‹ L'Inde contemporaineChapitre 15 sur 166 · Jacquemont, Journal, t. I, p · texte numérisé non relu

Jacquemont, Journal, t. I, p

l’ancienne 'Carthage ou des républiques marchandes de Gênes et de Venise , au temps de leur splendeur.

Cette grande cité, peuplée de 230 OOO habitants, est dans les meilleures conditions pour préparer le nouveau débarqué à l’étude du monde hindou. A la première vue de ces hommes à demi vêtus de blanc, à la peau couleur de bronze, ayant presque toujours le visage et le buste saupoudrés de curcuma ; de femmes demi-nues aussi , ou étrangement drapées de gaze rouge, blanche ou violette, chargées d’ornements d’argent et d’or aux pieds, aux mains, aux bras, au cou, au nez et aux oreilles, et couronnant leurs longs cheveux noirs de guirlandes de fleurs aromatiques; à l’aspect de ces petits temples indiens, où de monstrueuses idoles sont sans cesse entourées de fakirs décharnés, aux ongles longs et crochus comme des serres de vautours; en contemplant ces vastes étangs bordés d’escaliers de pierre, où il y a toujours encombrement de vivants qui se purifient et de cadavres que l’on lave ; et surtout en plongeant le regard dans ces chapelles silencieuses des Guèbres, où brûle éternellement entretenu le feu sacré , allumé au principe des choses humaines par les patriarches de la primitive Arie, on se sent entraîner au fond des mœurs de l’Inde et des siècles écoulés.

En circulant dans les rues des quartiers indigènes, on voit souvent des habitations légères comme des cages à jour laisser échapper de longs jets de lumière' et de discordantes symphonies. « Là se passent des cérémonies de noces hindoues. Ce sont de petits enfants qu’on marie : un garçon de dix ou douze ans à une fille de cinq ou six. Ils sont tous nus, mais chargés d’anneaux et de bracelets, barbouillés de jaune, entourés d’une multitude de parents. Tour à tour on les lave et on les enduit de nouveau de curcuma; puis, à plusieurs reprises, on leur présente de l’eau, qu’ils prennent dans la bouche pour se

la jeter mutuellement sur leurs petits corps. Ces absurdités se prolongent pendant trois ou quatre jours et autant de nuits sans interruption , accompagnées d’un tintamarre de tambours et de violons qui passe toute idée1. »

A côté de celte poésie un peu puérile des temps primitifs, Bombay tient en réserve, dans sa partie européenne, tous les raffinements de la civilisation moderne : d’excellentes chaussées à la macadam , sur lesquelles passent et repassent d’élégants cavaliers anglais , et, dans de riches équipages , des femmes mises avec la recherche de Londres et de Paris. Quand on parcourt en calèche légère les environs delà ville, et que, à l’ombre d’arbres et d’arbustes merveilleux, on aperçoit les belles villas anglaises, aux larges terrasses , aux longues colonnades , on pourrait se croire h Naples ou à Païenne; mais lorsque, sur le fond vert clair des bananiers ou sous les fûts élancés des cocotiers et des sveltes aréquiers au panache aérien , on voit passer comme des ombres les indigènes bruns et nus, à la longue chevelure Bottante, on est vite ramené aux réalités de la terre du soleil.

Le lendemain de mon arrivée je me rendis chez le gouverneur, lord Falkland, pour lequel j’apportais d’Europe des lettres de recommandation. Il habite un palais superbe, au centre d’un beau jardin. Chaque marche du vaste escalier qui conduit au perron est garnie d’Hindous accroupis, habillés aux couleurs des armes d’Angleterre.

La pièce de réception est une salle immense et trèsélevée; dans toute sa longueur, au haut du plafond, est attaché un énorme éventail ( punka ) avec des franges en toile, que des serviteurs ad hoc agitent continuellement au moyen de cordes. Les fenêtres sont revêtues de stores tressés en herbes odoriférantes et constamment mouillées ;

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