Ramayana, Aranyakanda, chap. lv
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la dérive des vents et des courants de l’Océan les peuples de race nègre qui y avaient fondé le centre d’une puissance barbare dont les destins balancèrent un instant ceux de la civilisation brahmanique.
Désignée par les Grecs et les Romains sous les noms divers de Taprobane , de Salika, de Sindo-Candæ, etc., par les Arabes sous celui de Sélen-Divè (l’île riche) ; appelée Singha-Ta (île des lions) par les Hindous de la décadence, elle est demeurée, dans les idiomes malabare, javanais et siamois, la Lanka de Yalmiki, Vile resplendissante, sanctifiée par les épreuves et les exploits d’un héros déifié.
Toutes les légendes anciennes de Ceylan se rattachent à cette légende mère. Il n’y a pas de canton dans les plaines ou dans les montagnes de l’île qui ne garde quelques traces des pas de Rama, de Lakchmana, son généreux frère , ou de Sîta , sa belle compagne. Voyez-vous cette chaîne d’îles et de récifs qui, un peu au nord du neuvième parallèle, court de la pointe continentale d’Artingara au district insulaire de Mentotte? ce sont les restes du pont colossal que jeta sur l’Océan l’armée de Rama marchant à la conquête de Lanka. Ces murs cyclopéens, à la destination ignorée, ces blocs géants chargés de caractères inconnus, aujourd’hui rongés par la mousse des bois , sont les monuments de ses travaux et de ses victoires : sur le sommet granitique du pic central de l’île, il imprima son pied divin ; au cap Dundèra, extrémité méridionale de Ceylan, il ne s’arrêta que parce que le monde finissait là. Les monts Doombéra, qui ferment au nord-est le plateau de Candy, recèlent parmi leurs cimes rocheuses les ruines de l’orgueilleuse cité des Rakchas, qu’assiégea le conquérant; c’est dans les plaines de Mattalé,qui s’inclinent au nord de ces mêmes montagnes, que se livra la bataille décisive où, après sept jours et sept nuits d’une
lutte acharnée , le ravisseur de Sîta , l’odieux tyran de Lanka, tomba sous les traits du prince d’Ayodhia, comme le noir Ahi, le chef des démons , était tombé aux premiers jours de la création sous les foudres vengeresses d'Indra.
A vingt lieues de là , vers le sud , les rochers d’Hakgalla , contre-forts orientaux du pic d’Adam , enceignent dans leur cadre sauvage une merveilleuse série de coteaux et de vallons où la tradition veut voir l’emplacement du,, palais de plaisance que Ravana avait donné pour prison à sa belle captive, et de ce jardin d’Asokas où le brave Hanoumat , envoyé à sa recherche , la découvrit et lui remit pour gage de sa mission et d’une prochaine délivrance l’anneau de Rama. Les légendes hindoues et cingalaises , d’accord sur ce point , veulent même que l’inépuisable fécondité de cette belle région soit due à l’incendie auquel le vaillant chef des Yanaras livra alors ses magiques plantations. Sur la pente extérieure de ces montagnes, une des plaines du district d’Uppur-Uva porte tout à la fois le nom de plaine du Pipeul et du palais détruit. Un figuier des Banians , aux proportions gigantesques, y croît en effet dans l’angle même d’une haute terrasse formée de trois gradins superposés de pierres énormes ; un courant des montagnes , conduit par la main de l’homme en ce lieu , entoure l’emplacement du palais détruit , aujourd’hui utilisé pour la culture du riz. La tradition veut que ce soient là les restes des constructions de Ravana, et que le figuier qui porte encore le nom d 'arbre du serment ait crû à la place même où Sîta, après la défaite et la mort de son ravisseur, disculpa de tout soupçon , par un serment solennel, son honneur de captive et sa fidélité d’épouse *.
1. Ramayana, liv. VI, chap. xciv; Pridham, Ccylan and its dépendances, t. 1, p. 23 et 24.
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Ceylan dan» le» temps modernes. — lino bête fauve ■ur te trêne de Candy.
