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Le plus grand coupable dans le domaine des faits que nous sommes en train d’étudier, c'est Rudyard Kipling. Car ses livres, Jus dans le monde entier, ont multiplié et aggravé ces :nsultes. Comme il est né aux Indes et y a passé les premières années de sa vie, personne ne met en doute l’exactitude de ses récits. Mais il ne dit pas plus la vérité que n'importe quel patriote d'une race conquérante, désireux de convaincre le monde que le peuple conquis est uñ peuple inférieur, incapable de se gouverner.
Kipling n'a probablement connu aux Indes que des administrateurs et des militaires impérialisies. L'Inde véritable, son histoire, Sa grandeur, Sa civilisation, Son peuple, il ne semble pas avoir pris la peine d'en faire la connaissance. Il semble n’avoir observé que des Hindous des plus basses couches sociales. Autrement, comment s expliquer l'absence d’allusions à des choses essentielles et caractéristiques de l’histoire, de la culture, de la vie de l'Inde: comment
expliquer qu'il se plaise à couvrir de ridi-
cule les ciasses cultivées et qu’il n’ait pour décrire les Hindous que des expressions de mépris, et les considère comme un peuple
« moitié enfant, moitié demon ». Tous les
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livres de Kipling dans lesquels il est question de l'Inde (et ce sont les plus répandus), ont toujours piqué les Hindous au vif. En donnant aux Anglais des idées fausses ct en exaspérant les Hindous, ils ont été un des facteurs importants de l’aversion croissante de part et d’autre. Kipling est directement responsable de bien des actes de sédition. Et le gouvernement anglais qui a arrêté, emprisonné et déporté tant d’'Hindous inculpés d’excitation à la haine de la domination britannique, aurait dû, en bonne justice, commencer par condamner l'écrivain impér ialiste diffamateur du peuple hindou.
Plusieurs Anglais d'élite regrettent profondément ces inutiles et viles insultes à tout ce que l'Inde possède de distingué et de cultive. Quelques-uns ont le courage et l'équité de condamner Kipling sur ce point.
Il y a quelques années, le Professeur Gilbert Murray, de l'Université d'Oxford, n’a pas hésité à lui adresser des critiques ceinglantes : « Si Jamais J'étais chargé d’emprisonner des hommes pour leurs écrits, Je regretterais d’avoir à faire une telle besogne, mais je saurais du moins par où commencer. J’enverrais d’abord chercher mon vieil ami Rudyard Kiplhing, qui dans plusieurs de ses œuvres a employé son grand talent à susciter chez des centaines de mille Anglais un mépris aveugle et féroce pour les Ben salais. Beaucoup de Bengalais ont Îlu ces histoires. On ne saurait nourrir un mépris aveugle et féroce bour quelqu'un sans susciter un mépris équivalent.
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98 L'INDE ENCHAÎNÉE [1 y a dès lors peu de chances que les deux en bonne intelligence.
antagonisies vivent Kipling ne s'ennuie pas dans sa cellule, je lui enverrais un Charmant compagnon, Mr. Anstey, du Punch.
Chaque année, au prix de srands S£ crifices. des Hindous de valeur viennent ef Angleterre pour étudier dans nos universités et passer des examens afin d'obtenir des situations dans leur pays. Dans les concours, ils ne sont pas inférieurs à nos jeunes gens, bien que toutes les chances soient conîre eux. Ét constamment, ils se voient caricaturer dans nos journaux sous les traits de « Babous » srotesques, Jäches, vaniteux, stupides, menteurs, parlant un anglais incorrect et ampoule (Phindoustani de Mr. Anstey esi sans doute meilleur!}, pour la plus grande joie du public. Eh bien! cela n’est ni juste, ni convenable. Si vous vouliez insulter quelqu'un, choisissez quelqu'un de libre, et qui puisse se défendre. Si vous voulez gouverner des gens et en faire des sujets loyaux et dévoués, il faut renoncer au luxe de les bafouer. Ces brocards incessants contre les Bengalais, les plus :ntellectuels et les plus avancés des Hindous, sonnent mal Ils vont de pair avec l'hostilité irritante manifestée à l'égard du Congrès N ational Hindou, des étudiants hindous, de presque toutes les sociétés et organisations hindoues dont les buts sont respectables, COMME par exemple P CATYA Samaj » O.Hya dans ces sarcasmes ui
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(1) Secte hindouïste du Punjab.
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vilain arrière-goût de jalousie. Et s’il se glisse par malheur dans une race dominatrice une tendance à jalouser les vaincus, a les détester bien plus pour leurs qualités que pour leurs défauts, à les écarter du pouvoir non parce qu'ils en sont indignes, mais parce qu'ils en sont trop dignes, le règne de cette race est en grand danger ».
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Mais Kipling n’est pas le seul coupable en Angleterre, et rien n’est plus outrageant que le ton de la plupart des écrits, des discours, des conversations ayant trait à l’Inde. Il y règne toujours cette soi-disant supériorité, cette prétention à éduquer un peuple arriére, et un manque absolu de considération pour le fait que pendant trois mille ans l'inde s’est passé des Anglais et a compté cependant parmi les nations les plus civihsées.
Que diraient les Anglais si les Français dans toute leur littérature, leurs journaux, leurs conversations, manifestaient pour eux un tel mépris, les considéraient comme inférieurs en tout, incapables de se gouverner ? Nous avons cru parfois en Amérique découvrir de la part des Anglais une tendance de ce genre à notre égard (lorsque par exemple, Sydney Smith écrivit : « Qui ht un livre américain ? ») Nous en avons été fort offensés. Pouvons-nous être surpris que l'Inde soit lasse de servir de cible?
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