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Campbel, Modem India, chap. xi, p

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Royaumes-Unis, attendent aussi, après deux siècles de gouvernement libre, de discussions libres dans les parlements et dans la presse, la codification uniforme de leurs lois et coutumes.

« Vous croyez peut-être, me dit sir Th*** dans une dernière entrevue, que je vous ai dévoilé toutes les plaies de l’institution judiciaire de l’Inde; je ne vous ai pas encore parlé du système de police qui se rattache au premier et en est le corollaire, de Calcutta k Peshawer et de l’Assam au cap Comorin. Sachez donc que nos magistrats de zillahs, à leurs fonctions d’administrateurs, de collecteurs, déjugés au civil et au criminel, joignent encore celles de préfets de police!

« La zillali est subdivisée en quinze ou vingt arrondissements, ouThanahs, dont chacun comprend une moyenne de \ 00 à 1 50 milles carrés et de 40 000 à 50 000 âmes de population. La police de ces subdivisions est confiéek un surveillant ou inspecteur indigène, qui, outre tous les watchmen des communes rurales de sa circonscription, a sous ses ordres un certain nombre d’agents subalternes, scribes, satellites et mouchards , payés par le gouvernement.

« Ce fonctionnaire, qui prend indifféremment les titres de Darogah ou de Thanahdar, devrait toujours être un homme lettré et posséder en même temps les qualités physiques, le courage personnel et l’activité que requièrent les devoirs de son emploi. Mais la réunion de ces qualités est rare dans l’Inde, où le principe de la division du travail, poussé à l’excès par le système des castes, a eu pour résultat final d’émietter les facultés humaines, et, comme on n’a guère de chance de la rencontrer que chez les mahométans, il en résulte que c’est cette classe d’hommes, étrangère ou hostile à la grande majorité des Hindous, qui fournit de titulaires la plupart des emplois d’inspecteurs de police. Inconvénient capital,

qu’ aggrave encore, dans la plupart des provinces hindoues, la lâcheté des populations. Vous verrez dans le Bengale proprement dit les extrêmes limites où il peut atteindre. Dans nos provinces du nord-ouest, au contraire, il est atténué, en grande partie, par l’énergie relative des habitants. Ici chaque homme compte avant tout sur lui-même pour la défense de sa personne, de sa propriété, et se tient toujours prêt à lutter, soit contre les attaques des malfaiteurs, soit contre la mollesse ou les exactions de la police. Combien cette manière de voir et d’agir est fondée, c’est ce que prouvent surabondamment les débats ou l’instruction de tous les procès criminels. En voici un exemple tout récent, pris entre plus de vingt mille causes de cette espèce que fournit la seule juridiction d’Agra.

■<e boutiquier volé et l'Inspecteur de police.

« Dans une commune du Doab, un boutiquier nommé Djeelall trouve, en s’éveillant le matin, une brèche dans son mur et son magasin pillé; toutes ses marchandises ont disparu. Naturellement il commence par se lamentei et, poussant les hauts cris, il court avertir le watchman et le punchuct. Le watchman déclare le fait extraordinaire au plus haut point; il a veillé fidèlement toute la nuit, n’a pas fermé l’œil , et n’a pas vu l’ombre d’un voleur. Les municipaux, de leur côté, observent qu’ils sont accablés de fatigue, que les soins de la police ne leur laissent pas un instant de repos , et ils se contentent pour le moment de dépêcher le watchman au Darogah. Djeelall, s’apercevant qu’il n’a pas ù compter beaucoup sur le zèle d’autrui, se met alors lui-même à l’œuvre tout de bon. Ses relations lui donnent quelque influence dans le village, et, fort de la connaissance de son droit en pareille occurrence, rétribuant convenablement les informations,

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agissant d’après elles avec l’assistance du punchaet , il s’assure d’un mauvais drôle, soupçonné d’avoir trempé dans l’affaire, et met les scellés sur deux ou trois maisons suspectes.

« Alors seulement survient Mohammed-Khan, l’inspecteur de police, musulman important et de bonne mine, monté sur un beau poney et porteur d’un superbe turban aux proportions incroyables. Sa ceinture est garnie d’un arsenal de dagues et de yatagans, et derrière lui marche une troupe nombreuse de satellites.

