‹ L'Inde française au 18e siècleChapitre 6 sur 7 · I.'INDK FH.\N(;..\1SK · texte numérisé non relu

I.'INDK FH.\N(;..\1SK

mars, le capilaiiio i\o[)r avait jiris la roule do Tritrhinapaly avec deux cent qiiatrc-vingb.> l'.uropécns, trois cents Cipaycs et quatre i)ièces de canon. Le mois suivant, le capitaine Gingen ([uiltait le Tort Sainl-David avec six cents Européens, onze cents ( apayes et deux mille indigènes et se portait à la rencontre de Ghanda-Salicl) et des Français. Son intention (-tait de s'établira Volcandah, plac(> forte, (|ni commandait la route d'Arcate à Trilcliinapaly. A peic.e était il arrivé devant, celte ville que paraissaient Cliautla Saheb et les {''rançais. Le gouverneur de Volcandah voulait rester neutre; l^Vançais et Anglais essayèrent en vain de le décider à prendre parti. Pendant quinze jours, les deux armées restèrent en présence l'une de l'autre. A la fin, Gingen essaya de s'emparer de la ville par surprise. Le gouverneur appela alors les 1^'rançais, qui occupèrent la citadelle. DAuteuil mit quatorze canons en batterie, et la bal aille s'engagea. Les Anglais ne pui'ent tenir el prirent la fuile, en aI)an(Ionnanl leurs bagages et six pièces de canon. Si à ce moment, nous les avions chargés vigoureusement, leur défaite se fût changée en une déroute complète. Il n'en fut pas ainsi malheureusement, el, Gingen put s'c'chapper et regagner Trilcliinapaly.

Trilcliinapaly est situé dans une plaine, à cent lieues de la côte. La ville avait une lieue et demie de circonférence et était entourée (l'une double

muraille, flanquée de i^rosscs iours. ATintérienr, il V avait un rocher haul de cent cinqiianlo pie<ls doù l'on découvrait toute la campagne. Les assiégés pouvaient ainsi suivre tous les mouvemenls des assiégeants. A peu de distance de la place se trouve le C.oleroon, qui prend sa source dans les montagnes du Malabar. O fleuve se partage en deux bras, celui du nord, qui continue de porter le nom de ('oleroon; l'autre branche est appelée le Cavérv. Os deux rivières, après leur séparation, continuent de couler l'une à côté de l'autre, et en se réunissant, elles forment, presque sous le canon de Tritchinapaly, l'île de Séringham, où se trouve une pagode, entourée de sept enceintes. Dans la dernière enceinte, il y a un temple, qui aujourd'hui encore jouit d'une grande célé^brité et est l'objet d'une profonde vénération. L'on dit (pie Brahma y est venu prier. Au siècle dernier, les pèlerins y venaient en foule, et leurs aumônes servaient à entretenir de nombreux brahmes avec leurs familles.

Chanda-Saheb et les Français ne tardèrent pas à paraître devant Tritchinapaly. Ils traversèrent le (-oleroon, occupèrent l'île de Séringhaim, passèrent le Cavéry, et s'établirent dans la plaine, près d'un rocher, appelé encore aujourd'hui le rocher des Français. Le siège était à peine commencé, que d'Auteuil, pris d'une attaque de goutte, était obligé d'abandonner la direction des opérations et^de revenir à Pondichéry. Son suc-

cesscur lui le chcvalior Liiw, le neveu du fameux (inaii(;ier. Il avait été ehaudemeiil reeoiiimandé à Du|)leix, el ce dernier avait cru bien faire en le mettani à la tôle des troupes. Law était entèlc, présomptueux, et sous des dehors brillants, il n'avait aucune des ({ualités nécessaires jiour dirif^er un siège ou une armée. Tout d'abord, il montra cependant une certaine résolution. Ne pouvant prendre d'assaut Tritchinapalv que ses forlilications mettaient à l'abri d'un coup de main, il résolut de bloquer la place; ce plan réussit. Les assiégés furent bientôt aux abois, el tout annonçait la chute prochaine delà ville.

