‹ L'Inde contemporaineChapitre 125 sur 166 · Heber's iravels; Campbell, Modem India · texte numérisé non relu

Heber's iravels; Campbell, Modem India

L’fNDE CONTEMPORAINE.*

« Dans le Bengale proprement dil, la police et la population sont également molles et efféminées, et la première est malheureusement soupçonnée d’être plus active pour le mal que pour le bien. On peut bien avoir exagéré ses méfaits, mais on ne peut nier son incapacité et ses tendances vers la corruption. Dans la nomination de ses agents indigènes, les chances qu’a l’autorité de faire tomber son choix sur un sujet incapable sont décuplées par la nécessité d’écarter un exacteur ou un concussionnaire. Un thanadar bengalais , au lieu d’être un homme actif, aux manières militaires , parcourant les chemins de 6on district sur un ardent poney, est généralement un individu obèse, vêtu en petit-maître, qui redoute la marche et craint comme la mort l’équitation , se fait porter à épaules d’hommes dans un bon palanquin, et affecte les dehors d’un magistrat judiciaire plutôt que le caractère d’un ehasseur de délits. Si quelque crime sérieux éclate, il se mettra à rédiger un compendieux rapport, et peut-être fera connaître son intention de poursuivre, le jour suivant, l’instruction de l’affaire. Quand enfin il se rend sur le théâtre de l’événement, et qu’ayant sommé tous et chacun de comparaître devant lui , il ouvre son prétoire, soyez sûr que c’est justement dans la maison de l’homme qu’il lui faudrait poursuivre, qu’il ira prendre son logement, ses conseils et ses témoins. Quelle justice peut attendre une malheureuse victime des Dacoits, qui trouve le fonctionnaire chargé de recevoir sa plainte assis au foyer même du principal coupable? Mais, après tout, le grand mobile des crimes qui déshonorent actuellement le Bengale est la lâéheté de la population > qui ne sait se défendre ni des brigands ni de la police. Y a-t-il au monde un gouvernement qui puisse protéger des gens qui ne veulent pas se protéger eux-mêmes ? That is the question. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’en ce mo-

ment (1834), dans un rayon d’une soixantaine de lieues autour de la métropole des Indes, les natifs sont sans cesse menacés de dilapidations secrètes ou de violences ouvertes, et qu’il n’y a pas d’habitation qui ne puisse être envahie de nuit par des bandes armées1. »

Les causes de ce déplorable état de choses ont été cherchées au Bengale, comme en Irlande, dans l’accroissement du nombre des cabarets , foyers contagieux de désordres et de mauvaises pensées, mais dont le gouvernement tolère la multiplication en vue des intérêts du fisc. On les a attribuées aussi à la misère profonde où le perpétuai seulement de lord Cornwallis, scrupuleusement respecté par ses successeurs, a plongé les classes agricoles. L’administrateur et l’économiste peuvent se contenter de ces diagnostics et se mettre, d’après eux, à la recherche du remède; l’historien ne le peut pas. Pour lui ce ne sont là que des causes secondaires, des symptômes même d’un mal plus grand. La lèpre profonde qui ronge les populations de l’Inde et qui s’est successivement révélée, il y a quarante ans par l’apparition des Pinderries, hier par celle des Thugs, aujourd’hui, dans l’Orissa, par les sacrifices humains, et dans le Bengale par le Dacoilisme, a son germe dans la décrépitude des institutions brahmaniques qui enchaînent chaque génération nouvelle sur le charnier putride des générations mortes ; dans l’enfance du sens moral, prolongée chez les Hindous depuis trois mille ans; dans le servilisme enraciné dans les cœurs par le système des castes, et que les croyances religieuses ont toujours sanctionné au profit de n’importe quel joug ; enfin et surtout dans l’absence complète au fond des consciences de la notion de patrie, qui seule peut régénérer les races épuisées.

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