Jacquemont, Journal, t. III, p
n’ont conservé qu’une caserne, près de laquelle des fakirs musulmans ou derviches, qui vont mendier pendant le jour auprès du tombeau du saint dont j’ai parlé, se sont construit de petits bouges pour la nuit. L’un d’eux ayant répondu par une insolence â une question que je lui adressais, je me vis forcé de le châtier, et un coup de pied convenablement appliqué le rendit, ainsi que ses confrères, de la plus extrême politesse. La bande entière, mains jointes h la bailleur du front, s’écria que mon altesse, ma majesté était souveraine et maîtresse chez eux et ailleurs, etc., etc. « Certainement, m’écriai-je, je suis le maître ici, et vous méritez que, pour vous le prouver, je vous en chasse tous à l’instant. »
Si la piété de ces hommes était sincère, je la respecterais ; mais elle ne leur est qu’un prétexte pour exiger des populations parmi lesquelles ils vivent des égards et des aumônes. Comme je redescendais vers la ville, à la tombée de la nuit, je rencontrai une troupe de bayadères qui montaient au fort dans leur costume de nalch. Je pensais qu’elles allaient h la caserne, chez les cipahis ; mais elles me dirent que c’étaient les pirzadehs , les saints mendiants, qui les faisaient appeler. Les gueux de nos grandes villes d’Europe n’ont pas encore poussé l’épicuréisme si loin1.
Il ne faut pas moins de cinq jours pour franchir les trente lieues qui séparent Adjmir de Jeipour ; cinq jours à travers une couche épaisse de sables qui. poussés comme ceux de nos landes de Gascogne par les vents d’ouest, ont recouvert le sol primitif de la contrée. Comme dans nos landes, en creusant à quelques pieds sous ce sable on trouve des eaux courantes et un terreau fertile. Des travaux continus d’irrigation, de plantation et de semis