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Uot wind, vent chaud, le sirocco de l'Inde

adressaient successivement au gouverneur, et quelquesuns en très-bon anglais, leurs félicitations, leurs demandes ou leurs plaintes.

Lorsque lord Dalhousie eut achevé le tour de la salle et se fut placé sur la première marche de son trône, toutes les personnes présentes s’approchèrent successivement de lui pour prendre congé. Les premiers qui s’avancèrent furent deux jeunes rajahs que le gouverneur venait d’investir des États qu’avaient régis leurs pères , en leur remèttant un khélat de brocart et un turban ; -c’étaient tous les deux des enfants de douze ans , mais fort différents d’apparence. L’un, pâle et chétif, était un Rajpoute du Malva; l’autre , titulaire de la principauté de Kouch- Béhar, au nord du Bengale, avait la fraîcheur et la vivacité de son âge. Lord Dalhousie ajouta aux vêtements magnifiques qu’il leur avait déjà donnés une aigrette de diamants qu’il attacha lui-même à leur turban , un collier de perles qu’il leur agrafa autour du cou, un petit flacon d’aftaren argent, et du bétel enveloppé dans une feuille de bananier. Vint ensuite le vakil ou envoyé du prince mahratte Scindiah, notre ancienne connaissance1. C’était un jeune homme de seize ou dix-sept ans , mais auquel un air très-satisfait, une allure vive et sémillante, donnaient une apparence de petit-maître. S’il n’était pas, auprès de la turbulente ranie de Gwalior, le titulaire de l’emploi de kashie, tout au moins pouvait-on le soupçonner d’aspirer à cette position sociale.

Le khélat et les autres présents qui lui furent offerts n’étaient que de très-peu inférieurs à ceux des deux petits rajahs. Les vakils d’Aoude, de Nagpour, de Tipperah , de Cachemire et de Népaul , s’approchèrent ensuite et reçurent des témoignages de considération analogues,

t. Voir au chapitre iu de ce volume.

quoique moins magnifiques peut-être. Après eux vinrent des chefs de bandes ou de clans d’outre-Sind, des Persans , des Béloulchis, des Arabes, tous remarquables par leurs figures imposantes et leurs attitudes militaires. Tous aussi reçurent quelques présents. Les babous et citadins qui suivirent n’eurent qu’un peu d’atlar versé sur leurs mouchoirs.

Ce fut, à tout prendre, un spectacle intéressant, bien , que les vêtements, presque tous de mousseline blanche, offrissent- une uniformité qui n’était pas suffisamment relevée par la splendeur de quelques khélats. Ceux-ci même étaient éclipsés par la pourpre, les broderies et les panaches des uniformes anglais. La personne qui me frappa le plus fut l’aide de camp hindou du gouverneur général , beau militaire dans toute la vigueur de l’âge, et dont la physionomie respirait à la fois la douceur et l’audace. Un riche costume de hussard, sur lequel brillaient les insignes de l’ordre du Bain, relevait encore l’élégance de sa taille et de sa démarche. Sorti le dernier du cercle, au lieu de présenter au gouverneur général un nuzzer d’argent comme les autres, il tira à demi la lame de son sabre, comme pour lui en faire hommage. Il y avait autant de noblesse que de naturel dans ce simple geste , le plus flatteur sans aucun doute de tous les salams dont lord Dalhousie fut l’objet dans cette circonstance.

Ce militaire était le lieutenant-colonel Z..., excellent officier, aussi considéré, en dépit de son teint de bronze, des Anglais que des Hindous eux-mêmes.

Son grade et sa décoration, choses inusitées dans l’armée indigène et même contraires aux règlements de la Compagnie, piquèrent vivement ma curiosité. Je cherchai l’occasion de me lier avec lui et je la trouvai facilement, son bungalow à Barrackpour étant voisin du mien. Soit simples rapports d’âge et de manière de voir, soit analo-

gie de sentiments , je ne tardai pas k gagner sa confiance et son amitié.

Il appartient h la classe des half-casts ou hommes de sang mêlé, issue de l’union des conquérants européens avec les femmes indigènes ; classe qui n’a point de place dans la société hindoue et qu’on ne peut comprendre dans la société européenne, d’après l’absurde préjugé qui l’en exclut , quelles que soient l’éducation et les qualités morales de l'individu. N’appartenant par aucun point complet ni à l’Europe ni à l’Asie, mais cependant parfaitement familiarisé avec nos usages, le lieutenant-colonel Z4** est un homme infiniment curieux à connaître. Ses mœurs , qui ne sont pas plus empreintes que ses traits du cachet particulier d’une race , d’une civilisation ou de préjugés distincts, sont douces, bienfaisantes, et lui ont acquis une bienveillance presque générale. Riche, il est généreux comme un natif. Il a bâti, ici une pagode, là une mosquée; plus d’une route solitaire lui doit la construction d’un bungalow pour les voyageurs; plus d’un canton menacé de sécheresse et de famine, la réparation des digues de son réservoir ; il a dépensé près d’un lacs de roupies1 en fondations d’écoles et de chapelles chrétiennes de toutes sectes. Jeune encore , mais vieux soldat, et soldat distingué, ayant beaucoup vu et beaucoup agi, sa conversation est pleine d’intérêt; mais il ne parle volontiers que des choses de son pays, soit que ce soient réellement les seules qu’il sache bien, soit plutôt qu’il se méfie de son jugement sur celles des autres pays.

Souvent choisi par lord Dalhousie pour remplir des missions de confiance , il venait de parcourir toute la ligne frontière du Sind, depuis les montagnes d’où dé-

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