Prince A. de Soltikoff, t. I, p. GO à
Scènes et récits des bois.
A mon arrivée à Candy, la troupe de sportsmen que j’avais voulu rejoindre dans celte ville était déjà partie pour les plaines de Matalé, où devait se faire la chasse projetée. Heureusement un de ses membres, qui me connaissait personnellement, m’avait laissé un guide pour me conduire au lieu du rendez-vous. Ce guide était un vieux soldat, sorte de Natty-Bumpo, qui avait passé dans les pois de l’ile la meilleure partie de sa vie. Son expérience me fut des plus utiles, et ses récits de chasseur émérite m’offrirent tout l’intérêt du genre.
De Candy à Matalé ( le fort Dowal des Européens), on suit une route de cinq ou six lieues à travers les montagnes les plus vertes, les plus boisées du monde; à trois lieues au nord du fort, on arrive à Eyhelapola , site charmant où se termine brusquement de ce côté le noyau montagneux et central de l’ile. C’est comme un promontoire de 400 mètres de haut, dominant à pic, non des grèves maritimes, mais un océan de forêts, où les fruits les plus délicieux, les épices les plus recherchées, la noix de coco, l’ananas, le mango, le jaquier, la cannelle, l’orange et le citron, le café et la cardamome, mûrissent sauvages dans le plus pittoresque pêle-mêle'.
Lorsque j’atteignis le point culminant de cet escarpement remarquable, le soleil venait de se lever, et des couches de vapeurs, filles de la nuit, s’étendaient sur les concavités de cet horizon immense, qui n’a de limites du côté du nord que l’extrémité même de l’iie. Quelques-uns de ces brouillards, sous l’action de la chaleur et de la lumière , avaient pris l’apparence exacte de lacs , dont