Jancigny, Revue des Deux~Mondes, Ier juillet
INTRODUCTION. IX
sociétés actives de l’Occident. Il se promit de donner l’Inde à la France.
Cet homme était Dupleix , une des intelligences les plus hautes , les plus patriotiques de l’ancienne monarchie , et qui portait dans les comptoirs de la Compagnie française des Indes le souffle aventureux de Law et le génie d’un Richelieu'.
11 est bon de noter quelle était alors la situation de la Compagnie anglaise, dans laquelle il voyait l’adversaire naturel de ses desseins.
Vers le milieu du xvne siècle un aventurier anglais du nom de Boughton , médecin de son état, ayant accompagné à Agra une humble mission envoyée par la factorerie britannique établie à Surate auprès de l’empereur Shah-Djéhan, eut le bonheur de guérir d’une grave maladie une fille bien-aimée de ce monarque. Il reçut en retour de Shah-Djéhan reconnaissant le droit de trafiquer dans toute l’étendue de l’empire mogol- Boughton vendit ce droit à la Compagnie qui se hâta d’en profiter en fondant un nouveau comptoir sur les rives de l’Hougly, à l’endroit où s’élève aujourd’hui Calcutta. La première factorerie des Anglais avait été établie à Surate en 16H, la seconde à Madras en 1624, la troisième à Bombay en 1664. Après l’établissement du comptoir du Bengale, ils étendirent peu à peu leurs relations commerciales au centre de l’Inde, mais sans songer encore à une influence politique que les grands souvenirs du siècle précédent conservaient aux Portugais de Goa, si dégénérés qu’ils fussent de leurs ancêtres; influence que les Hollandais, solidement établis à Ceylan, cherchaient à accaparer et qui, en réalité, appartenait surtout aux Français de Pondichéry.
Dupleix appelé en 1730 à la direction du comptoir de Chandernagor, misérable bourgade qui ne possédait pas une barque pontée, en fit en peu de temps une ville florissante, d’où , jusqu'à soixante-douze navires, frétés par lui, par ses parents et ses amis, allaient se répandre dans toutes les mers de l’Asie, depuis la mer Rouge jusqu’aux Philippines. L’établissement des Anglais à Calcutta était loin d’atteindre alors à un tel dévelop-