Chapelle
dodendrons en fleur , attirèrent mon attention , et je dirigeais mes pas de leur côté, lorsque le vieux vizir, mon compagnon de route, survenant tout à coup, m avertit que c’était là la zénanah ou demeure des femmes du rajah son maître, que nous ne devions voir que le lendemain, dans une vallée encore plus agreste, dont il a fait sa résidence d’été, et que, par conséquent, je devais mettre des bornes à ma curiosité. 11 laissa, du reste, à ma disposition \e durbar ou salle d’audience du rajah , où, en vue d’un imminent orage qui ne tarda pas à fondre sur Rampour, je m’installai pour la nuit.
Je m’endormis profondément au fracas de la pluie et du tonnerre répercuté par les échos des montagnes. Je ne me réveillai qu’à la fin de la nuit, et, dans 1 obscurité du lieu , j’eus peine à me rappeler tout d’abord où j’étais; mais bientôt les sons du gong, de la trompe des brahmanes himalayens et le sourd grondement de la rivière m’en firent ressouvenir. Une lueur jaunâtre ne tarda pas à pénétrer sous la véranda du durbar , et le cri plaintif du paon annonça le crépuscule du matin. À cette heure, du haut de la terrasse où s’élève le palais de Rampour, je voyais des nuages blancs floconneux monter de toutes parts du fond des vallons, des ravines herbeuses et du sein des forêts; s’agglomérant et grimpant le long des pentes des montagnes, ils allaient ensuite se condenser en masses épaisses autour des cimes neigeuses qui bordent l’horizon.
Sourann , résidence du rajah de Bissahir, n’est pas à cinq lieues en droite ligne de Rampour; mais, grâce à l’état du chemin effondré par les pluies et à ses zigzags multipliés le long d’escarpements presque verticaux, auxquels souvent il n’adhère que par des échafaudages vermoulus, je dus diviser ce trajet en deux étapes.
J’avais pris à Siinla un bon de quelques centaines de
roupies à toucher sur le trésor royal de Bissahir. Le major M*** m’avait en outre donné une lettre d’introduction pour le rajah. En approchant de Sourann , je lui dépêchai l’un et l’autre par mon tchouprassi, avec force salams, suivant l’usage hindou.
J’avais à peine eu le temps de faire dresser mes tentes et de changer contre mon habit noir européen mes vêlements de voyage trempés de pluie, que mon messager revint m’annoncer que le rajah le suivait, désireux de me faire une visite. Je fis jeter à terre une de mes deux tentes pour servir de tapis à celle qui devait me tenir lieu de salon, et j’envoyai au plus vite au palais chercher une chaise pour Sa Majesté.
Ce meuble indispensable et le roi arrivèrent en même temps. Debout à la porte de ma tente , j’attendis que le cortège fût à trois pas pour en sortir et marcher à la rencontre du rajah, que je pris par la main pour le faire entrer avec moi. C’était un jeune homme de vinut à vingtdeux ans, fort brun, petit, gras et mal fait, ayant le cou déformé par un goitre, comme beaucoup de ses sujets. Il avait l’air d’un grand enfant fort peu spirituel, mais sa physionomie inexpressive était pourtant gaie et ouverte; elle me prévint en sa faveur. Il était assez élégamment vêtu de mousseline blanche et d’un beau châle de cachemire cramoisi; une calotte d’oripeau couvrait sa tète, et sa chaussure consistait en babouches également brillantes qu’il garda. J’ignore si l’étiquette lui permettait ou non cette liberté; mais comme il me fit d’ailleurs toutes sortes de démonstrations de respect, ne me parlant qu’à mains jointes à la hauteur du front, et ne me répondant que par l’exclamation : Seigneur ! je ne pris point sa négligence pour une outrecuidance concertée, et n’en tins nul compte '.