Depuis plusieurs siècles l’ombre et le silence s’étaient faits sur Ceylan, lorsqu’en 1505 Lorenzo d’Almeida , fils du vice- roi de Goa , vint chercher à Pointe de Galle un abri contre la tempête. A dater de ce jour, cette île entra dans la sphère d’action des Européens : Portugais, Hollandais, Français et Anglais vinrent tour à tour fonder sur ses côtes des établissements commerciaux et des postes militaires , théâtres de leurs rivalités, et souvent de leurs sanglants conflits. Dès la fin du siècle dernier, le pavillon britannique flottait seul sur le littoral de Ceylan et n’avait plus à redouter d’attaque que de la part des indigènes de l’intérieur.
Deux branches du tronc humain , résultats hybrides des populations que les siècles antiques ont superposées dans Ceylan , se partageaient alors comme aujourd’hui le sol de cette île ; l’une , celle qui habite les rivages et les plaines , la branche cingalaise , s’était soumise sans combattre à tous les conquérants ; l’autre , la branche candienne, retranchée dans les montagnes de l’intérieur, avait repoussé au contraire , avec autant de persévérance que de succès , les nombreuses attaques des troupes européennes. Contre les repaires de leurs forêts, contre les défilés de leurs montagnes , fortifiés , défendus , comme les retraites sauvages des Belges au temps d’Ambiorix et de César , par des labyrinthes d’épines et d’inextricables lacis, s’étaient brisées la science militaire et la valeur chevaleresque des Portugais du xvi* siècle, comme la froide énergie et les ruses des Hollandais du dix-septième. A l’agilité et à la cruauté du tigre , les Candiens joignent la souplesse et la perfidie du serpent ; ils ram-
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pent, se glissent, se tapissent comme ces animaux pour épier leur proie et l’atteindre d’un bond. Les habitants du pourtour de l’île, les Cingalais, ne sont peut-être ni plus honnêtes ni plus francs que les Candiens; mais autant leur lâcheté est douce, inerte et passive, autant celle des Candiens est féroce, agressive, implacable.
Un écrivain anglais, en quête de similitudes, a comparé Ceylan à une belle et bonne pêche, dont la partie cingalaise serait l’enveloppe charnue et la partie candienne l’amande centrale. Or, depuis une quinzaine d’années, les Anglais vivaient et jouissaient en maîtres de la pulpe savoureuse de l’ile , sans avoir pu entamer son noyau, quelques désirs qu’ils en eussent, quand les actes du roi de Candy vinrent en aide à leurs desseins secrets. C’était une bête sauvage, comme l’Orient peut seul en nourrir et en développer sur le trône. En 1814, il s’avisa de faire arrêter sur ses terres dix marchands cingalais qui étaient de Colombo et se trouvaient par conséquent placés sous la protection de l’Angleterre. Conduits à Candy, ces infortunés y furent condamnés, de par le bon plaisir du roi, à périr dans les plus horribles supplices. Trois d’entre eux, plus robustement constitués que leurs compagnons, ayant survécu à la torture et épuisé la rage et la science des bourreaux, le monarque voulut bien les renvoyer à Colombo, mais comme un défi vivant à l’Angleterre, avec des colliers solidement attachés à leur cou et composés de leur nez, de leurs oreilles et d’autres dépouilles sanglantes de leurs corps mutilés.
