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tion les suggestions émanant d’« indigènes ». Cela nuirait à son « prestige ».
Ainsi toute initiative est paralysée. Ils le savent bien et apprennent bientôt à dire
« À quoi bon ? » L’'élite de la jeunesse, qui trouve ailleurs de mille manières à
employer ses forces au service du pays, n’a
aucun débouché ici. Bien plus : pas de pays. Les Anglais sont les maîtres et les « indigènes », des étrangers. C’est le roi (reorge qui dit : « My Indian Empire. » Et quand les Hindous veulent se mêler des affaires politiques, on a tôt fait de les arrèêter et de les mettre en prison comme « séditieux » et « agitateurs dangereux ». Ou bien on les ignore, on leur refuse tout appui et tout encouragement.
Sir Henry Cotton rapporte ces paroles qu'il a entendu Sir William Harcourt prononcer à la Chambre des Communes : « Les hauts fonctionnaires du gouvernement de l'Inde n’ont Jamais encouragé les hommes de valeur. Ils ont toujours détesté et découragé le talent original et encouragé la médiocrité humble et docile. C’était la politique de Tarquin le Superbe. Si l’on n’a pas « coupé la tête des grands pavots », on a usé d’autres moyens pour se débarrasser de toute personne d’une notoriété dangereuse.
Je n’oublierai jamais une certaine aprèsmidi de Poona, passée en compagnie d’un groupe d'étudiants du Collège Fergusson.
J’assistais à une session du Congrès national hindou, et, libre ce jour-là, J'étais allé me promener avec ces jeunes gens. Après
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une heure de marche, nous nous étions assis sous un arbre pour causer. Mes compagnons étaient des garçons intelligents et pleins d’ardeur, désireux de faire de leur vie quelque chose d’utile et de bien servir leur patrie. Mais, dans un pays où tout se trouve aux mains de l'étranger, que faire?
S1, Oubliant la grande pitié de l'Inde, ils devenaient les dociles serviteurs de maïtres étrangers, orientaient leur éducation de manière à être commis ou comptables dans les bureaux officiels et commerciaux, ils pourraient compter sur un maigre salaire, un peu d'avancement plus tard et une vie tranquille.
Mais si, envisageant virilement l’avenir, ils cherchaient à se créer une carrière indépendante et à se rendre utiles à leur pays, que faire? Voilà quel pathétique, quel tragique problème ces jeunes gens retournaient sans fin dans leur esprit. Certes, le gouvernement a beaucoup d'emplois à leur offrir, — les plus bas, ceux dont ne veulent pas les Anglais, et même quelques emplois plus élevés que sa bonne grâce attribue aux « indigènes ». Mais dans tous ces emplois, il faut abdiquer tout patriotisme et toute initiative, se tenir à l'écart de la politique, être loyal au gouvernement étranger, ne rien critiquer, ne proposer aucune réforme, être des satellites dociles des seigneurs anglais. Comment de nobles âmes, qui vénèrent leur Mère Patrie, peuvent-elles s’abaisser à cette honte?
Hélas! cette après-midi-là, je compris, pour la première fois, dans toute son hor-
reur, l’amertume de ces jeunes gens instruits, cultivés, brûlant d’un patriotisme aussi saint que celui des Anglais les plus nobles, qui voient sous leurs yeux le pays qu'ils chérissent plus que leur vie, conquis, opprimé, souifrant sous l'épée de l'étranger.
Cet après-midi de Poona a éclairé pour moi de son vrai Jour ce fait indéniable que l'Angleterre, en écrasant l'Inde, a lésé non seulement celle-ci, mais lhumanité. Rien n’est plus précieux au monde, rien ne saurait être préservé avec plus de soin, que le génie particulier de ehaque nation et de chaque race. Rien n’est plus grave et plus irréparable que sa destruction. Celui qui s’y emploie commet un crime envers l’humanité.
Comment préserver le génie de l’Inde? Et d’abord quelle est la condition indispensable de l’épanouissement de l’existence de tout génie? C’est la liberté. Or, l’Inde n’est pas libre. C’est là son malheur; et c'en est un pour l'humanité : car celle-ci y perd la contribution intellectuelle et spirituelle que l'Inde peut et doit apporter à la civilisation humaine. Ainsi la liberté de l'Inde intéresse le monde entier. Son esclavage est un crime contre le progrès du monde entier.
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