SUEZ. — BOMBAY
GOA. — POUNA.
des villes; ils ne leur parlent pas, ne les voient même pas pour leur vendre les produits de leur industrie. Comme certaines peuplades d’Afrique dont parlent les voyageurs du xvie siècle, ils ont l’habitude de déposer ce qu’ils veulent vendre dans des endroits convenus, puis de se retirer à l’écart. L’acquéreur s’approche ensuite , prend la marchandise, et dépose silencieusement aussi un prix réglé par l’usage en riz, en vêtements et en outils de fer. Les officiers anglais ont en vain cherché à faire plus ample connaissance avec ces pauvres indigènes; ils n’ont jamais pu gagner leur confiance : tant est grande leur timidité héréditaire! si profondément ont pénétré dans ces âmes flétries les stigmates du mépris dont les accablent, depuis des siècles, les Hindous leurs voisins!
Dans la zone de forêts qui s’étend le long du Concan et du Canara, entre les montagnes et la mer, vit un nombre indéterminé de créatures semblables. Là on leur donne le nom de Pouliahs , ei la loi qui régit les castes leur interdit d’habiter les villages et même de se construire des huttes au fond des bois. Malheur à celui d’entre eux qui viendrait par mégarde à se trouver en contact avec des Hindous brahmaniques ! il est tenu de faire connaître son approche par ses cris, afin qu’on ait le temps de l’éviter ; faute de cette précaution de sa part , il court le risque d’être tué comme un animal malfaisant. Plus d’une fois , me promenant en palanquin sur les pourtours continentaux de la vaste rade de Bombay, j’ai entendu les hurlements de ces sauvages qui me demandaient l’aumône; j’ai aperçu leurs corps noirs et décharnés, glissant comme des ombres à travers les arbres, etjamais je n’ai pu parvenir à les joindre pour les interroger. En vain, à chaque fois, je leur montrais des pièces de monnaie et leur faisais signe de' venir les prendre : d’une part, mes porteurs hâtaient le pas pour s’éloigner de ces