Pendant que les représentants de la couronne britannique à Ceylan se demandaient si le moment n’était pas venu pour eux de jouer, au bénéfice de leur patrie, le rôle de la Providence, spectatrice trop longtemps impassible de pareils forfaits , et qu’ils écoutaient les propositions secrètes d’un adikar ou gouverneur candien
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d’un district frontière , il arriva que le tyran, soupçonneux comme tous ses pareils, manda par-devant lui ce fonctionnaire pour répondre, disait-il, à des accusations portées contre lui. L’adikar se garda bien d’obéir; mais, selon les coutumes orientales, sa famille était restée à la cour comme une garantie de sa conduite et de sa fidélité. Ce fut sur ces otages innocents , sur le frère et la bellesœur de l’adikar, sur sa femme et sur ses quatre enfants, qu’éclata la vengeance royale. Ayant d’abord livré au bourreau le frère du contumace, le roi fit décapiter les enfants sous les yeux de leur mère, la contraignit k piler leurs têtes dans un mortier et à se nourrir de cet effroyable amalgame d’os, de cervelle et de sang, sortis de son propre sein!... puis il la fit noyer dans un étang avec sa jeune belle-sœur. A la nouvelle de ces exécutions, de ces affreux détails, que la plume hésite à retracer, l’adikar leva l’étendard de -la révolte, et peu après une petite armée anglaise de 3000 hommes se mit en marché pour l’appuyer. La lutte ne fut pas longue. D’abord le roi de Candy refusa de croire à la téméraire entreprise des libérateurs de son peuple. Tout monstre a ses courtisans; celui-ci en avait, et beaucoup, dont les flatteries l’avaient abruti. Ne comprenant pas qu’on osât l’attaquer, il ne prit aucune mesure de défense. Un de ses sujets ayant été assez malavisé pour lui annoncer que les ennemis avaient franchi la frontière, il lui fit aussitôt trancher la tête pour lui apprendre à mentir. Le lendemain , un soldat s’étant permis de lui dire humblement que l’armée n’était pas sûre et qu’il fallait songer à la retraite, il le fit empaler vivant. Cependant ces procédés d’omnipotence n’empêchèrent pas les alliés d’avancer, d’entrer sans coup férir dans Candy, et Sri-Wikrème- Rajah-Sinha, ainsi se nommait ce porte-couronne, de tomber entre les mains des Anglais. Les vainqueurs, du 191 bb
reste, témoignèrent à leur captif plus d’égards qu’il n’en méritait; après l’avoir sauvé du juste châtiment que lui préparaient les amis de ses victimes, ils le firent conduire sur le continent, dans la forteresse de Vellore, où il mourut paisiblement quelques années après, mais où son fils vit 'encore. Ainsi l’Angleterre remplaça dans Gandy les pouvoirs indigènes.
Malgré quelques sectateurs quand même de la légitimité (car la légitimité de Sri-Wikrème-Rajah-Sinha a trouvé des défenseurs officieux dans la presse anglaise vers l’an de grâce 181 S), la morale et l’humanité ne peuvent qu’applaudir à cette substitution, d’autant plus que Ceylan ne relève pas de la Compagnie des Indes, mais directement du gouvernement anglais.
Celui-ci est représenté dans Ceylan : 1° par un gouverneur, résidant à Colombo, jouissant de 175 000 francs de traitement annuel et assisté de deux conseils, l’un législatif et l’autre exécutif, dont les membres, à trois ou quatre exceptions près, sont à la nomination de la couronne.
2° Par un government agent , avec plusieurs adjoints, dans chacune des cinq grandes subdivisions modernes de l’ile, subdivisions qui, d’après leur position géographique, ont pris le nom de provinces du Nord, du Centre, du Sud, de l’Est et de l’Ouest.
3° Par une force armée de 3500 à 4000 hommes, dont les deux tiers sont Européens et le reste Cafres et Malais.
Le seul fait que cette poignée de soldats suffit pour maintenir l’ordre, la paix et la suprématie du drapeau anglais au milieu d’une population d’un million et demi de créatures humaines, répandues sur une superficie presque égale à celle de l’Irlande, preuve surabondamment, d’une part, l’habileté des chefs qui l’emploient, et de l’autre,
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qu’en dépit de quelques insurrections partielles, oubliées depuis déjà douze ans, et de quelques dénégations de la presse de Londres, la domination anglaise est un bienfait pour cette population divisée d’origine , de dialectes et de croyances, et dont un quart au moins est déjà acquis aux différentes sectes du christianisme. Je dois ajouter que les dépenses faites par la métropole dans celte belle colonie, ont presque toujours, depuis une vingtaine d’années , balancé le revenu qu’elle en retire et qui monte à dix ou douze millions de francs.
