinât sa masse fluviale un peu à
1 . Statistique et Histoire de l’Inde , par Mir-Cheer-Ali- Assos. CaL cutta, 1808.
l’orient et la précipitât dans l’un des canaux d’irrigation qui font de Calcutta une sorte d'île, pour changer en une vaste mer ces places où s’élèvent aujourd’hui les églises et les palais des maîtres modernes de l’Inde.
lie jardin botanique.
Quant au jardin botanique, objet de l’admiration superlative de Mir-Cheer-Ali-Assos , il s’en faut de beaucoup que ses destinées se soient maintenues au niveau que leur attribuait cet écrivain.
Pendant trente ans d’une direction aussi laborieuse qu’éclairée, le docteur Wallich , son fondateur, y avait réuni la plus riche collection de plantes exotiques , recueillies, pour la plupart, de ses propres mains, auNépaul,sur les côtes du Pégu et dans la Malaisie. Il y avait joint une quantité prodigieuse de sujets rares tirés du Cap, du Brésil, de l’Australie, ou des archipels du grand Océan. Ce n’était pas seulement un assemblage curieux de choses intéressantes, c’était le coup d’œil le plus pittoresque T le . plus magnifique que l’on pût désirer. Il y a vingt-cinq ans , Réginald Heber venait rêver sous ces ombrages au Paradis perdu de Milton f. Aujourd’hui, s’il vivait encore, le poétique évêque serait forcé de rabattre beaucoup de son admiration. Sans doute il verrait encore dans le Botanic Garden les belles lianes de l’Amérique du Sud suspendues, comme des guirlandes fleuries, aux rameaux des plantains gigantesques des îles de la Sonde et du rima de Tahiti ; il y pourrait encore contempler, à l’abri des palissades d’euphorbes et de cactus , le délicat muscadier , dont le feuillage de myrte mêle constamment à sa verdure lustrée l’éclat de ses fruits d’or et les teintes délicates de