I . Ramayana, chant II, chap.im, liv, lv, édit. Gorésio
sociale ; depuis le paysan mahratte , plus qu’à demi nu , jusqu’à la fière lady pompeusement parée; depuis le brahmane chargé de jours, dévotement -occupé de ses ablutions du soir, jusqu’au frêle rejeton de quelque grande famille anglaise, vagissant au sein de sa nourrice; depuis la jeune femme hindoue, type de résignation et de misère, revenant du sarclage des rizières avec un lourd fardeau sur sa tête et un enfant suspendu à son dos, jusqu’à la blonde jeune miss effeuillant d’une main distraite et nonchalante la corolle d’une fatidique chrysanthème.
Tout cet ensemble, on l’avouera, avait quelque chose de magique et de saisissant. Il me disposait assez à me croire sous le charme d’un songe ou devant la mise en scène de quelque chapitre inédit des Mille et une nuits. Cette impression augmenta encore, lorsque, sous la voûte d’un portique conduisant à la principale façade du château du lac , je vins à lire cette inscription en caractères persans :
« O toi , qui visites ces lieux si doux pour les yeux et pour le cœur, contemple les beautés de la nature qui t’environne, et ne cherche pas d’autres jouissances î »
Je fus ramené au sentiment du réel par un coup amical frappé sur mon épaule et par ces mots accentués en bon anglais : « Oh dear ! comment trouvezrvous la prose bucolique d’Aurung-Zeb ï »
te château det» délice* d'Aurung-Zcb.
C’était mon compagnon de route des jours précédents, le collecteur anglais. Ayant installé depuis la veille son foyer nomade sous les ombrages du Farrah-Bagh, terme de son voyage, il venait me faire les honneurs de cette ancienne demeure de plaisance des grands Mogols, au-
AHMEHNAGARA. — ELLORA. — AURUNGABAD. 73
jourd’liui simple but de rendez-vous et de villégiature pour tous les heureux du monde officiel de la présidence de Bombay. Lorsque le temps leur manque, en été, pour pousser au nord jusqu’à l’Himalaya, au sud jusqu’aux Nilgheiries , ils viennent ici passer , dans des plaisirs champêtres assaisonnés de chasse, de danse, de jeu, de concerts et de banquets, quelques-unes de ces heures « qui ne laissent dans l’existence qu’un souvenir doux et vague de bien-être, de volupté, d’azur, de lumière et d’ombrage1. »
Le Farrah-Bagh ou château des délices peut donner la mesure du goût et de la politique d’ Aurung-Zeb , son fondateur : plus d’un architecte s’inspirerait utilement du premier; plus d’un conquérant puiserait une leçon profitable dans la seconde. Peu enclin, de sa nature, aux pompes vaines et aux dépenses infructueuses, Aurung-Zeb, après la soumission du Deccan, n’hésita pas à enfouir des sommes énormes dans les eaux, dans les plantations, dans les constructions du Farrah-Bagh, et cela dans le double but de donner du travail et du pain à une multitude de bras ruinés par la guerre ou sans emploi par suite de la paix, et de convaincre ses anciens comme ses nouveaux sujets de sa résolution immuable de conserver, envers et contre tous, une conquête où il fondait d’aussi coûteuses créations.
Si la nature sourit toujours fraîche et belle autour du Farrah-Bagh, le palais lui-même, concédé depuis plusieurs années à une compagnie séricicole , est bien déchu de sa splendeur première; au-dessus de ses légers minarets et de ses blanches coupoles plane la prosaïque fumée d’une cheminée à vapeur ; ses voûtes superbes abritent une magnanerie, et l’insecte débile « file silencieusement