‹ L'Inde enchainéeChapitre 80 sur 227 · CR · texte numérisé non relu

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à un essaim de procureurs et d'avoués qui Jui coûtent les yeux de la tête et trahissent la justice. »

Depuis Macaulay, quelques réformes ont été faites au code pénal, mais elles n’ont gsuére changé que des détails. Un examen attentif de la loi qui régit actuellement l’Inde et de son application, nous permettra de voir si les Anglais peuvent à bon droit être fiers de leur Justice, comme certains

le prétendent, et si elle justifie leur pré-

sence aux Indes.

1. Des l’abord, nous nous heurtons à un inconvénient grave, que reconnaissent tous les Hindous et un grand nombre d’Anglais, la réunion dans les mains d’un même magistrat des fonctions de procureur et de juge. On trouve cette forme attardée et grossière dans tous les tribunaux ordinaires. Les Hindous ont toujours protesté contre un système générateur de perpétuelles injustices. Il n’a pas été modifié. Les Anglais considèrent avec horreur la fameuse « Star Chamber » de Charles [°.

En quoi consistait linfamie de ce tribunal ?

Précisément en ce fait, que les Anglais trouvent normal aux Indes, que laccusateur public et le juge étaient la même personne,

2. Les Hindous se plaignent, non sans raison, semble-t-il, de ce que les juges soient presque tous des Anglais connaissant peu ou prou la population à laquelle ils ont affaire. C’est là une source de grandes injustices. Il est vrai que le gouvernement a la sagesse de nommer quelques juges hin-

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dous. Mais ils sont trop peu. Il fat

tous les Juges appelés à juger

soient Hindous. La raison en ….

connaissent la langue, les habitu coutumes, la mentalité de rer compa triotes; le juge européen ignore tout cela, et ne saurait lapprendre complétement, D'ou leurs erreurs et leurs injustices. Maïs le gouvernement continue à attribuer la majorité des postes, et ceux de la plus srande importance, à des Anglais.

Ce n’est pas tout. On nomme souvent comme Juges des Anglais qui n’ont aucune connaissance du droit, qui ne l’ont pas étudié en Angleterre, qui ne s’y sont pas davantage initiés aux Indes et n’ont pas plus que leurs collègues l'expérience du pays. Îl ne manque cependant pas d'Hindous qualifiés, ayant étudié le droit dans les Universités de l’Inde ou même de l'A: ngleterre et dont beaucoup ont des années d’expérience comme avoués ou avocats. Mais il s’agit, avant tout, de réserver des sinécures à des Anglais.

Un autre défaut du système est qu’il coûte fort cher. Un peuple aussi pauvre aurait besoin d’un appareil judiciaire simple et peu coûteux. C’est ce qu'était l’ancien système. L'Inde est un pays agricoie; la plus grande partie de la population vit dans des villages. Chaque village possédait jadis un Panchayat ou Conseil de village composé en général de cinq notables choisis parmi les plus respectés et qui administraient toutes les affaires de la communaute. Ils constituaient une Cour de justice

toujours à portée des villageois et qui siégealt sans longueurs et sans frais, Jugeant la plupart des “litiges et délits. Le nouveau sien 1e avec son ’inextricable dédale, son armée de robbins, ses interminables procês, à ruse des milliers de gens et a donné

a la Jus tice bien plus d’entorses que l'an-

‘en, dont les Anglais ont fait si bon mar-

M ï, To :s, député à la Chambre des Communes cts dans son livre L’Eimpire en À ste : « De temps immémorial, communaut : ‘villa geoise a été l'unité de la vie ue écono mique et politique. Les affaires du village étaient administrées par le Conseil des Anciens qui réglait les différends 02 le droit coutumier.

. Dans chaque village existait une municipalité oHbiqee régulièrement et exercant l’autorité Judiciaire, civile et correctionnelle..

La A a l’autorité, la défense de l'honneur et des biens, l’ordre, la sécurité de la vie, tout dépendait de ces conseils.

Rouages silencieux et effectifs de la justice, ils s’étendaient au pays tout entier.

S’attaquer à un tel système, le paralyser, le déraciner même, voilà l’erreur qu’a dictée lorgueil de la conquête. À la place des Panhay yats on a mis un Juge étranger; au lieu du jury élu par le peuple qui jugeait les accusés, ceux-ci comparaissent devant des juges étrangers qui n’ont pas en main les éléments d’un jugement équitable. La défiance a remplacé la confiance : a des jugements populaires jamais mis én ques-

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