‹ L'Inde contemporaineChapitre 37 sur 166 · Ramayana, livre II, chap. un · texte numérisé non relu

Ramayana, livre II, chap. un

« avec de sourds mugissements entre les parois de som- « bres ravines, tantôt s’étalent en larges nappes de cris- •« tal aux pieds de vertes collines ; murmurent et s’irritent « dans les canaux étroits d’un nombreux archipel, ou gli3- « sent calmes et purs le long des moissons jaunissantes et « des habitations des hommes; tandis que, bien au- « dessus de leur surface bleuâtre, dans l’azur foncé du •• ciel, planent avec de grands cris d’innombrables pal- « mipèdes.... Non ! je ne crois pas que le séjour des cités « renferme rien de supérieur aux aspects de cette mer- « veilleuse nature; rien surtout qui te soit comparable, « ô mon amour !

« N’est-ce pas pour l’enchantement des yeux qu’ont été « placés en ce lieu et ces légers mimoses, qui, à chaque « impulsion de la brise, semblent laisser tomber une ro- « sée d’or sur la terre, et ces grands arbres qui, brisés par « les défenses des éléphants sauvages, répandent de cha- « cune de leurs blessures des larmes de gomme?...

Écoute! la création tout entière retentit d’une «■ longue harmonie! c’est le murmure des grillons, c’est « le chant de la cigale, ce sont les plaintes de cet oiseau " qui, chérissant sa progéniture, semble répéter en sons « doux et touchants : O mon fils ! 6 mon fils ! comme au « jour de mon départ s’est écriée ma mère!...

« Regarde encore ! sur ce tronc grisâtre se balance « comme une fleur un autre oiseau au splendide plu- « mage, à la douce voix : c’est le lanio. Dans ce concert « universel son chant répond à celui deskokilas qui peu- « plent au loin la feuillée. Ses notes tendrement modulées « semblent jeter dans les profondeurs des bois comme un « appel au plaisir; écoute! ne dit il pas : Vivez d'amour ! « vivez d'amour !... Et cette liane tremblante qui ploie « sous le poids de ses fleurs en enlaçant de ses replis les •« rameaux et le tronc puissant de ce grand tamarin, ne te

AHMEHNAGARA. — ELLORA.— Al’Rl’NGAnAD. 71

« ressemble-t-elle pas, ô femme, alors que vaincue de las- * situde, tu t’appuies étroitement sur moi?... »

«C’est ainsi que Rama parlait à Sita sa compagne , en parcourant avec elle les bosquets du Tchitrakouta , comme Civa parcourt les forêts de l’Himalaya avec Uma, la fille du mont, et que ces deux amants , les traits colorés 4e teintes vermeilles, se parant l’un l’autre de fleurs d’asokas , toutes brillantes des perles du matin , et la taille et le front ceints de guirlandes bocagères et de fraîches couronnes, ajoutaient un charme inexprimable à tous ceux de ce merveilleux séjour*. »

El c’est ainsi que, m’abandonnant aux vagues rêveries de cette vieille et toujours jeune poésie de la nature et du coeur, je parcourais lentement la banlieue d’Ahmehna*gara, et la peuplais d’êtres et de scènes empruntés à d’autres temps et à d’autres lieux. Je venais de franchir une sorte de défilé entre deux coteaux chargés d’ombre et de fraîcheur, quand , au débouché d’un bois d’orangers plus grands que nos chênes et de myrtes plus grands ■que nos orangers, je me trouvai tout à coup au bord d’une magnifique pièce d’eau, dépassant trois fois au moins en profondeur et en superficie celle que les Parisiens décorent du nom de lac d’Enghien.

Entourée d’une puissante végétation et de vertes clairières, elle servait elle -même de ceinture azurée à un palais d’architecture mauresque, que le soleil, alors à son déclin , inondait de, ces tons chauds et vermeils qui prêtent une apparence de splendeur et de vie aux constructions les plus humbles et les plus délabrées.

Sur les rives du lac allaient et venaient des créatures humaines , à tous les degrés de l’existence et de l’échelle

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