‹ L'Inde contemporaineChapitre 3 sur 166 · I. Henri Martin, Histoire de France , t. XVII, p · texte numérisé non relu

I. Henri Martin, Histoire de France , t. XVII, p

INTRODUCTION

pcment, et leur commerce périssait étouffé sons celte formidable concurrence. Nommé, onze ans plus tard , gouverneur général de Pondichéry et des possessions françaises dans l’Inde, Dupleix commença dès lors à donner l’essor aux pensées qu’il couvait dans son sein : ses créations commerciales n'avaient été que le prélude de plus grandes choses. La guerre qui éclata en 1741 entre la France et l’Angleterre lui fournit la carrière - dont ses plans avaient besoin pour se réaliser.

Il eût épouvanté la Compagnie s’il lui eût dévoilé toute leur étendue. Il ne s’en .ouvrit qu’à deux confidents capables de le comprendre et de se dévouer à ses vues : l’un , soldat chevaleresque et politique intelligent, était le marquis de Bussy; l’autre était la femme môme de Duplcix , Jeanne de Castro , brillante créole , qui gardait dans ses veines le sang généreux des compagnons de Ganta et d’Albuquerque, et qui , familière avec les mille dialectes de l’Inde, servit à son mari de secrétaire diplomatique, correspondit pour lui avec toutes les cours indigènes qui pouvaient servir scs projets, et se rendit célèbre dans toute la péninsule et jusque sur le Gange, sous le nom, encore aujourd’hui respecté, de Johanna Begum (la princesse Jeanne).

Dnpleix a trouvé de nos jours des historiens dignes de lui ' ; le cadre étroit de cette Introduction nous défend de les suivre dans toutes les phases , toutes les péripéties émouvantes de la carrière de ce grand homme. Nous ne pouvons qu’enregistrer, sommairement ici les résultats généraux de sos luttes incessantes, dans l’Inde contre les intrigues et les armes de l’Angleterre, à Versailles contre la lâcheté et l’ineptie des directeurs do la Compagnie des Indes et du ministère français. Après dix ans de gestion , il dominait dans touto la péninsule au sud du Godavary ; le souba du Nizam, souverain de par lui, cédait à la Compagnie, pour assurer la solde des troupes françaises, toute la côte d’Orissa jusqu’à la fameuse pagode de Pjaggernaut , jusqu’aux abords du Bengale. De l’assentiment du Grand-Mogol lui-môme , les Français régnaient directement ou indirectement sur un grand tiers de l’Inde ; encore un effort

I. Sainl-Priest , La perte de l’Inde sous Louis XL'. — H. Martin, Histoire de France , l. XVII, XY1J1 cl XIX.

INTRODUCTION. XI

et cette belle contrée tout entière tombait sous notre dépendance.

Mais, pour faire cet effort, il eût fallu, avec Dupleix et Bussy dans l’Inde, avoir Louis XIV et Colbert à Versailles. Mais à Versailles , courtisans, ministres et monarque ne puisaient qu’inquiétude dans les succès de Dupleix qui éblouissaient la France, et à la place de renforts ils no lui envoyaient qu’exhortations à la paix.

Us ne so bornèrent pas à ces obsessions décourageantes et à des refus de secours : au commencement de 1754, comme Dupleix soutenait dans le Karnatic une lutte acharnée contre les Anglais de Madras, et que Bussy, son lioutenant, parcourait en vainqueur les provinces du haut Godavary et de la Nerbudda , le gouverneur général de l’Inde française fut brutalement révoqué. Les ministres anglais avaient exigé son rappel : les ministres do Louis XV avaient obéi’.

Deux jours après le départ de Dupleix , son successeur se hâta de signer avec le gouverneur anglais Saunders un traité dont les bases avaient été arrêtées à Londres. Elles stipulaient :

L’interdiction pour les deux Compagnies d’intervenir dans la politique intérieure de l’Inde ;

La renonciation formelle de leurs agents à toutes dignités , charges et honneurs conférés par les princes du pays ;

La restitution au Grand-Mogol , de toutes les places et territoires occupés par les deux nations , excepté quelques points du Karnatic, pris par les Anglais avant la guerre ;

Enfin, l'égalité parfaite de territoire, d'étendue et de revenu entre les possessions des deux compagnies!

Les Anglais cédaient quelques bourgades , la France cédait un empire. « Jamais, a dit un historien anglais, on ne fit de tels sacrifices à l’amour de la paix! »

« Il n’y a point d’exemple, dans l’histoire moderne, d'une nation trahie à ce point par son gouvernement : c’est l’idéal de l’ignominie; il faut, pour trouver quelque chose de semblable, remonter jusqu’à ces lâches rois d’Orient qui se précipitaient à bas de leurs trônes sur un geste des proconsuls romains*. »

Page 1