‹ L'Inde contemporaineChapitre 144 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LE SUD DU DECCAN

Temple et brahmanes de Ramisserara. — Madura. — Les veuve d’un rajah et un philanthrope anglais. — Tritchinopoly. — Le Malaysia. — Les chrétiens de saint Thomas. — Aspect de leurs districts, leurs églises. — L’inquisition empêchée. — Le pionnier écossais. — Les villes du Malabar. — Les dieux gardiens des champs et des vergers. — Encore les forêts des ghauts occidentaux et leurs sauvages habitants. — Le pays de Gourg.

— Le Cavery, la capitale, les palais et les tombes des sultans du Maïssour. — Ce quelle rajah, leur successeur, loge dans sa cour d'honneur. — Voyage dans les Nilgheiries. — Aspect, climat européen de ces montagnes. — Réception chez un half-cast.

— Son histoire.

Temple et brahmanes de CUiniIffwermm. — Madura.

Ayant mis pied à terre au village de Pomben, petit port de Ramisseram , j’y fus obligeamment accueilli par la famille de mon collecteur anglais, qui avait là son principal établissement. J’avais été son passager, je devins son hôte. Grâce à son infatigable complaisance, j’eus bientôt à ma disposition ses chevaux, ses palanquins, ses jeux de porteurs, et je pus organiser en quelques jours la caravane dont j’avais besoin pour continuer mon voyage dans l’intérieur de la Péninsule. Pendant ce temps je ne pus me dispenser de visiter les établissements religieux qui rendent Ramisseram si célèbre. Son vaste temple, vrai monastère de brahmanes , ses nombreuses et élégantes tchoultries, fondées par les fidèles Ramatas pour héberger

LE SUD DU DECCAN

les pèlerins, et, sous les voûtes de ses bois de palmiers, ses routes dallées de larges pierres et ses ghauts carrés aux eaux limpides et aux degrés de marbre.

Un soir, au soleil couchant, je vins m’asseoir sur la blanche terrasse du temple; les coupoles et les pagodes bizarres brillaient au-dessus de moi, ou à mon niveau, de l’éclat de l’or, tandis qu’à leur pied, à travers les jardins du temple, serpentait une longue procession. Peuple, musiciens, bayadères, brahmanes et éléphants s’avançaient, s’allongeaient en sinueux détours et disparaissaient entre de majestueuses colonnades formées de monstres mythologiques et éclairées des teintes jaunâtres du soir, comme d’un feu souterrain. Seule, une sombre tour de granit gris, haute et large, ne participait point à la gaie lumière répandue sur les monuments, les jardins et les fidèles, et cachait déjà sa masse dans les ombres de la nuit. Je m’y dirigeai, et, lorsque je gravis ces antiques escaliers poudreux, les chauves-souris se mirent à tournoyer dans cette morne enceinte et les hiboux s'effarouchèrent de ma présence. Quand je redescendis, d’abord sur le toit, et puis, par une échelle, dans l’intérieur du couvent, tout y était silence et ténèbres : seulement, de loin en loin, une de ces filles consacrées au temple et vouées à la débauche des brahmanes passait et se perdait dans quelque couloir, et je ne pouvais distinguer dans l’obscurité si elle était jeune encore ou bien déjà vieillie sous la crapuleuse tyrannie des prêtres de ce lieu1.

Je rentrai dans l’intérieur par Madura, endroit charmant par lui-même et par ses environs. Sa principale pagode, superbe, toute blanche, s’élève au milieu d’un vaste étang entouré de verdure, où des paons se promè-

Page 1