‹ L'Inde contemporaineChapitre 139 sur 166 · Forbes, Onze années à Ceylan · texte numérisé non relu

Forbes, Onze années à Ceylan

sept ou huit mille habitants. Mais les restes nombreux du palais de ses rois, où régna une des plus longues lignées princièresque mentionne l’histoire; mais son beau lac de trois kilomètres sur deux, miroir limpide, préparé de main d’homme pour ses édifices, ses jardins, ses villas; mais ses seize temples, dont douze consacrés au seul Bouddha, légitiment encore sa célébrité comme ancienne capitale de l’ile , comme métropole des bouddhistes du sud, et justifient la renommée de scenery, dont elle jouit parmi les Anglais.

Le jardin des rois existe encore à l’extrémité nord-est de la ville. Au centre d’un vallon revêtu du gazon le plus vert et le plus velouté, et qu’ombragent çà et là des massifs de rocous et de magnolias, s’élève le plus beau vestige des constructions royales; c’est un pavillon de marbre blanc, entouré d’une colonnade régulière du meilleur style. Le monument tout entier est aussi remarquable par l’élégance de chacun de ses détails que par l’ensemble et les proportions de son architecture , la plus irréprochable, sans contredit, que l’on puisse trouver dans Ceylan. De ce point on domine toute la ville, et l’oeil embrasse dans toutes les directions un horizon immense, comprenant la magnifique plaine de Domberra et son fleuve aux sinueux replis. Les plantations de ce parc sont admirablement entretenues, et sa vaste superficie, qui se déroule le long de la base des hautes chaînes qui ferment la vallée , présente à chaque pas de délicieux paysages de montagnes.

« Quelquefois, lorsque les ombres 'du soir descendent sur ce site magique, un tintamarre inusité frappe soudain vos oreilles , un bruit sinistre et discordant d’instruments barbares ébranle les échos des forêts, le son nasillard du hautbois thibétain produit en vous un sentiment pénible, un malaise étrange, et vous voyez à la

DU BENGALE A CEYLAN

lueur rougeâtre des torches une procession d’éléphants caparaçonnés et surmontés de baldaquins, qui portent des reliques de Bouddha d’un temple à l’autre. La fumée des torches répand une odeur funèbre. Bientôt vous vous trouvez au milieu de cette marche nocturne et fantastique, vous vous sentez étourdi par le bruit du tambour et des cloches qu’agitent les monstres gigantesques en marchant près de vous. Vous ôtes frappé de l’expression triste et terne des visages cingalais , auxquels le reflet du bitume allumé donne un air livide et fantasmagorique. Mais tout à coup une clarté plus vive vous éblouit. Des adikars ou chefs candiens , en costumes mythologiques de couleur blanche, dont l’origine se perd dans les temps fabuleux de cette île mystérieuse, s’avancent d’un pas lent et mesuré et passent comme les ombres des rois dans Macbeth. Puis toute la procession, s’enfonçant dans la forêt, s’évanouit comme un songe et vous laisse dans une rêverie vague, profonde, indéiinissable. Tandis que vous vous demandez si c’est une vision qui vient de troubler votre âme ou bien une réalité sublime et étrange à laquelle vous venez d’assister, les sons qui s’étaient éloignés se rapprochent. La marche fantastique revient vers le temple d’où elle était sortie, et dont l’éléphant principal monte les degrés pour être dépouillé des ornements sacerdotaux. L’entrée est obstruée; on me fait passer sous lui pour me montrer les mystères du temple. On m’en fait voir les joyaux antiques, en me citant les noms étranges des rajahs de l’Inde qui firent don de chacun de ces objets d’un travail curieux quoique grossier, et les masses d’or dont est couverte la dent de Bouddha, dent sacrée sur laquelle une garde anglaise veille jour et nuit, car c’est le palladium de Ceylan : sa possession garantit celle de l’ile1. »

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