A Madras, on était consterné, une colonne de quatre cents hommes qu'on avait envoyée, et qui n'était parvenue cpie fort difficilement à entrer dans la ville, ne pouvait servir ([u'à prolonger la résistance. Le blocus se resserrait de plus en plus. C'est alors que parut Clive, qui, par sa volonté de fer, parvint à arrêter la fortune de la France. Il était à Tritchinapaly et vit de suite la situation. Pour lui, il ne fallait pas s'obstiner à rester dans la place, et il n'y avait qu'une chance de salut, changer le théâtre de la guerre, et frapper un grand cou[), en transportant les hostilités au cœur du bMTitoire ennemi. La capitale du Carnatic, Arcate, était dégarnie de troupes. Clive, qui le savait, proposa de s'en emparer et de faire ainsi une diversion. Son projet fut approuvé par la présidence. Le 16 aofd.

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il parlait do Madras avec deux cents l^uropéens, trois cents Gipayes, et le 21, il était en vue d'Arcate. Cette ville comptait alors plus de cent mille habitanis. Ses murailles tombaient en ruines, et sa principale défense consistait dans une citadelle entourée de fossés. La garnison, qui consistait en un millier de soldats indigènes et <|uelques artilleurs européens, fut prise de pani({ue et n'opposa aucune résistance. Clive se mit aussitôt en mesure de résister aux attaques dos Français, pensant bien qu'on ne le laisserait pas tranquille possesseur de sa con<iuèlo.

La prise d'Arcato contraria vivement Dupleix : (•(^pendant, il n'en confMit aucune appréhension. i*our lui, tout devait se (h'Miouor à Trilchinapaly. Aussi il redoublait d'activité et expédiait des renforts aux assiégeants. En mémo temps, il conjurait Law de brusquer les choses et d'en finir au plus vite. Si les" conseils do Dupleix avaient été suivis, l'expédition de Clive n'aurait eu aucun résultat, et son auteur eût été taxé d'imprudent. Malheureusement, il en fut autrement. Chanda-Sahel) voulait reprendre sa capitale, et malgré les représentations du gouverneur, il détacha de l'armée assiégeante quatre mille hommes, (ju'il confia à son fils Raja-Saheb. Le 25 septembre, cette troupe, à laquelle était venu se joindre un corps do cent cinquante Français, commandés par le chevalier de Mouhy, entrait dans Arcato. repoussait une attàciue des Anglais,

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les l'orcnii nprrs un conil);!!. nsscz vil' ;i sCDfermcr dans la citadelle el en coininençait le hlocus.

CUive se trouvait dans une situation criti({uc, il n'avait plus avec lui que cent vingt Européens et deux cents Cipayes. Les assiégeants reçurent des renforts et Turent l)ientôt dix mille. Comme ils n'avaient pas amené avec eux des canons d'un gros calibre, ils se bornaient à entretenir une mousquelerie bien nourrie, el à envoyer (luebjues boidets. Le 21 octobre, deux pièces de dix-huil ai-i'ivaient de rondiehéry. On se mil à baltre la l'orleresse, el au bout de six jours une brèche était ouverte. Sur ces entrel'ailes, on apprit qu'un corps de cent p]uroj)éens et de deux cents Ci payes, envoyé |)ar la pr(''sidence de Madras, se <lirigeait sur Arcate à marches forcées. Raja- Saheb courut à sa rencontre avec deux mille hommes, el le T) novembre, il le rencontrait à Tripatore et lui infligeait une défaite complète. Ce succès le décida à donner l'assaut à la citadelle, et l'attaque eut lieu dans la nuit du 25 novembre. l\ralheureusemenl pour nous , Clive, (\\n avait été prévenu par un déserteur, avait placé ses canons sur la brèche et mis la garnison sous les armes. Les assaillants, di\isés en plusieiu's colonnes, mal conduits, s'avancèrent en désordre, ils reculèrent devant le feu ennemi, ils cessaient le combat, ils avaient eu quatre cents lues et blessés. Raja-Saheb se décida à Ijaltre en retraite et (juitla Arcale. ("llive, qui venait de

Sus CHAPITRE X.

recevoir des renforts, se mil à sa poursuite, et quoique son armée fùl bien inférieure en nombre, il remporta une victoire complète. Cette journée nous coûtait cimpiante Européens, cent cinquante Cipayes, quatre cents indigènes et quatre pièces de canon.

