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la vie s'était retirée, pas un signe d'intérêt nulle part, »
Edward Thompson, relatant des faits analogues, note cette question posée en 1924 par un député ayant vingt ans de Parlement : « Qu'est devenu ce Honbomne (1) Gander ou quelque chose comme ca, qui nous donnait tant de fil à retordre ? »
Comme quoi, ajoute Thompson, « on peut être Conseiller Privé et ignorer totalement un Hindou sujet britannique — qui est le plus grand homme de tout l’Empire! »
Citons encore .un fait qui montre, de facon tragique cette fois, le genre d’intérêt que le Parlement porte à l'Inde. Le 19 avril 1919 eut lieu le honteux massacre d'Amritsar. Les soldats anglais commandés par un général anglais firent feu sur une assemblée religieuse paisible et mitraillérent de sang-froid des hommes, des femmes et des enfants désarmés, en tuant et en blessant plus de mille. On pourrait croire que dès le lendemain, des inter- pellations passionnées, des protestations véhémentes retentissaient au Parlement britannique. Il n’en fut rien. Sept mois passèrent sans que l’événement fût une seule fois mentionné. Bien plus, chose à peine croyable, pendant ces sept mois, les députés ignorèrent totalement l’affreuse tuerie.
L'auteur n’a nullement l'intention en exposant ces faits, de manquer de respect à la Chambre des Communes qu’il tient en
(1) Mot à mot « fellow ».
haute estime. Il est persuadé qu’il n’y a pas de Parlement plus consciencieux «et plus compétent dans l’accomplissement de ce qu’il considère comme son devoir. Mais on ne saurait lui demander l’impossible. Ses membres ont de lourdes responsabilités, et bien d’autres soucis que l’Inde. Les représentants de l’Ecosse ont à veiller aux intérêts écossais; ceux du Pays de Galles, aux intérêts du Pays de Galles, et chaque député aux intérêts de sa circonscription. Tous ont à veiller aux intérêts des Iles britanniques et d’un immense Empire dont l'Inde n’est qu’une partie. Peut-on leur demander l'effort de se mettre spécialement au courant des affaires de l’Inde ? Et sans les avoir étudiées de près, comment pourraient-ils s’y intéresser et les surveiller en tout état de cause ? Je ne blâme pas les députés de s'endormir ou de se donner une récréation bien méritée quand un sujet si lointain, si difficile, si énorme, si obscur, vient sur le tapis. Le blâme va bien au delà. La culpabilité, car il y en a une, et qui est grave, la Nation britannique tout entière, y compris son Parlement, en a sa part: elle est responsable de la situation hindoue. Elle est responsable d’avoir saisi le (ouvernement de l'Inde, de l’avoir arraché au peuple hindou, son possesseur légitime. d'avoir placé la tâche formidable de le diriger entre les mains d'étrangers éloignés, incompétents, surchargés de travail, qui ne peuvent pas plus s’acquitter avec intelligence et justice de la responsabilité qui leur incombe que le soleil ne peut se lever à l’ouest.
Dés le milieu du siècle dernier l'historien John Dickinson déclarait dans son ouvrage Government of India under a Bureaucraty (1853) : « Depuis que l’Inde est sous la domination britannique, sa coupe d’amertume a été remplie jusqu’au bord, — que dis-je, — elle a débordé. Les malheureux Hindous ont vu leur droit de propriété confisqué; leurs requêtes les plus justifiées
iétinées; leurs industriels, leurs commercants, leurs paysans, réduits à la mendicité; leurs excellentes institutions commu-
nales démembrées; leur sécurité Judiciaire abolie; leur moralité corrompue et même leurs coutumes religieuses violées, — tout cela par ce que l’on appelle « les bienfaits de la domination britannique » … Le Parlement met sa conscience à l’aise à l’égard de cette tyrannie et de ces exactions en exhortant les administrateurs à gouverner « paternellement »… »
Les choses ne se sont pas améliorées depuis. Ramsay Mac Donald assure (1) que le Parlement surveille moins bien la situation aujourd’hui que du temps de la Compagnie des Indes.
La Chambre des Lords est encore pire à cet égard que celle des Communes, et, — notoirement conservatrice, — s’oppose a toutes les mesures libérales qui peuvent être proposées. En 1919, elle a pris la défense du Général Dyer, auteur du massacre d'Amritsar, et l’a pratiquement félicité. Après cela, les Anglaïs peuvent décla-
(1) Cf. Government of India.
LEE à
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rer à tous les échos que le Parlement est le gardien attentif des intérêts du peuple hindou !
Un seul fait, à défaut de tous les autres, infirmerait leurs prétentions : L'Inde n'a pas dans ce Parlement un seul représentant. Le Lancashire, le Yorkshire, le Pays de Galles, l'Écosse, ont leurs représentants, qui vei lent à leurs intérêts, mais qui est chargé de veiller à ceux de lInde ? La plupart des députés semblent avoir sur les trois cent vingt millions d'hommes qui peuplent cette contrée lointaine, les idées les plus fantaisistes. Même Lord Balfour qui passe pour un homme d’une intellisence exceptionnelle, insulte constamment le peuple hindou dans ses discours et ses écrits, le traitant en peuple barbare qui a besoin d’être civilisé par les Anglais. Après cela, ce serait de linsanité de se figurer qu'une assemblée dont les leaders en sont là, et qui ne contient pas un seul représentant de l'Inde pour remettre les choses au point et défendre les intérêts de ses électeurs, puisse rien faire pour l'Inde, fut-elle animée des intentions les plus honorables.
Objectera-t-on que si l'Inde n’a pas de représentants à l’Assemblée législative, elle en a un dans le gouvernement anglais, assez près du Parlement pour y faire entendre sa voix ? En effet, il existe dans le Cabinet britannique un Secrétaire d'Etat des Indes. Admettons qu’il soit un représentant. Qu'est-ce qu’un seul représentant au regard des dimensions et de la com-