« Au premier abord, ne saisissant' pas le fil conducteur du délit et désespérant de le trouver, Mohammed-Khan , soyez- en sûr, aura bien certainement commencé son rapport par une kyrielle de motifs plus ou moins plausibles, établissant que Djeelall n’a jamais été victime du moindre vol, mais qu’il a fait lui-même une brèche à son mur dans le but de frauder ses créanciers, et le Darogah aura appuyé cette hypothèse d’excellents aphorismes persans ou arabes , ayant trait à la mauvaise foi des commerçants en général et de Djeelall en particulier. Mais , à la plus petite preuve apportée par le plaignant, Mahommed-Khan a changé de système et s’est mis à poursuivre l’instruction avec une activité remarquable. Après avoir fouillé les maisons suspectes , il a fait subir un interrogatoire à l’individu arrêté, lui a arraché le nom de ses complices, et une escouade rapide d’agents a couru mettre la griffe de la police sur le principal rendez-vous des malfaiteurs. Ils ont été appréhendés et toute l’affaire s’est dévoilée. Alors Mahommed-Khan triomphant s’est empressé de dépêcher un exprès à son magistrat, avec le rapport suivant, que sa phraséologie orientale qualifie d e pétition :

« Appui tutélaire du faible, votre bonne fortune est « grande. Vous aurez sans doute appris par le journal « d’hier qu’à la première nouvelle d’un vol avec effraction loi k

« commis dans la demeure du marchand Djeelall, votre o esclave, ceignant ses reins, s’est mis en campagne, dé- « terminé à découvrir les criminels ou à revenir la face « noircie à jamais. Ce n’est certes pas par ses humbles « mérites, mais par la grâce de Dieu et par la toute- « puissance de la bonne fortune de Votre Grandeur, que • les efforts du moindre de vos esclaves ont été couron- « nés de succès; s’il plaît à Dieu, les malfaiteurs dispa- « raîtront de la surface de la terre !

<• Aussitôt arrivé, votre esclave, suivant un plan arec rêté d’avance, a mis en usage une foule de ruses et de « stratagèmes , et n’a pas hésité à dépenser de grandes « sommes de son propre avoir pour salarier des infor- « mateurs et gagner leur confiance; tant était grand son « désir de conquérir votre approbation. Cependant, je le « répète , ce n’est pas aux persévérants efforts de votre es- « clave, mais simplement à votre étoile fortunée, qu’est « due la découverte de la piste qui, à travers d’immenses « difficultés, m’a conduit jusqu’aux coupables.

« Votre esclave , étant parfaitement au courant de toutes « les réputations mal famées de la contrée, a d’abord mis « la main sur un désespéré brigand, et l’a dompté si « bien, que, grâce à la bonne fortune de Votre Gran- « deur, il en a tiré un premier indice, par suite duquel « six voleurs, deux recéleurs, ont été saisis, et tous les « objets dérobés recouvrés, sauf un petit nombre d’arti- « clés que Djeelall a, sans aucun doute, mis sur sa liste •< par un esprit notoire d’exagération. Ne pouvant vous « fournir encore un rapport détaillé, je vous adresse, en « toute hâte, cette pétition pour votre information. Le « procès-verbal avec les pièces du délit et les prévenus « vous seront envoyés demain matin. Votre fortune est « invincible. Cette pétition est de votre humble esclave.

«Mohammed-Khan, Thanakdar. <•

D’AGRA A HURDWAR.

« Eh bien! observa en terminant sir Th..., vous, qui appartenez à une nation dont un de mes maîtres intellectuels a dit que le style est tout l’homme, que pensez-vous du spécimen que je vous offre du personnel de nos fonctionnaires indigènes? Si, d’un côté, on ne peut les juger sans admettre comme circonstances atténuantes les préjugés abjects et l’état social du vieil Orient, on ne peut f d’un autre, se dissimuler que le contact de tant de servilisme et de duplicité n’est pas sans danger pour la justice. Il faudrait que le magistral, qu’assiègent chaque jour des missives comme celle-ci, fût doué des âmes réunies de Socrate et de Caton , pour ne pas être touché à la longue par des allusions si réitérées h sa bonne fortune , et pour ne pas être amené tout doucement à reconnaître qu’elle consiste principalement dans la possession d’un trésor aussi inappréciable que Mohammed-Khan*. »

I/cv^que cntholiqne d'Agra.

Depuis plus d’un siècle, Agra est le siège d’un évêché catholique. Comme je m’étais chargé à Paris de plusieurs missives pour le dignitaire ecclésiastique qui l’occupe aujourd’hui , je me rendis chez le prélat avec celui des secrétaires du gouverneur qui, ayant dans ses attributions les affaires du culte, avait eu par cela même quelques occasions de le voir. Le palais épiscopal est une petite mosquée en ruines que le gouvernement a abandonnée à la mission, et où elle s’est installée bien modestement. Derrière la porte d’entrée, un carrosse, qui semble placé là comme la pièce de résistance des pompes épiscopales, tombe en décomposition , rongé par la rouille et par les insectes. Au fond d’une cour déserte , un mauvais esca-

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