L'échec de Raja-Saheb n'avait rien changé aux résolutions de Dupleix. La reddition de Tritchinapaly était le but qu'il poursuivait, et aussi ne cessait-il de pousser Law à agir, et en même temps il lui envoyait renforts sur renforts. Notre armée était arrivée à compter neuf cents Européens, deux mille Cipayes et cinquante canons de gros calibre. En outre, les troupes de Chanda- Saheb comprenaient (juinze mille cavaliers et vingt mille fantassins. Tout autre général eût profité des circonstances, et les affaires n'auraient pas traîné en longueur. Malheusement Law s'entêtait à vouloir prendre la ville par le blocus et perdait ainsi un temps précieux. C'est en vain que Dupleix lui écrivait lettre sur lettre, pour l'engager à livrer un assaut qui aurait certainement fait tomber la place en notre pouvoir, il ne voulait rien écouter, et son aveuglement devait tout perdre.

De retour au fort Sainl-David, Clive ne s'était pas endormi. Il avait su exploiter les haines du sultan de Mysore contre Chanda-Saheb, et l'avait amené à se déclarer contre nous, ainsi que le rajah de Tandjaour. Le sultan de Mysore devait

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(Mivoycr, au sccoufs des assiégés, vingl, mille lioniiuçs, dont six mille cavaliers mahraties à sa solde. Les Mahraties entrèrent les premiers en campagne, et s'en vinrent par petites Ironpes harceler les assiégeants. Le gros de l'armée mysorienne parnt bienlùt et arriva sous les murs de Tritchinapaly. Peu a[)rès, elle était rejointe par le contingent du rajah de Tandjaour, (jui comptait cin({ mille hommes. Méhémet-Ali se trouvait avoir à sa disposition vingt mille fantassins et vingt mille cavaliers. A partir de ce moment, nous avions j)erdu la supériorité numérique.

La conduite de Law était inexplicable. Il avait eu connaissance de la marche des Mysoriens. Au lieu de se porter à leur rencontre, il les avait laissés opérer leur jonction avec la garnison de Tritchinapaly et était resté immobile. Dupleix résolut alors de faire une diversion, en transportant la guerre sur un autre théâtre. Raja-Saheb, aucjuel fut adjoint le capitaine Verry, pour le conseiller, s'en alla ravager les campagnes de Madras avec quatre cents Européens, deux mille Gipayes et trois mille indigènes. Les débuts de cette campagne furent encore favorables. Nous avions repris la pagode de Conjeveyram dont les Anglais s'étaient emparés, el nous étions en route pour siir[»rendre Arcate, ({uand nous fûmes surpris par Clive à Convebanck, et nos troupes, en se voyant tournées, prirent la fuite, en lais-

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sanl aux mains de renncmi trois cent soixanle prisonniers, neul" canons et neuf obusiers. Cette défaite pouvait avoir pour nous des effets désastreux et il était à craindre qu'elle n'ébranlât la tidélité de nos alliés.

Sur ces entrelaites, l'on apprit que Lawrence, de retour d'Angleterre, et (-Hve se disjiosaient à prendre la route de Tritchinapaly avec quatre cents Européens, onze cents Cipayes et huit pièces de canon. Dupleix ne regardait pas néanmoins la situation comme compromise. Il avait instruit Law du mouvement des Anglais, et pour lui rien n'était perdu, si on voulait l'écouter il fallait à tout prix empêcher la jonction de Lawrence et de Clive avec larméede Méhémet-Ali. Law devail laisser devant la place un corps d'observation et se porter à la rencontre de l'ennemi avec la plus grande partie de ses forces. 11 pouvait choisir sa position. La route que suivaient les Anglais avait cinquante lieues de long, et elle était coupée par huit rivières. Law n'avait qu'à les attendre au passage de Tune d'elles, et il les aurait facilement écrasés. Au lieu de se porter à la renconti-e de Lawrence et de Clive, Law se borna, dans la crainte d'alVaiblir son armée, à envoyer un détachement de deux cents Européens et quatre cents indigènes. Ce petit corps s'en alla occuper une Ijonne position, le fort de Coiladdy; mais il était insuffisant pour arrêter l'armée anglaise, et son feu neut pour résultat que de lui tuer quel-

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(jiios hommes. Lnwrciicc cl (-livc piirciil [)as.scr, cl l)ionlôl ils nclaicnl i)lus (lu'à (iiialre lieues de Trilchinapalv.

