H. Martin, Histoire de France, t. XVIII, p
INTRODUCTION
A dater de ce jour, l’histoire sérieuse n’a plus à s’occuper des destinées de la Compagnie française des Indes. Tous les événements qui l’agitèrent, les fautes et les malheurs de Lally , les luttes opiniâtres de Bussy, ne sont plus que les convulsions d’un corps privé du soufflo initiateur.
Celui qui avait tenté de grandir, par cette société de traitants, les destinées de la France, revit son pays, non en vainqueur que les couronnes attendent , mais en accusé. Ruiné, méconnu , il réclama en vain les sommes immenses qu’il avait avancées au service de la Compagnie (treize ou quatorze millions!). Celle-ci lui fit banqueroute avec l’aveu et l’appui du gouvernement. Réduit à obtenir des arrêts de surséance contre ses propres créanciers, il survécut neuf ans à son héroïque compagne, Jeanne de Castro, pour laquelle il n’y avait pas eu de place dans ce Versailles où régnait Jeanne Poisson , et mourut pauvre et oublié en 1763 , après avoir vu consommer la perte de nos colonies et l’abaissement de cette France qu'il avait rêvée si glorieuse.
En attendant le monument que la France nouvelle doit à cette illustre victime de la vieille monarchie, voici celui que lui ont élevé les Anglais eux-mêmes : Bien supérieur à nos agents en talent politique, s’il avait trouvé les mêmes ressources , le même appui qu'eux dans la mère patrie , il est plus que probable que l'empire de l'Inde appartiendrait aujourd’hui à ses compatriotes *.
Les Anglais, à notre défaut, maîtres de la scène. — Prévisions d'un rajah. — Complots et cynisme de lord Clive.
11 ne nous reste plus qu’à rechercher comment, à notre défaut, les Anglais se sont rendus maîtres de cet empire. Au mois d’avril 1756, Ali-Verdi-Khan , nawab du Bengale, qui dppuis longtemps suivait avec une anxiété croissante les luttes des Européens et la marche tortueuse des Anglais, adressait, de son lit de mort, à son successeur, les exhortations suivantes : « Mon fils, la puissance des Anglais est grande; commencez par les réduire; vous aurez bon marché des autres Européens.