Jacquemont , Journal, t. II, p
jusqu’à l’entrée du palais, ils semèrent sur leur passage de l’or et des bijoux de toute espèce. Le prince de Pattiaïah, enfant de dix ans à peine, avait à côté de lui , sur son éléphant, une énorme bourse contenant 600 mohursd’or (30 000 fr.) mélés à une variété infinie de boucles d’oreilles d’or, de perles et de pierres précieuses. Le marmot lançait à pleines mains toutes ces richesses au milieu de la foule pour honorer son parent et sa future cousine.
Si grandes qu’elles soient , les dépenses de la famille du fiancé n’égalent jamais celles de la famille de la jeune épouse, les parents de celle-ci étant obligés d’héberger et de traiter à leurs frais comme leurs propres hôtes tous ceux que le futur amène avec lui. En outre, dans l’occasion citée, le rajah de Balumgur voulut donner une roupie (2 fr. SO c.) à quiconque, invité ou non, s’était rendu à ce bérat. Une innombrable multitude était accourue de toutes parts pour profiter d’une telle largesse ; le trésor tout entier du rajah s’y épuisa. Avant qu’on fût parvenu à le remplir de nouveau, trente mille personnes s’étaient présentées, réclamant la prime promise.
On prit le parti de les enfermer dans des parcs, comme des moutons; de temps en temps, à un signal donné, on ouvrait la porte d’un parc et chaque individu sortant recevait sa roupie.
l<e Satlcdje.
Au débouché de la forêt j’aperçus le Satledje, pour la première fois, à une lieue de distance environ. Issu des lacs sacrés ou de leur voisinage immédiat, ce fleuve coule de l’est à l’ouest pendant soixante-dix ou quatre-vingts lieues, au nord de la chaîne couverte de neiges éternelles, dont les flancs méridionaux donnent naissance au Gange et à ses affluents. Il se précipite ensuite du nord au sud
de l’Himalaya par une énorme échancrure de ces montagnes, la seule qui rompe la continuité de leur ligne de sommets, qui partout ailleurs n’est déprimée que par des cols étroits, élevés de plus de 4000 mètres, tandis que le large défdé par où débouche le Satledje est creusé à moins de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Devant Rampour, chef-lieu du Bissahir, ce fleuve n’a guère que 50 mètres de largeur ; mais sa grande profondeur et sa pente rapide, évaluée à 32 mètres par lieue, en font déjà un puissant cours d’eau, et l’on comprend très-bien qu’il ait pris rang jadis parmi les fleuves divinisés de la mythologie sanscrite, où il portait le nom de Satadrou.
Le chemin qui mène au Kanawer, tracé sur la rive gauche du ravin où gronde la rivière, monte et descend constamment le long des pentes très-rapides des montagnes qui s’abaissent sur ses bords. Un peu avant d’arriver à Rampour, il s’élève démesurément pour plonger ensuite vers cette ville, dont l’aspect n’en est que plus singulier. Elle repose comme au fond d’un nid gigantesque, entre une courbe du Satledje qui paraît sans issue et d’immenses pans de roches micacées, noires et argentées, du style le plus sévère. L’architecture des cent et quelques maisons qui composent cette petite capitale conserve peu de chose du caractère hindou. De curieuses ciselures en bois ornent leurs murs gris ou bruns; les toits, en ardoises, comme dans tout l’Himalaya, sont pointus et cintrés selon la mode chinoise.. Un dèota 1 bizarrement sculpté, un vieux mur de clôture noirci par le temps, une sombre construction massive sans fenêtres , couverte d’un toit pointu à larges bords et entourée de galeries à treillage, le tout se cachant sous un massif d’oléandres et de rho-