‹ L'Inde contemporaineChapitre 49 sur 166 · I.E RAJPOUTANA · texte numérisé non relu

I.E RAJPOUTANA

d’éclaireur , un aulre ramasse du bois pour le foyer nomade; il y en a qui n’ont d’autre occupation que de creuser les fosses et d’ensevelir les cadavres; mais la dignité de thug proprement dit, ou de phansigar (étrangleur), ne s’obtient qu’après une longue suite d’épreuves. Cette immense machine infernale fonctionnait depuis bien des générations, dévorant silencieusement et sans se trahir le corps social sous les yeux mêmes des magistrats, lorsque, vers 1830, un concours de circonstances fortuites en amena la découverte qui répandit la stupeur et l’effroi parmi les gouvernants et les gouvernés de l’Inde.

Écoutons, à cet égard, le colonel Sleeman, celui-là même qui , à la suite de recherches infatigables, parvint à dévoiler le monstre.

« Durant les années 1 822, 23 et 24, quand j’étais chargé de la magistrature et de l’administration civile du district de Mersingpour, dans la vallée de la Pierbudda, il ne se commettait pas un meurtre, pas le plus petit vol par un bandit ordinaire , dont je n’eusse immédiatement connaissance; il n’existait pas à' outlaw si redoutable ou de si mince filou dont je ne connusse immédiatement le gîte, le caractère et les antécédents, et dont je ne pusse suivre à volonté tous les mouvements. Si quelqu’un était venu me dire à cette époque qu’une bande d’assassins, faisant du meurtre sa profession héréditaire, demeurait dans un village à moins de quatre cents mètres de ma cour de justice; que les admirables bosquets du bourg de Mundesoor, à une journée de marche de ma résidence, sur la route de Saugor àBhopal, étaient un des plus effroyables entrepôts d’assassinats qui existassent dans l’Inde ; que des bandes nombreuses venant de l’Aoude et du Deccan se donnaient annuellement rendez-vous sous ces ombrages, s’y réunissaient des semaines entières de chaque sai-

son , pour exercer leur effroyable vocation sur toutes les lignes de routes qui viennent se croiser dans cette localité, à la connaissance et avec le concours des deux fermiers généraux héréditaires dont les ancêtres avaient planté ces massifs, j’aurais pris cet individu pour un fou ou un imbécile qui s’était laissé effrayer par des contes à dormir debout.... Et cependant rien n’était plus vrai. Des centaines de voyageurs étaient enterrés chaque année sous les bosquets de Mundesoor! Toute une tribu d’assassins vivait à ma porte, pendant que j’étais magistrat suprême de la province, et ils étendaient leurs dévastations jusqu’aux cités de Pouna et d’Haïderabad.

« Le jour où Feringhca, chef de ces meurtriers, devenu dénonciateur public , me fit ses premières révélations, ma raison révoltée refusait encore d’y ajouter foi, quand tout k coup il fit exhumer, du sol même que couvrait le tapis de ma tente , treize cadavres à divers degrés de décomposition, et m’offrit d’en faire sortir de terre tout autour de moi un nombre illimité. Cette exhibition funéraire frappa comme d’un coup de foudre mon esprit consterné; il fallut bien alors me rendre k l’évidence et ajouter foi aux effroyables drames dont les preuves se dressaient devant moi comme le spectre de Banco!... Grâce au fil donné par le dénonciateur, je parvins k envelopper les légions nombreuses de thugs qui s’étaient déjk réunies dans le Rajpoutana pour commencer leur campagne de l’année’. »

Ayant traversé en chasseur et rapidement le plateau boisé qui sépare Asurghur du bassin de la Nerbudda et qui abonde en gibier de toute sorte, je fus obligé d’attendre quelques jours k Mundleysir, station anglaise sur ce dernier fleuve, l’arrivée de ma caravane laissée en

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