‹ L'Inde enchainéeChapitre 65 sur 227 · ATEN · texte numérisé non relu

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L’'INRE ENCHAÎNÉE 63

ment insignifiant. J'ai vu des marchands, des banquiers, des fonctionnaires, alors qu'ils me parlaient avec une parfaite courtoisie, se tourner vers leurs domestiques ou leurs subordonnés, et s'adresser à eux avec une rudesse choquante. C’est ainsi qu’en usaient, au temps où l'esclavage existait aux États-Unis, les maîtres des plantations du Sud (et encore pas tous). Rien de surprenant à cette analogie qui me venait constamment à la pensée. Tenir une nation en

sujétion ou des hommes en esclavage, pro-

cède du même esprit.

Dans un volume publié à Londres en 1906 Through India with the Prince, Mr. G. F.

Abbott écrit : « J’ai vu des jeunes gens soris des bas quartiers de Londres, traiter en public de vieux Hindous de noble naissance comme un gentleman ne traiterait pas son valet. Partout ailleurs, cela eut engendré des séditions. Ici, ces faits suscitent une inimitié qui s’exprime rarement en action, mais n’en est pas moins dangereuse, »

Dans The New Spirit in India, par H. W.

Nevinson, on lit : « Lorsqu'on voyage aux Indes en chemin de fer, on est presque toujours témoin de grossièretés dont on n’a pas idée en Angleterre. Il en est de même partout, dans les hôtels, les clubs, les lieux privés ou publics. Les gens de ce pays, et surtout les gens cultivés et distingués, sont traités constamment avec un mépris plus exaspérant qu'une persécution sauvage.

Jadmets volontiers qu’on trouve ça et là

des Anglais qui gardent la courtoisie et la

fa

politesse des gens bien élevés; mais le plaisir qu'on a à les renc ntrer prouve leur rareté. »

Voici ce qu'écrivait en 1910 un grand quotidien de Calcutta : « Tout observateur impartial se rendra compte que la source de l'agitation des Indes est bien plus profonde que toutes les prétendues réformes purement superficielles, avec lesquelles un gouvernement étranger espère en vain satisfaire une nation qui a derrière elle un srand et glorieux passé. Cette agitation est une protestation motivée, une révolte mentale profonde du peuple hindou contre cette douloureuse réalité : on lui a volé sa place parmi les nations; il n’a pas de pays qu'il puisse dire sien, la terre de ses pères est aux mains de l'étranger. Il esi stigmatisé par l'esclavage, gouverné sans son assentiment, subalternisé.…. Tout cela, d'innombrables manques d’égards, des insultes continuelles, le leur rappellent, où qu’ils aillent, où qu’ils se tournent dans le pays de leurs ancêtres. | On en donnerait des milliers d'exemples. | Observez un Hindou ayant affaire avec un | Anglais. Il ne peui l'approcher ni s’adresser à lui, sans en avoir obtenu la permission, ni s’en aller sans avoir reçu son congé, et cela même si l'Anglais est un employé subalterne ou un homme de rien, et l'Hindou un homme respectable et haut placé.

« Observez un Hindou dans les rues d’une ville hindoue. Il demande son chemin à un agent de police. Ailleurs on lui répon-

drait poliment et promptement. Pas ICE. I :1 est un serf, il ne compte pas, Car il appar-

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L'INDE ENCHAÎNÉE 89 tient à une race sujette. L'agent est le maître du public hindou, non son serviteur.

Il le lui fait bien voir. S’il est exceptionnellement débonnaire, il se contente d’ignorer la question. Mais le plus souvent il est d'humeur hautaine, et pour peu que la question soit répétée, l’imprudent passant recoit une avalanche d’injures qui font tinter ses oreilles et brûler ses joues. Et si poursuivant sa route, 1l rencontre un Anglais sur le trottoir étroit et n’en descend pas au plus vite, le représentant de la dignité impériale se tiendra pour outragé et rappellera l'Hindou à l’ordre. Heureux si par d'humbles excuses, celui-ci s’en tire sans être rossé. S’il a une dignité et surtout une audace au-dessus du commun, et refuse de s’humilier, qu’arrive-t-il? Le dieu outragé châtie sur lheure le coupable et appelle la police. L’Hindou est arrêté, jugé, condamné, emprisonné en un clin d'œil.

Que pèse sa défense à côté de la parole d’un Blanc?

« C’est partout la même histoire. Un Hindou veut-il, pour quelque affaire d’importance, voir un membre de da bureaucratie régnante ? Qu'il attende, pendant que le grand homme fume un cigare ou deux, lit les journaux du jour, ou discute au téléphone avec deux ou trois collègues le dernier match de polo. C’est un indigène qui attend. Pourquoi se presser ? De plus, cela lui fait du bien, le met à sa place et lui fait comprendre que le gouvernement n’a pas de temps à perdre à s'occuper des affaires d’un négligeable Hindou. Si, confus

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