Jacqueraont, t. II. — 2. Tintant!, terre du vin
des chèvres au poil soyeux, broutaient disséminées. Dans tous les villages, entourés de vergers superbes, où dominent l’abricotier et le noyer , de paisibles paysans m’accueillaient avec d’énormes paniers de raisins délicieux et d’amandes du pin néoza , qui ont la taille et la saveur de la pistache. Les demeures de ces bonnes gens, cachées à demi sous les pampres, rappellent parfaitement les chalets de la Suisse et du Tyrol par leur aire carrée, leurs murs de pierres et de poutres alternativement superposées , leurs étages nombreux et peu élevés , leur toit débordant de beaucoup les pignons, et enfin par le balcon fermé qui entoure souvent l’étage supérieur. Je ne connais aucun village en France qui ait aussi bonne apparence que quelques-uns de ces pauvres mais pittoresques hameaux kanaouriens.
Le cinquième jour après mon départ de Sourann, il me fallut traverser le Satledje au moyen d’un procédé qui n’a rien d’européen. Le fleuve se précipite en cet endroit entre deux murailles à pic de plusieurs centaines de mètres d’escarpement. Un djoula ou câble est tendu d’un de ces murs à l’autre. Une pièce de bois en forme d’anneau est passée autour de ce câble ; les voyageurs y suspendent leur bagage et s’y attachent eux-mêmes : on les tire du bord opposé pour les y amener. Si le câble rompt, ils sont perdus sans ressource. Du reste, je fus entraîné si rapidement au travers de cet abîme, que j’eus k peine le temps de regarder le torrent furieux qui mugissait au-dessous de moi
Le lendemain, j’atteignis Tchini, qui fut, jusqu’au moment où l’héritage de Runjet-Sing échut k la compagnie des Indes,- la dernière statipn , YUltima Thule, ouverte dans la direction du nord-ouest aux visites estivales de ceux des touristes du sud qui trouvaient Landaor et