Jus([u'alors Law avait gardé rimmol)ililé la pins complète. A la nouvelle que les Anglais avaient dépassé ( -oiladdy, il rangea son armée en bataille, il occupait solidement le rocher des Français et le pic (rElmiseram. La route la plus directe passait entre les deux montagnes. Law pensait que les Anglais la prendraient })our entrer dans la ville et qu'il serîiit à môme de les cerner. Lawrence se garda bien d'attaquer de iront les Français. Il contourna le pic d'Elmiseram, en suivant la direction d'un rocher appelé le Pain-de-Sucre, el ne tarda pas à être rejoint par deux cenls hommes que la garnison de Tritchinapaly avait envoyés à sa renconlre. Law se décida alors à attaquer; mais il n'était plus temps. Les Anglais étaient protégés par le l'eu de la place. Nos troupes, fatiguées par celle longue attente, manquaient de vigueur. Law lui-même était découragé, et c'est en vain <[u'il racheta son incapacité militaire par une Inavoure incontestable; il fut blessé en combattant. Au bout de quelques heures, les Franciais cessèrent le l'eu. La journée était |)erdue[)Our nous, et la jonction tant redoutée de l)u[)leix avait eu lieu. Lawrence et Clive entrèrent dans Tritchinapaly.

Inutile de dépeindre rexaspération de Dupleix, quand il eut connaissance des événements. Par

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suite de l'enlètemenL de Law, notre situation était compromise. Dupleix, qui croyait terminer la guerre en frappant un grand coup, voyait tout ce qu'il avait espéré s'évanouir comme un rêve. Sur ces entrefaites, il reçut une dépêche qui le remplit de stupeur. Law lui annonçait que son intention était de se retirer dans lile de Seringham. C'était un acte de folie, et souscrire d'avance à une capitulation. Dupleix s'empressa de lui éc l'ire dans ce sens, il lui défendait d'une manière absolue la retraite dans l'île de Seringham, et lui donnait l'ordre de revenir à Pondichéry. Pour lui faciliter le retour, il lui envoyait cent vingt Européens, cinq cents Cipayes avec quatre- pièces de canon. D'Auteuil, quoique malade, fut chargé de conduire ce détachement, et sitôt sa jonction avec Law, il devait prendre le commandement général de l'armée.

Devant Tritchinapaly, nos lignes de défense étaient redoutables; Law les évacua. Une reconnaissance faite par le capitaine Dalton avec (juatre cents hommes, l'avait troublé: au lieu dexterminer ce détachement, ce ({ui lui était facile, il s'imagina qu'il n'était plus en sûreté dans son camp, et il ordonna à ses troupes de se retirer dans l'île de Seringham. Les craintes chimériques de Law se communiquèrent à ses soldats, qui passèrent en désordre le Cavéry. Tous se figuraient trouver un refuge assuré dans l'île de Seringham. Chanda-Saheb avait appris

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avec colère le |»r()j(>l, (jiii devail iioii:? èii'c faltil. C/est on vain qii(> lui et les principaux olficiers (le l'ai-méc représenlaienl au j^énéral français (|u'il se li\iail (Favance à l'ennemi cl (pie la capilulalion (levcnail en ([uchpuî s(jrle inévilal)le Ions (IcniandaienI à c<jnil)aLlre cL voulaient qu'on eni^ai^eàt la bataille. Cluuula-Saheb s'olîrait à marcher le premier avec ses troupes. Law. ne voulait rien enten(Jre. Il répondit brutalement à (Ihanda- Saliel) qu'il était libre ùc se retirer, mais que son parti était pris, et (pi'il allait sans retard donner l'ordre de la retraite sur Seringiiam. Chanda- Salieb aurait pu prendre avec son armée la route de Pondichéry. Mais il pensa (|u'il ne [)Ouvait abandonner les Français, ses alliés, et que la reconnaissance lui faisait un devoir de rester avec eux. La retraite s'opéra avec la plus grande confusion ; l)eaucoup de provisions furent brûlées, et Ion abantlonna une parti(î des l)agag"es. Le transl)ort des canons se lit avec difticulté. Entin après beaucou|) de fatigues, l'armée aborda dans l'île de Seringham.

