CHAPITRE XVII
LES BAGARRES ENTRE MUSULMANS ET HINDOUISTES EST-CE UNE RAÏSON POUR REFUSER L’AUTONOMIE ?
Il y a aux Indes environ soixante-dix millions de Musulmans et deux cent dix milhHons d'Hindous.
Nous avons souvent des échos des mani-
festations d’hostilité entre ces deux communautés religieuses. Des rixes, des émeutes éclatent, faisant souvent un certain nombre de victimes. On sait que les Anglais trouvent là un de leurs plus triomphants arguments pour défendre la domination.
Est-ce là, cette fois-ci, un argument irréfutable? Pas plus que les autres. Et comme les autres, à l'examen impartial, il se retourne contre eux.
D'abord, nous sommes en présence de deux manières d'envisager les faits. Les Anglais les jugent graves; ils en font retomber la responsabilité sur les Hindous; ils disent que, sans la présence de l'Angleterre, Musulmans et Hindouistes s’entre-tueraient jusqu’au dernier et que, pour le bien de JInde, il faut que les Anglais restent.
Les Hindous, au contraire, affirment que l'hostilité est moins profonde, les incidents moins graves que les Anglais voudraient le faire croire; et quant à la responsabilité, elle incombe, d’après eux, aux Anglais d’abord.
Un fait milite en faveur de la seconde thèse. C’est que plus les Anglais s’en mêlent, plus les troubles s’aggravent et vice versa.
Avant l'occupation anglaise, ces troubles ne semblent pas avoir existé. De nos jours,
dans les Etats (1), où il y a relativement peu.
d'Anglais et où leur domination se fait
moins sentir, les incidents sont rares, et:
Phostilité entre les deux religions n’est pas sensible. Là où les Anglais gouvernent directement et sont tout-puissants, l'hostilité est manifeste et les troubles fréquents. La seule conclusion possible est que leur présence, au lieu de maintenir l'harmonie comme ils le prétendent, augmente l’animosité.
La politique des Anglais aux Indes a été, depuis le début, basée sur la formule chère a tous les conquérants avant et depuis les Romains : « Diviser pour régner. » C’est ainsi qu'elle s’est rendue maîtresse des Indes et c'est ainsi qu’elle s’y est maintenue. Les administrateurs lavouent sans fard. Dès
(1) On sait que les Anglais appellent « Natives States > les parties de l’Inde qui ont encore un prince soumis au contrôle du gouvernement britannique. On donne le nom de « British India » (l’Inde britannique) à la partie administrée directement par le gouvernement britannique.
N. du T.
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