‹ L'Inde enchainéeChapitre 107 sur 227 · CHAPITRE XIII DÉMOCRATIES ET RÉPUBLIQUES AUX INDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII DÉMOCRATIES ET RÉPUBLIQUES AUX INDES

L’'Orient apparaît d'ordinaire comme la terre par excellence du despotisme. Et c’est encore un des arguments des Anglais, qu'eux partis, le peuple de l'Inde serait iné- Juctablement tyrannisé par d’autres. Est-il vrai que l'idéal démocratique et républicain soit confiné à l'Occident? Non. Echappées à l'Espagne, les Philippines établirent une République d’une forme assez analogue à celle des Etats-Unis. Quand la Chine secoua la tyrannie de la dynastie Mandchoue, elle organisa une République, et si depuis elle connaît des temps difficiles (dont les obstacles jetés sur son chemin par les puissances d'Occident ne sont pas la moindre cause), elle ne songe toutefois pas à abandonner l'idéal républicain qu'elle poursuit.

Des idées républicaines fermentent en Perse depuis longtemps et il y a tout lieu de croire qu€, sans certaines intrigues européennes, la Perse serait déjà une République.

La Turquie — dès qu’elle a pu se libérer des influences occultes et des liens de la diplomatie européenne — s’est constituée en République.

nd TE a

‘ 1 168 L'INDE ENCHAÏÎNÉE Quant à l’Inde, en plein mouvement d’indépendance, manifeste-t-elle des tendances qui puissent la faire accuser de se forger une autre tyrannie? Nullement. L'idéal de ses chefs et de ses patriotes ne le cède en rien à celui d'Abraham Lincoln : « Un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » Presque tous songent à une république fédérale, à des « Etats-Unis de l’Inde » où les Etats et les provinces s’intégreraient avec leur gouvernement parti- £ | culier, un peu comme en Amérique ou au es + Canada.

= Il est donc faux de croire que l'Asie est incapable d’une organisation ou d’un idéal républicain. En fait, c’est l'Asie, et non l'Europe, qui semble avoir été le berceau des démocraties et des républiques. Les recherches ethniques, linguistiques, historiques s'unissent pour le prouver. Il y avait | des républiques aux Indes au temps de ee 3ouddha (ve siécle avant J. -C.) et peut-être auparavant. Il y en a eu jusqu’au 1v° siècle ee après J.-C., c’est-à-dire pendant mille ans. Æ Nulle part ailleurs, ni dans l’antiquité, ni LES dans les temps modernes, cette forme de souvernement n'a duré si longtemps. Leur domaine s’étendait du Punjab, à l’ouest, à la région de Biïhar à l'est, et du Népal, au nord, à la frontière sud des Provinces Cen- —__E trales actuelles. + Mais ce qui est peut-être encore plus important que lexistence de ces répu- Ne bliques, c’est l'esprit de liberté et de démo- __ cratie qui s’est manifesté sous différentes formes chez les Hindous depuis les temps +

L2 4 FA us RAS D es fs :

À Re >

se = SE reg F4 à es-tu title. EE NAS DR. © * ee = 2 Et ÿ L'INDE ENCHAÎNÉE 169

les plus reculés. Les Védas, qui datent de douze ou quinze siècles avant l’ère chrétienne, exposent les principes du gouvernement représentatif. Le Bouddhisme né aux Indes et qui s’y maintint quinze siècles est essentiellement démocratique et a laissé une tradition démocratique persistante, L’Islamisme l’est à peine moins, et bien plus que la plupart des Eglises chrétiennes.

L’Hindouisme lui-même, entaché du système anti-démocratique des castes, est, néanmoins, démocratique à l’intérieur de chaque caste.

Mais ce qui a le plus fait pour former et conserver l'esprit de liberté aux Indes, c’est la communauté de village répandue dans tout le pays. Pendant plus de trois mille ans les Hindous ont été à cette école d'autonomie. C’est pourquoi ils ont à tel point le respect de la loi et l'amour de la paix.

L'Inde est essentiellement un pays agricole. Plus de 80 % de sa population vit de la terre et se répartit dans plus de six cent cinquante mille villages. Ces villages sont des démocraties analogues aux anciennes communes de la Nouvelle-Angleterre. Sir Charles Metcalf, ancien fonctionnaire des Indes, les décrit ainsi : « Les communautés villagoises de l'Inde sont de petites républiques se suffisant dans une large mesure et dépendant fort peu de l'extérieur. Elles restent inébranlables même

quand tout est bouleversé. Les dynasties

peuvent tomber; les révolutions se succéder, la communauté villageoise demeure.

vE. L'ARU RS RU RREANOUR Ve { AS à ai à 1 L a, Û à Lè NE N 4 à des x . à À A à . A À at Dé be), t ä SR Rte Ru RAS NE EEE R |

LZ à LE - Er > ET > Le .

Page 1