Lawrence et Clive, qui étaient an courant de la situation, voulaient en finir. Lawrence resta en observation devant Seringham avec la plus grande partie de l'armée anglaise. C-live se porta à la l'cricontre de d'Auleuil avec cinq cent cinquante l]uropéens, mille ( '.ipayes, quinze cents Tandjaouriens, trois mille Maliratles et huit pièces de canon. Il lit son mouvement sans être inquiété

par Law, el le lô avril, il arrivait au village de Samiaveram, situé sur la route de Pondichéry, à (juatre lieuesde Seringham. De son côté, d'Auteuil, •jui était en marche depuis le 10 avril, avait atteint le 25, Utatoui". à six lieues de Samiaveram. Là. il apprit la triste situation de l'armée française, et que Clive était devant lui. à la tête de forces supérieures aux siennes. 11 résolut, néanmoins, de rester à Utalour et d y attendre les événements. Sur ces entrefaites, Law avait été prévenu de la marche de d'Auteuil. Au lieu de venir le rejoindre avec toute son armée, et il le pouvait sans crainte d'être inquiété par la garnison de Tritchinapaly : il se contenta d'envoyer à sa rencontre (piatre-vingts Européens et sept cents ("ipayes. dette petite troupe était incapable d'arrêter Clive, i'^lle vint néanmoins lattaquer pendant la nuit, et put même un moment pénétrer dans son camp. La lutte fut acharnée; la plupart de nos soldats se firent tuer, et dans le combat, Clive avait reçu deux blessures.

Sans perdre un instant, Clive coupa la route de Pondichéry à l'armée de Law, en faisant occuper le fort de Coiladdy, et il se porta à la rencontre du corps de d'Auteuil. Arrivé devant Utatour, il déploya son infanterie, de manière à faire supposer qu'il était à la tête de forces considérables. D'Auteuil crut qu'il avait, alïaire à l'armée anglaise, et après avoir défendu Utatour pendant quelques hcure;^, il profitait de la nuit pour se rc-

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plier sur Volcandali. Clive l'y suivit, et après un combat assez vif, il parvenait à pénétrer dans la ville. D'Auteuil voulait se retirer dans la citadelle de la place, mais le gouverneur de Volcandah, ([ue les Ani^lais avaient acheté, menaça de tirer sur lui. Nous étions pris entre deux feux. D'Auteuil arbora le drapeau blanc et consentit à capituler. Sa petite armée comprenait cent Européens, (juatre cents cipayes et trois cent quarante cavaliers indigènes. Les officiers sengageaient à ne pas porter les armes pendant un an contre Méhémet-iVli; les soldats européens restaient prisonniers; les cipayes et les indigènes étaient mis en liberté. Cette capitulation enlevait à Law son dernier espoir, et un sort semblable l'attendait.

Pendant que Clive détruisait la colonne de secours que Pondichéry avait envoyée à Law, Lawrence, qui était resté devant Seringham, avait occupé la rive nord du Coleroon, il y transportait son artillerie et commen(;ait à battre le camp français. L'effet de son feu fut terrible. Les boulets ennemis jetaient dans nos rangs une confusion incroyable. Dans l'Inde, les armées ne manquent jamais d'être encombrées de femmes, d'enfants, de marchands et de coulis. La panique se répand; l'on défait les tentes. Les éléphants, les chameaux, les bœufs et les chevaux mettent le désordre au milieu de cette multitude affolée, qui pousse des cris de terreur. La plupart des chefs indigènes, qui suivaient Chanda-Saheb, l'abandonnèrent, et,

à la suile de ces délections, il n'eut plus avec lui que deux mille cavaliers, trois mille fantassins et mille Radjepoules. Sur ces entrefaites, Law apprenait la capitulation d'Auteuil; ilcomprit la g-ravilc de sa situation, daulanl plus que les vivres commençaient à devenir rares. Plus irrésolu que jamais, il ne pouvait se décider à prendre un parti énersj;iquc, et c'est en vain que ('handa-Saheb insistait près de lui pour le décider à percer les lignes anglaises, et à s'ouvrir les armes à la main la route de Pondichéry. Pensant ({u'il fallait à tout prix sauver la vie de notre allié Clianda-Saheb, Law lui proposa de s'échapper, en achetant les services d'un chef indigène de l'armée ennemie. Des pourparlers eurent lieu avec Monackyee, le commandant des troupes de Tandjaoui*. Ce dernier s'engagea à conduire (Ihanda-Saheb à noire établissement de Karikal.

