‹ L'Inde contemporaineChapitre 81 sur 166 · I. Jacquemont, Journal, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Jacquemont, Journal, t. II, p

Cette signification eut tout l’effet qu’il en attendait. Toute la population indigène se mit en campagne comme une fourmilière, et le soir même on vint lui dire que le petit cadavre était retrouvé, que probablement il n’avait jamais été déterré, et que des chacals, en creusant sous le monument funèbre qu’ils avaient fait écrouler, avaient causé l’erreur et le mal. Si peu satisfaisante que fût l’explication, le major s’en contenta, puisque le point essentiel était gagné, et, pour éviter la récidive, il ordonna la construction d’un mur d’enceinte autour du cimetière.

Les Hindous des montagnes, assez peu pointilleux sur la distinction des castes et sur l’observation de maintes pratiques dévotes de leurs frères de la plaine, sont fort regardants sur le chapitre du bœuf. A Soubhatou , h Simla même, les Anglais s’abstiennent de tuer publiquement ces animaux, et cette réserve leur concilie puissamment l’esprit des montagnards. L’eau du Gange, sur laquelle on a coutume de faire jurer les témoins hindous dans les cours de justice de la plaine, devient insuffisante sur la lisière de THimalaya. Le major M*** fait prendre à ses témoins une vache par la queue quand il leur défère le serment.... Il est sans exemple qu’un seul ait osé se parjurer.

Ainsi mes heures et mes jours s’écoulaient inaperçus à Simla, lorsque la nouvelle de l’arrivée prochaine de lord Dalhousie, dont la suite royale d’hommes, de chevaux et d’éléphants, menaçait de changer en campement tumultueux les paisibles solitudes de cette localité, me fit reprendre, presque à regret, mon bâton de pèlerin.

Les provinces de l'indus.

Arrêté sur les confins du Punjab, j’avais vivement déploré que le temps limité dont je pouvais disposer ne me

permit pas de visiter cette riche contrée et les nouvelles frontières occidentales de l’empire indo-britannique. Un moment même je fus tenté d’abandonner, pour une excursion rapide dans ces contrées, l’exploration détaillée des régions montagneuses où naissent le Satledje et le Gange, exploration comprise dans mes prévisions de voyage, et qui devait me ramener dans les plaines centrales de l’Hindoustan, juste à l’époque où y finirait la saison des pluies. Les observations judicieuses du major M*** m’affermirent dans ma première résolution. Il connaissait mieux que personne les provinces de l’Indus, pour les avoir habitées et parcourues pendant vingt ans , soit comme résident en temps de paix, soit comme chef de corps en temps de guerre, et je ne puis mieux remplacer mon témoignage, ici défaillant, que par le résumé de ses opinions.

Le bassin du Sind, la région des sept fleuves', aujourd’hui possédée par le gouvernement de Calcutta, renferme sans doute encore, et surtout à la base de ces montagnes où séjournèrent et passèrent tour à tour tous les bans de la grande famille arienne, de curieux mystères pour l’ethnologue et peut-être pour l’historien; mais elle ne peut offrir au simple touriste le même intérêt qu’au temps de Burnes et de Jacquemont.

On sait quelle était alors la splendeur de ses cours indigènes : à Lahore, par exemple, une réception officielle, une audience d’apparat, valait à elle seule la remonte du Gange ou de l’Indus. Quel spectacle ! on arrivait sur un éléphant de parade , dont le caparaçon valait tous les écrins d’une prima donna ; on entrait dans des jardins bordés de colonnades de marbre, diaprés de gazons, de verdure, de fleurs et de bassins aux jets d’eau parfumés. Là, entouré d’une foule immense de guerriers et de grands

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