‹ L'Inde contemporaineChapitre 80 sur 166 · I. Jacquemont, Journal, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Jacquemont, Journal, t. II, p

D’HüRDWAR A LA SOURCE DU GANGE. 2H

tes ses purifications le soubhadar n’a pas reconquis sa caste. Il y a tout aussitôt partage d’opinion à ce sujet dans le régiment; l’infortuné capitaine en appelle à son chef en plein durbar. Le cas était embarrassant. Ayant fait comparaître le djogui devant son tribunal , le major le somme d’abord de produire un texte authentique k l’appui de son assertion. Le théologien de citer alors, avec une incroyable loquacité, les coutumes et les antécédents, mais de loi écrite néant. Sur un signe du major, je me lève alors, le livre de Manou à la main, et, après quelques citations irrécusables, j’affirme que, suivant le souverain législateur, il y a remède à tous les péchés, sauf un seul : manger de la chair de bœuf. Adroite exception , qui flattait le préjugé le plus enraciné chez les Gourkas. Le brahmane errant, abasourdi de mon savoir inattendu, resta muet devant le texte sacré. Ordre lui fut immédiatement donné de vider le pays ; la femme fut mise en prison, et le soubhadar proclamé pur comme avant son fatal hyménée. Ce jugement fut mis à l’ordre du régiment, tout le monde l’approuva, et les akbars de la province élevèrent jusqu’au ciel, au milieu d’un nuage d’encens et d’une rosée d’atar, la justice du major M*** et la science du docteur de l’Occident, son ami.

« Les akbars sont l’histoire telle que l’écrivaient, en Europe, les historiographes du moyen âge. Près de tous les princes indiens de quelque rang, auxquels la Compagnie a laissé un vain titre ou qui ont conservé quelque pouvoir, elle entretient une espèce d’historiographe qui , dans une place d’humilité , a droit de présence à leurs durbars. C’est comme une sorte de sténographe de nos assemblées politiques. Il va au durbar avec son encre et son papier, et couche dessus tout ce qu’il voit et entend. Il y ajoute les nouvelles du dehors qu’il attrape comme il peut, et, quand il est au bout de son génie, il expédie son

courrier à l’agent politique anglais le plus voisin. Chaque prince a le droit d’entretenir un semblable écrivain ou tnounschi à la cour des princes ses alliés, pour être instruit de ce qui se passe à leurs durbars ; c’est un espionnage des plus innocents. On conçoit ce que doivent être , par exemple , les séances de la cour de Delhi , où l’empereur n’a pas l’ombre de pouvoir. Mais le descendant de Timour s’offenserait sans doute de la suppression du rédacteur qui apprend au résident et au gouverneur-général les pensions de 3 et 4 roupies (7 ir. 50 et 10 fr.) par mois qu’il a accordées ou supprimées, les moyens que son vizir lui propose pour éconduire les créanciers trop pressants, ou toute autre mesure de cette importance *. »

La dernière cause agitée dans le durbar de Simla m’offrit un double intérêt à cause de son caractère mi-anglais mi-hindou. La tombe d’un enfant de race britannique , décédé en bas âge à Simla et enterré dans le cimetière naissant de la localité, avait été bouleversée et le cadavre avait disparu. Grand scandale parmi la société anglaise de la station ! profonde indignation parmi les ladys des cottages ! Il n’en était pas une qui ne demandât la mort de l’impie qui avait osé violer la sépulture de l’héritier de je ne sais plus quel nom illustre of the right honorable company. Le major M** *, cédant au torrent, fit grand bruit de la chose; il tonna du haut de son tribunal, réclamant, avec prime et menaces, le coupable et le cadavre. Sa police n’en dormit pas de plusieurs jours; mais comme, en dépit de ses yeux toujours ouverts, elle ne découvrait rien , l’habile officier imagina, pour en finir, un expédient digne de Zadig , et plein de couleur locale. II déclara que, si l’enfant n’était pas retrouvé dans les vingtquatre heures , il ferait pendre une vache dans le bazar.

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