Sur ces entrefaites, les Anglais sommèrent Law de se rendre à discrétion. Monackyee avertit aussitôt Ghanda-Saheb que le moment était venu et (jue le moindre retard pouvait tout perdre. Chanda-Saheb se rendit auprès de Monackyee; mais au lieu de l'escorte promise, il trouva une troupe de soldats qui se saisirent de lui et le chargèrent de chaînes. ]\Iéhémet-Ali, les chefs Mysoriens et Mahrattes entrèrent aussitôt en délibération au sujet de leur prisonnier. Chacun d'eux le réclamant, la discussion dégénéra en querelle. EfïVayé de la collision qui était sur le point d'éclater, jMo-

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nackyee ne lioiiva pas daiilio inox on de la prévenir que de nieLIre à niorl. son prisonnier. Auparavanl, il alla demander avis à Lawreiice, qui répondit qu'il ne voulait pas se mêler de cette alïaire. Monackyee résolut alors de faire périr sans retard Chanda-Saheb. Un Afghan, qu'il avait char- <j;iu[c l'exécution, pénétra dans la prison du prince. Celui-ci, accablé de fatigue, reposail sur la terre nue. A la vue de l'afghan, il se douta du sort qui l'aliendait et demanda à parler à Monackyee. Pour loule réponse, l'Afghan lui enfonça son poignard dans le cœur. Monackyee, lui ayant fait couper la tète, s'empressa de la présenter sur un plateau à Méhémet-Ali. Ainsi finit le malheureux Chanda-Saheb dont le nom est inséparable de celui de Dupleix. f'endant vingt ans, il fut pour nous un fidèle allié, et c'élait l'un des hommes les plus remarquables de l'Inde à cette époque. Il était digne d'un meilleur sort.

Ouand Law eut appris que Chanda-Saheb était prisonnier, il pensa à capituler, d'autant plus que Lawrence lui avait renouvelé sa sommation, en lui accordant un délai de vingt-quatre heures. La cai)itulation fut signée le la juin I7r)'2. Nous abandonnions aux Anglais l'île de Seringham avec l'artillerie, les munitions el les bagages qui s'y trouvaient. Les officiers s'engageaient à ne plus combattre conire Méhémet-Ali et ses alliés. Les sous-officiers et soldats étaient prisonniers de guerre. Trente-cinq officiers, sept cent quatre-

ving:t-cinq soldats européens et deux mille cvpaves mirent bas les armes et se rendirent avec cinquantequaire pièces de canon. Afnsi se termina cette expédition qui, commencée sous les plus heureux auspices, aboutissait à un désastre. La défaite que nous venions de subir était de nature à compromettre notre situation dans Plnde. A Paris reffet produit par cette nou-velle fut déplorable' Dupleix était coupable, et l'on condamnait ctte politique d'aventures, qui attachait tant d^importance aux pays au.v épiées. A Pondicliéry, l'efîet fut tout autre. Personne ne s'en prenait à Dupleix La^y fut accusé de trahison, et l'on disait qu'il avait été corrompu par l'or anglais. Il fut mis en état d'arrestation, et une instruction fut commencée. Mais l'atTaire n'eut pas de suite, aucun fait ne pouvant être articulé contrelui. Law revint en France; il devait bientôl retourner dans l'Inde pour y prendre de nouveau part à la guerre <p,e nous soutenions contre les Anglais.

Jamais Dupleix ne s'était trouvé dans une situalion aussi critique. Il navait plus d'armée, son meilleur gépéral, de Bussy, était dans le Deccanles indigènes s'éloignaient de lui, et il avait affaire a une coabtion redoutable, il était seul conire tous. Il ne se laissa pas abattre et, dans la lutte qu'il soutint, montra toute l'étendue de son génie. Pour le moment, il n'y avait rien (pi'à o-agi^or du temps et attendre que la coalition vînt*^ à se dissoudre. C'est ce qui arriva. Dès le lendemain de

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la capitulation do Law, la division s'était mise parmi los alliés. Lawrence voulail remettre Trilchinapaly à Méhémet-Ali. Mais ce dernier, dans le hnl d'avoir l'appui du sultan de Mysore, s'était engagé à lui céder cette ville. Les î\Iysoriens réclamaienl l'exécution de cette promesse, et ils (''taient soutenus dans leurs revendications par les Mahrattes qui, de leur côlé, espéraient mettre la main sur cette place tôt ou tard. Or, Lawrence ne voulait à aucun prix que Tritchinapaly appartînt aux Mahrattes. Des discussions eurent lieu, et les relations entre les alliés étaient si dilTiciles (jue l'on craignait à chaque instant les voir dégénérer eu conflit. Ce lut seulement le 1) juillet que les Anglais purent quitter la place en y laissant une garnison de deux cents Euro|)éenset de quinze cents cipayes pour tenir eu respect les Mysoriens et les Mahrattes. La coalition était sur le point de se dissoudre.

