Annuaire des Deux Mondes
emploi et fut réduit aux appointements de son grade, environ 16 000 francs par an : et le voilà qui se prévaut de ce malheur et d’autres embarras pécuniaires pour demander secours à toute la communauté anglaise dans l’Inde, afin de pouvoir continuer la pension qu’il faisait à sa mère. Chacun sait que le père de ce solliciteur, avec 1200 francs au plus de revenu, a vécu et a élevé une nombreuse famille; mais le fils semble croire qu’on ne saurait, sans injure, offrir à la veuve de cet honnête artisan moins de 6000 francs par an, et il déclare que, réduit lui-même à 16 000 francs d’appointements (le traitement d’activité d’un général français), il lui est devenu impossible de prendre part à la souscription qu’il propose. Un tel homme serait flétri en France. A Calcutta, on se contente de déverser le blâme sur son inconduite, dont nul ne parlerait si elle ne lui avait pas fait perdre l’emploi avantageux qu’il occupait auparavant.
« Il y a cependant un certain fonds de grandeur dans cette idée extravagante qu’a un homme de son droit à être riche! Et le mépris de la pauvreté, qui, dans les individus, est un sentiment si odieux et si bête, n’est pas sans utilité dans une nation. Il contribue puissamment à la grandeur anglaise1. »
Mais, d’un autre côté, il faut le dire, tant d’âpreté au gain, une telle soif de l'or, sont d’un mauvais exemple pour les indigènes. Nulle part il n’y a autant de misère, de démoralisation parmi eux qu’aulour de Calcutta, ce centre de la richesse et du pouvoir de leurs maîtres.
Justice, crime» et dépravation an Bengale.
Ce proverbe : « Un voleur en fait naître cent, » n’est nulle part plus vrai que dans l’Inde. Quand un voleur, Dacuit