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Trincomaly, situé sur la côte nord-est de l’île, par 8° 33' de latitude nord et 78° 54' de longitude est, est tout à la fois le chef-lieu de la province orientale et le principal établissement militaire et maritime de Geylan. Son port, unique dans l’Inde, ses fortifications, qui commandent l’entrée d’une suite de baies sûres et profondes où toutes les flottes du monde trouveraient un abri, en ont fait le Gibraltar de l’Orient et la clef de la mer du Bengale. Le paysage que domine sa citadelle, et qui réunit les aspects les plus variés , les tons les plus riches de la terre , des eaux, des rochers et des bois, est un admirable spécimen de la nature cingalaise. Je le recommande aux artistes en quête de pittoresque nouveau et las de se morfondre sur les rocs pelés de la Romagne et de la Grèce. Malheureusement ce site magique est un des plus chauds et des moins salubres de l’ile. Mais qu’on se rassure; il garde en réserve, pour les touristes que ces dernières circonstances affligeraient d’hépatite, des eaux thermales qui sont protégées par Ganésa, le dieu de la sagesse, et qui doivent leur antique célébrité à la fille du chef des Asouras, à Kannya, qui, toujours immaculée et toujours vierge,
enfanta sur leurs bords trois fils à un saint ermite des temps primitifs. Il est vrai que celte progéniture n’était pas ordinaire : ce n’était pas moins que Ravana, le patron des ravisseurs des biens et dos femmes d’autrui; Cumbakarna, le type premier des ogres goulus de nos contes de fées; et enfin Wibiçana, l’ancêtre de cette innombrable lignée d’hommes prudents et sages, qui en toutes tentatives n’honorent que le succès et en toutes querelles ne prennent qu’un parti , celui du plus fort.
Ayant appris à Trincomaly qu’une grande partie de chasse s’organisait à Candy contre les éléphants de l’intérieur, je me hâtai de partir pour cette dernière ville, où se rassemblait l’état-major des chasseurs et des curieux que ce grand acte de sport, attire toujours de fort loin. Grâce aux Anglais, une route de 108 milles relie aujourd’hui ces deux villes, route carrossable, à la macadam, sur laquelle ils ont établi des relais de poste, et (que la nature le leur pardonne!) une messagerie. Au monotone bercement de ce véhicule je préférai l’allure d’un cheval ; mode de transport plus fatigant peut-être , mais qui permet au voyageur de ne perdre aucun détail des scènes pleines d’intérêt qu’il rencontre à chaque pas sur cette terre étrange.
En sortant de Trincomaly, la roule court sur la grève, le long des djungles, mais, en avançant dans l’intérieur, pénètre de loin en loin à travers de riches et belles cultures, émaillées d’habitations humaines et égayées par des échappées de vue sur les criques profondes de la grande baie de Trincomaly ou sur l’immensité de l’Océan. Plus avant encore, les bois s’épaississent; il règne dans leurs solitudes une morne tranquillité qui n’est interrompue que par le bourdonnement des insectes et le cri des perroquets et des singes. De tous côtés s’élèvent en fûts serrés, en gerbes de colonnes,
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des bambous, des cocotiers, des aréquiers, des palmaïras au feuillage légèrement découpé, des lalipots aux feuilles immenses, dont un soldat peut faire sa tente et un villageois sa toiture; puis viennent des cannelliers à l’écorce odorante, des caféiers et des plantes sarmenteuses, courant d’un tronc à l’autre et faisant de la forêt un immense labyrinthe aux voûtes mystérieuses, où la pensée s’égare avec autant d’ardeur que d’appréhensions.
