Jacquemont, Journal, t. I, p
drapeaux, n’a-t-il pas établi qu’un Européen sans famille pouvait vivre confortablement dans l’Inde avec une dépense de 3000 francs et mettre de côté tout ce qu’il recevait au delà de. cette somme1? Or, les sous-lieutenants ou lieutenants à la solde de la Compagnie touchent an-
nuellement
de
000 fr.
Les capitaines
de
Les majors
de
Les lieutenants-colonels et colonels
de
Les brigadiers environ
Et les généraux
de
Il n’est pas question du général en chef
, dont
les in-
demnités seules , indépendamment de la solde , s’élèvent à près de 200 000 fr.
Si bien payés que soient les militaires au service de la Compagnie, un simple coup d’œil jeté sur le personnel contenu dans les voitures qui se croisent aux heures de la promenade sur l’esplanade de Calcutta révèle à l’observateur que les civilian sont encore bien mieux lotis. Ce sont des hommes en habit noir ou en veste blanche qui s’étalent dans les carrosses; le simple tilbury est l’attribut des habits rouges.
Le personnel du service civil de l’Inde se divise en . deux classes, savoir : les fonctionnaires covenanted, c’està-dire engagés par serment envers la Compagnie, sortis de ses écoles, et les uncovenanted ou irréguliers. Un simple préfixe établit entre ces deux classes une différence énorme. La première, recrutée uniquement d’Anglais pur sang, jouit de prérogatives sociales et hiérarchiques inestimables et prélève annuellement au budget de l’Inde une part dont la moyenne pour chaque individu approche de 60 000 francs*. La seconde, beaucoup
1. Ë<1. de Warren, t. II, p. 216. — 2. Calcutta review. Voir le tableau C à l’appendice.
plus nombreuse, se compose de quelques natifs des Trois- Royaumes, pauvres plébéiens de sang ou de fortune d’un plus grand nombre de métis anglo-hindous, d’autres individus de sang mêlé et d’origines diverses, et enfin de quelques indigènes instruits, chrétiens ou non, mais élevés à l’européenne, parlant et écrivant l’anglais. La Compagnie, qui donne aux uncovenanted des appointements bien inférieurs à ceux de la première classe, qui ne contracte aucun engagement envers eux et les renvoie sans indemnité quand bon lui semble , sert au contraire au service covenanted de magnifiques pensions après vingtcinq ans d'emploi , dont on peut passer trois ou quatre en congé avec solde entière.
On compte dans l’Inde environ huit cents emplois civils dont les titulaires ont été choisis parmi les parents et les amis des directeurs et qui n’ont qu’à vivre pour arriver aux plus hautes dignités; mais huit cents jeunes gens peuvent-ils suffire aux besoins du service? Huit cents anges du ciel n’y suffiraient pas 1 !
L’admission dans le service régulier est une des branches les plus importantes du patronage de la cour des directeurs, et, comme on ne pourrait abolir la Compagnie sans attribuer ce patronage à la couronne, la crainte de voir un ministère et un parti en possession du pouvoir disposer d’un pareil privilège est un des principaux motifs allégués à la tribune et dans la presse anglaise pour conserver le partage actuel du gouvernement de l’Inde entre le bureau du contrôle, qui représente la couronne, et la cour des directeurs, qui représente la Compagnie. Mais si ce système était aboli, si l’État s’emparait de toutes les attributions de la souveraineté sur l’Inde et y nommait à tous les emplois, les deux services se con-
1. Lord Ellenboroug, Discours à la chambre des lords (Parlementary payer s) , 1852.