‹ L'Inde contemporaineChapitre 115 sur 166 · I. Jacquemont, Journal, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Jacquemont, Journal, t. I, p

et qui offre un abri contre la pluie et le soleil. Là, après les ablutions, viennent s’asseoir des sociétés de brahmanes pour prier et se peindre suivant les rites de leurs sectes. Là aussi se font apporter les malades et les vieillards , les uns pour se ranimer au souffle de la brise, à la fraîcheur de l’eau, les autres pour mourir en vue du fleuve sacré. Ce cas est commun et prévu , car il y a de distance en distance, le long des ghauts, des espèces de morgues , des places destinées à brûler les cadavres des gens qui ont les moyens de payer un si grand honneur. A peine roussis, car les entrepreneurs de ces pompes funèbres ne leur donnent pas toujours du bois pour leur argent, ils n’ont qu’un saut à faire pour être ensevelis dans les flots bénis du Gange. Les corbeaux, les alligators et les poissons se chargent d’y compléter leurs funérailles. (Jri soir, autour d’un de ces bûchers flambants, je vis un groupe de croque-morts hindous, tisonnant, raillant et ricanant comme les fossoyeurs d’IIamlet; sur leurs têtes des multitudes de vautours et d’autres oiseaux rapaces tournoyaient avec des cris aigus, tandis qu’à quelques pas un jeune homme plein de force et de grâce, sortant du fleuve, étalait sa riche chevelure et laissait sécher son corps de bronze aux rayons du soleil couchant, et que tout un essaim de femmes jeunes, sveltes et souples, entraient dans l’eau, couronnées de fleurs et couvertes de leurs fines draperies de mousseline rose, verte et lilas. Dans la brise fluviale se mêlaient d’une part les effluves parfumées du Botanic Garden et du parc de l’hôtel Peel, le plus beau de Calcutta, de l’autre les émanations fétides du bûcher. Aux cris stridents des oiseaux, aux ricanements hideux des hommes du sépulcre se mariaient les rires et les chants des baigneuses.... Ainsi dans un même cadre étroit contrastaient la vie et la mort.

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