« Dans cette île ombreuse, un crépuscule voile l’air chargé d’électricité. Les éclairs y sont fréquents et jettent un étrange éclat sur les montagnes et les précipices chargés de végétation ; le silence de ces lieux est souvent interrompu par le grondement du tonnerre lointain à l’approche des orages de l’équinoxe, et par le lugubre tam-tam des bonzes, qui résonne dans la forêt :*car souvent, dans les endroits qui semblent inaccessibles, est caché un temple mystérieux où se pratique le bouddhisme antique dans toute son étrangeté primitive. » Expulsée des bassins de l’Indus et du Gange ainsi que duDeccan, la doctrine de Cakia-Mouni est encore à Geylan la religion de la majorité. De loin en loin dans la forêt, un sentier tortueux et difficile, sous un épais feuillage où le soleil ne pénètre jamais, vous conduit « à l’escalier d’un temple rustique, où des prêtres obligeants et calmes, drapés de jaune, au teint cuivré, au visage austère, à la tête rasée, vous introduisent dans une enceinte silencieuse, embaumée des fleurs les plus rares. Dans ce sanctuaire, à la faible lueur d’une lampe d’huile de coco, vous voyez un Boudha gigantesque, taillé dans le roc et peint de vives couleurs, surtout d’orange et de jaune, couché ou debout, occupant toute la longueur ou toute la hauteur du temple. Ces prêtres hospitaliers, animés d’une bonté cordiale et modeste, s’empressent de vous offrir des rafraîchissements simples, proprement préparés, et qui ne
consistent qu’en végétaux. Des enfants élevés dans ces temples ou monastères vous entourent d’attentions naïves. Les uns agitent des éventails devant vous et vous présentent de l’eau pour vous rafraîchir, tandis que d’autres allument un fagot de bois et font des cigarettes avec des feuilles vertes cueillies à l’instant dans leur jardin. D’autres encore vous offrent du bétel ou de la canne à sucre, ou quelque fruit monstre qu’on n’a jamais rêvé. Tout cela se passe dans le silence du respect et de la retenue : car ces prêtres de la forêt enseignent à leurs sauvages élèves la bonté et la modestie , et ils en font des hommes doux et tranquilles. »
Le trajet de Trincomaly à Candy est semé de vestiges d’une civilisation inconnue des générations actuelles de lMle. Parmi eux on remarque surtout les grands ouvrages d’irrigation et d’endiguemenl que les temps antiques ont en vain légués comme modèles aux temps présents. Les lacs ou réservoirs de Candelle et de Minery m’ont offert les échantillons les plus remarquables de ces travaux d’utilité publique. Ce sont de puissantes nappes d’eau, de deux à trois lieues de circonférence, bordées de cultures florissantes et de vertes prairies. Les digues qui retiennent leurs eaux ont deux et trois kilomètres de longueur, sept et huit mètres de hauteur, cinquante au moins d’épaisseur à leur base, et sont formées de lits de pierres régulières ne cubant guère moins d’un mètre; chacune et disposées en retrait comme les assises d’une pyramide. Le temps et les éléments ont arrondi leurs angles et poli leur surface; des broussailles, de grands arbres même, ont enfoncé leurs racines dans les interstices et ajoutent à la grandeur simple de ces digues, qui semblent plutôt des phénomènes naturels que la réalisation d’une pensée humaine. Le trop-plein de chacun de ces lacs forme une belle rivière qui s’échappe d’une écluse gigantesque, ou-
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verte entre des blocs de cinq mètres sur trois. En débouchant de cet estuaire, les eaux se brisent en blanche écume, avec un fracas assourdissant, contre des débris de rochers , sous l’épais ombrage de futaies séculaires. Suivant le major Forbes, les djungles des districts du nord cachent des débris du passé plus grandioses encore. La digue de Kalawa conservait quand il la visita, il y a peu d’années, deux lieues de longueur sur 27 mètres d’élévation. D’autres digues latérales, encore plus longues bien que moins élevées, complétaient celte étonnante construction, qui avait évidemment existé pendant bien des siècles, lorsqu’elle fut reconstruite et augmentée par le roi d’Asinkelleya, l’an 477 de notre ère. Un canal fut ouvert, à la même époque, sur un parcours de vingtcinq lieues, pour amener les eaux de Kalawa à Anarajahpoura, ville dont les murailles cyclopéennes , rivales de celles de Babylone ou de Ninive, enfermaient dans leur enceinte plus de 400 milles carrés, et contenaient , entre les temples de leurs dieux et les habitations de leurs défenseurs, des lacs, des champs et des forêts1.
Comment ont disparu la puissance qui commanda, les bras qui exécutèrent de telles œuvres? nul ne peut le dire.
Candy repose, par 7° 21' nord et par 78° 22' de longitude orientale, au sein d’une grande et fertile vallée, élevée de 500 mètres au-dessus de l’Océan, arrosée par le cours supérieur du Mahavella-Ganga, le principal fleuve de l’ile, et entourée d’un amphithéâtre de sommets , ondulant avec leur revêtement de gazon et de forêts entre 1000 et 2000 mètres de hauteur absolue. Cette ville, que les indigènes appellent encore la grande cité (mafia nuvura) , ne se compose pourtant que de deux rues se coupant à angles droits, et ne contient guère que