La femme (leDupleix
fils, fussent-ils vingt, ne l’est pas pour la délicate Rizia; elle a dans l’âme et l’esprit plus de force qu’eux tous. » Si, à la suite des femmes dont les charmes ou le génie ont présidé aux destinées de l’Inde dans les temps modernes, on énumérait toutes celles qui se sont fait un nom dans la littérature hindoûstanique , et toutes les nobles et pures héroïnes célébrées par les poètes de l’antiquité sanscrite, on formerait une liste de célébrités féminines qui , pour le nombre comme pour le choix , n’aurait à redouter aucun parallèle dans l’Occident.
Monument* antique* d'Kléphanta et de Balcette. — Débrl* vivant* de* population* de l'Inde primitive.
Avant de passer de Bombay sur le continent, j’allai visiter les îles voisines d’Éléphanta et de Salcette. La première n’est qu’un îlot montueux couvert de bois magnifiques et de rochers , elle doit son nom portugais à un éléphant de pierre sculpté non loin du lieu ordinaire de débarquement. Il a presque trois fois les dimensions d’un éléphant ordinaire ; mais , quant au mérite primitif de la sculpture, on n’en peut guèrejuger aujourd’hui, lestemps l’ayant fort dévasté. Sur son dos, il y aun animal qu’on suppose être un tigre, mais dont j’avoue n’avoir pu distinguer la forme. De la petite plaine que. domine ce monument ruiné, un sentier roide et-étroit, serpentant sous d’épais ombrages et le long de profonds précipices, conduit au sommet de l’ile. Aux deux tiers de la hauteur il aboutit sur une magnifique esplanade, devant la grande caverne qui a rendu le nom d’Éléphanta si célèbre.
J’avais lu bien des descriptions pompeuses de ce temple creusé dans le roc ; mais , quelle que fût mon attente , la réalité la surpassa de beaucoup. Les dimensions de ce
souterrain me parurent plus vastes, ses proportions plus nobles, ses sculptures plus élégantes que je n’avais osé l’imaginer. Les statues mêmes, les colossales images qui s’élèvent de chaque côté des sanctuaires ou chapelles creusées latéralement à la nef principale, sont exécutées avec une hardiesse naïve et avec une grâce qui perce en-r core à travers leur état de vétusté et de dégradation. De même que les grands souterrains d’Ibsombol en Nubie, celui-ci est creusé dans un calcaire peu dur et facile à fouiller ; mais , tandis que les rochers des bords du Nil se sont durcis sous un ciel sans humidité, ceux d’Éléphanta se décomposent rapidement sous l’action des pluies périodiques du tropique. L’accumulation et le séjour de l’eau dans l’intérieur du monument y ont causé d’irréparables dégâts ; la base d’un grand nombre de piliers a été minée , exfoliée, fendue, et de quelques-uns il ne reste plus que les chapiteaux et une partie des fûts, appendus à la voûte comme de gigantesques stalactites.
Comme tous les monuments hindous, celui-ci est sans date. Il y a bien au fond de la caverne, dont la forme de croix rappelle une basilique gothique, un énorme buste à trois visages qui s’élève du sol au plafond du temple, et dans lequel on a voulu longtemps voir une image de la Trimourti ou Trinité hindoue, que composent Brahma, Viçnou et Civa. Mais de plus récentes découvertes ont démontré que Civa, aux légendes duquel se rapportent uniquement les bas - reliefs et les ornements du souterrain d’Éléphanta, a été très-anciennement représenté avec trois visages, alors que divinité suprême des Surastras, tribus de la côte de Gambaye, il concentrait en lui seul, au sommet de l’Olympe orgiaque de ces peuples Koushites, le culte et les attributions que plus tard, après une lente élaboration de syncrétisme religieux entre les populations superposées dans l’Inde, il fut obligé de partager avec
Brahma, le Dieu des prêtres Aryas, et Viçnou , le patron des Kehatlryas.
Si le temple d’Éléphanla remonte à l’époque reculée que nous fait atteindre ce point de vue, il n’y a nul empêchement à voir en lui le modèle elle type de l’architecture souterraine que les Troglodytes émigrés du Sind et du Concan importèrent en Éthiopie avec la division de la société humaine en quatre castes, avec la répartition du Panthéon primitif en triades divines, avec la consécration du bœuf, du serpent Naja et des fleurs du lotus comme symboles religieux, avec une infinité de notions dérivées du sol, du ciel, des traditions et du langage de l’Asie centrale, et dont les éléments servirent plus tard aux Égyptiens à composer de toutes pièces leurs origines mythiques, la légende d’Asiri 1 et le personnel de leurs premières dynasties.
Les cavernes de Kennery, dans l’ile de Salcette, sont des monuments du même genre que ceux d’Éléphanta; on ne peut de même préciser la date de leur origine , car à une époque inconnue les images de Boudha et les symboles de son culte y ont usurpé la place d’images et de symboles plus anciens.
A côté de ces témoignages muets mais positifs des luttes religieuses qui ont agité les générations des vieux âges, Salcette garde aussi des débris vivants de ces mêmes générations. Ses bois épais recèlent une race d’hommes singulière, dont les mœurs, à deux pas du chef-lieu de la présidence, sont aussi peu connues que celles des tribus les plus isolées de l’Inde centrale.
Ils forment une caste à part et n’ont qu’une fonction , un gagne-pain , la fabrication du charbon. Ils ne fréquentent jamais les Hindous du rivage ou les habitants
1 . Orthographe égyptienne de l'Osiris grec et de l'Asura sanscrit.