XXX VI
INTRODUCTION
des fonctions délicates de résident, put réaliser, entre l’Indus et leSatledje, plus de progrès en un ou deux ans, qu’on n’en avait effectué dans toute l’Inde depuis un demi-siècle; et le peuple semblait calme et soumis.
Cette situation satisfaisante réagissait sur l’état général des possessions britanniques. Lord Hardinge put réduire son armée de cinquante mille hommes et diminuer ses dépenses de 30 millions, pendant que le revenu des provinces sikhes augmentait son budget des recettes d'une somme à peu près égale et lui permettait d’entrevoir, dans un prochain avenir, les finances de la Compagnie employées à des travaux indispensables d’utilité publique et d’améliorations intérieures. 11 pensait surtout à reprendre les travaux du canal du Doab , dont la réouverture, décrétée depuis 1841 , avait été suspendue par la guerre du Caboul ; il s’agissait de conduire les eaux de la Jumna sur un parcours de quatre-vingt-dix lieues et de rendre à la fécondité six millions d’hectares de terres desséchées, auxquelles il ne manquait qu’un bon système d’irrigation pour préserver de la famine deux millions d’habitants.
Le moment de commencer ces grands travaux semblait venu; on voulait leur consacrer six millions par an, et cinq mille ouvriers, déjà rassemblés à cet effet, devaient se mettre à l’œuvre aussitôt la saison des pluies terminée, lorsqu’on apprit qu’une formidable insurrection , éclose inopinément dans la ville de Moultan, remontait le cours des cinq Ueuves, s’étendait jusqu’à Peichawer et enveloppait toutes les résidences anglaises, isolées et cernées dans cet embrasement.
Insurrection de Moultan. — Deuxième guerre du Pundjab. —
Annexion de l’héritage de Runjeet-Singh aux domaines de la
Compagnie.
Le prétexte ou le signal de cet événement fut la destitution du chef indigène de Moultan , Dewan Moulraj , qu’un système d’espionnage fort bien combiné 1 représentait aux agents anglais comme suspect d’intrigues ou de désaffection. Deux jeunes officiers européens , chargés d’installer son successeur ,
t . Journaux de Calcutta
INTRODUCTION
furent massacrés dans une émeute, et Moulraj, faisant appel à tous les intérêts, à tous les sentiments froissés par le joug étranger, se vit bientôt à la tête d’une armée dans la ville la plus forte du Pundjab par sa situation , et la plus peuplée après Lahore et Amritsir.
Ce soulèvement, qu’un peu d’activité de la part des généraux cantonnés sur la rive gauche du Satledje eût peut-être étouffé à sa naissance , mit du moins au grand jour la haute valeur personnelle , la fécondité de ressources des jeunes officiers anglais employés comme résidents dans le pays insurgé. Surpris par les événements dans des positions isolées, n’ayant sous la main que de faibles escortes, ils tirèrent admirablement parti des divisions de sectes, des haines religieuses qu’ils savaient exister au sein des populations. Opposant aux Sikhes des bandes irrégulières de musulmans ou de Djats brahmaniques, ils réussirent à tenir presque partout l’ennemi en échec jusqu’à l’arrivée des renforts de l’Inde. « Triste, mais inévitable effet des persécutions qui forment , sur le même sol , deux peuples ennemis, dont le plus faible servira toujours d'auxiliaire à l’étranger contre ses oppresseurs 1 1 »
Le méthodique général de la grande armée anglo-hindoue, lord Gough , ne fut en mesure d’entrer en campagne que huit mois après les scènes sanglantes de Moultan. A la fin de novembre il était à Lahore avec un rassemblement de plus de 100 000 hommes, dont 25 000 combattants, accompagnés de 100 bouches à feu. Les Sikhes, qui avaient mis le temps à profit, avaient concentré toutes leurs forces sur les bords du Tchenab. Dans cet effort suprême pour leur indépendance , ils ne démentirent pas les instituteurs européens qui les avaient formés à la science de la guerre et qui n’étaient plus au milieu d’eux. Vainqueurs le 43 décembre -1848 à la sanglante journée de Chillianwalla, où périrent 3000 Anglo-Hindous, s’ils ne purent empêcher la chute de Moultan et la capture de Moulraj, le fauteur de la guerre, du moins par une habileté stratégique et une ténacité qui eût honoré des armées plus civilisées , ils prolongèrent une lutte inégale jusqu’à la fin de février 1849, et quand , sur le champ de bataille de Goujrat , la supériorité nu-