‹ L'Inde contemporaineChapitre 146 sur 166 · I.e pionnier écoeaals · texte numérisé non relu

I.e pionnier écoeaals

En allant de ces districts chrétiens à la côte du Malabar , j’eus à traverser une zone de forêts de douze à quinze lieues de largeur, où, malgré les fâcheuses prédictions et les craintes de mes guides, les bêtes féroces ne se sont pas montrées ; je n’en ai vu d’autre trace que des tas immenses d’immondices d’éléphants. J’ai trouvé au milieu de cette solitude un Anglais, ou plutôt un Écossais, qui a bâti là une maison en bois où il demeure avec sa femme, ses enfants et plusieurs domestiques indiens, mâles et femelles. Il s’occupe à cultiver du café, de la cannelle , de la noix muscade , des clous de girofle, du cardamome, du poivre rouge, etc., trouvant que le terrain et l’ombre qui règne dans ces bois sont favorables à tous ces produits , qu’il envoie vendre en Europe et qui l’enrichissent. Il était sur son perron, se promenant autour d’une table dont la nappe était mise; car il avait appris que je devais passer et il m’attendait. Il m’offrit des eaux gazeuses, un bain tiède, un bon déjeuner et du vin de l’Ermitage, que son premier propriétaire eût été bien surpris de retrouver là. Ce planteur remplissait tous ces devoirs d’hospitalité d’un air tout à fait morne, et son regard, comme toute sa personne, était complètement triste, splénétique et soucieux. Il se plaignait du voisinage des bêtes fauves, des éléphants qui dévastaient ses vergers. La veille, pendant la nuit, il avait été réveillé en sursaut par un violent fracas. Il s’était jeté à la fenêtre avec son fusil, et avait vu un éléphant qui s’amusait à vouloir démolir la maison. L’animal avait entortillé sa trompe autour d’une des colonnes de cette même varangue, du haut de laquelle cette famille isolée épie constamment les voyageurs pour leur offrir l’hospitalité; et il la secouait de toute sa force

pour la déraciner, comme il aurait fait d’un arbre. Il était sur le point d’y réussir, lorsque le propriétaire vint le déranger. Il fallut néanmoins plusieurs coups de fusil pour lui faire lâcher prise. Mon hôte ajouta qu’il ne pouvait jamais laisser ses enfants s’éloigner un peu de la maison, de peur des périls semés autour d’eux; aussi étaient-ils pâles, ternes et sans sourires comme leurs parents'. Au prix de ces appréhensions et de ces sacrifices de santé , ceux-ci amassent une fortune dont leurs héritiers, si Dieu les conserve, pourront aller jouir sur un meilleur théâtre. J’ai entendu, dans les villes de la côte , le blâme et l’accusation d’avarice s’élever contre ces pauvres gens, si hospitaliers pour tous ceux qui traversent leur désert; et moi, je prenais leur défense, et aujourd’hui . comme alors, je prétends que, pionniers et défricheurs, ils se dévouent à accomplir une loi de la Providence.

leu ville* de la eôte de Vlulubar.

La chaîne des ghauts qui déterminent la configuration de la péninsule s’abaisse et s’éloigne de la mer sous le parallèle de Cochin. Aussi le cours d’eau qui baigne cette ville découpe-t-il d’une multitude de bras une vaste plaine toute couverte de palmiers. De la salle commune du bungalow des voyageurs, qui est presque suspendu sur le fleuve, l’œil peut suivre tous les mouvements des embarcations qui animent ce port commerçant. De cette ville où Vasco de Gama a son tombeau, de Caliout où il fit son premier pas sur la terre de l’Inde, qu’il venait d’ouvrir à l’Europe, je me rendis k travers de vastes paysages étincelant d’eau , de verdure et de lumière, d’abord au petit poste français de Mahé*, puis

1. Prince A. de Soltikoff. — 2. « Le particulier, même en Europe,

LE SUD DU DECCAN

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