C'était tout ce que demandait Dupleix. En ce moment, quelques renforts lui étaient arrivés de France, et quoique les recrues, qu'on lui envoyait, fussent, comme il le disait dans ses lettres, la plus vile racaille, il avait su en tirer parti. i]n y adjoignant les équipages de deux navires de la Compagnie, qui se rendaient en Chine, il avait réuni une troupe de TjOO Européens, prêts à entrer en campagne. Les Anglais ne bougèrent pas durant le mois de juillet; Lawrence était malade et Clive était retourné au fort Saint-David

pour se guérir de ses blessuros. Les opérations iu.ent néanmoins bientôt reprises. La présidence de Madras avait décidé de s'emparer de (Jingi. Le major Kenneer, qui venait d'arriver d'Europe reçut le commandement de l'expédition : il avait sous ses ordres m i:uropéens, 1500 cipaves et 000 cavaliers indigènes. La possession de Gingi olait pour nous d'une grande importance, et si Jes Anglais parvenaient à nous enlever cette place, c'en était fait de notre puissance dans le r-arnatic. Dupleix le savait : aussi le comman.lanl <le la forteresse avait-il reçu l'ordre de se défendre .jnsqu'à la <lernière extrémité. De Kerjean alla, sur la route de (iingi, occuper un défilé par où' les Anglais devaient passer afln de les prendre par derrière et de leur couper la retraite. Le succès pour nous était certain. Nous pouvions choisir notre champ de bataille, et le terrain se prèta-.t merveilleusement à la résistance. Tous les avantages étaient de noire côté.

Le 0 août, le major Kenneer arrivait devant Oingi et sommait la place de se rendre. Il recul un refus formel, il se demandait ce qu'il allait faire, .juand il apprit que les Français lui avai,-ut coupé ses communications, il résolut de s'ouvrir un passage et marcha à notre rencontre. Les Anglais firent une vigoureuse attaque. De Kerjean avait choisi sa position et caché son artillerie derrière une muraille. Il ordonna à une partie de ses troupes de simuler une retraite, et au moment

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où reniiemi s'avan(;ail, nos canoiiiiicrs déniasquèrenl leurs pièces et, ouvr'irenl un l'eu terrible. Le désordi'e se mil dans l'armée an^i^laise, et au bout de quelques iieui-es, (^lle quittait le champ de bataille. Elle était vaincue et avait eu 40 morts, sans compter les blessés, parmi les(|uels se trouvait le major Kenncer. (le succès taisait en partie oublier la capitulation de Law. A la nouvelle de notre victoire, les Mysoriens et le chef des Mahrattes, Morari-Rao n'hésitèrent plus à se déclarer pour nous. Dupleix, qui n'avait pas cessé de négocier avec eux, promettait de les mettre en possession de Ti'itchinapaly, et pour faciliter l'exécution de leurs [)rojets, il l'ut convenu que nous occuperions le gros de l'armée anglaise. Des renforts furent envoyés à <le Kerjean, (pii l)ientol eut sous ses ordres 400 Européens, làOO eipayes et t){)d cavaliers indigènes. Il reprit l'ofTensive et s'en vint mettre le blocus devant le fort Saint-David.

A cette nouvelle, Lawrence (piitta Madras et vint pr(ni<lre le commandement de l'armée anglaise. Fort de sa supérioi'ilé numérique, Lawrence voulait (mgager une action générale. De Kerjean qui désirait au contraire l'éviter, se hâta de battre en retraite et de se retirer à Villenour, à 7) milles (h^ l 'ondichéry. Les Anglais ne pouvaient pénétrer sur notre territoire. La France et rAugleterre étant en paix, les hostilités étaient interdites sur leurs possessions, et

leurs armées ne pouvaient se rencontrer que sur les territoires des princes qui les avaient à leur solde. Or, Lawrence voulait amener de Kerjean à accepter la bataille. Dans ce l>ut. il usa de ruse, et se retira précipitamment comme s'il reculait devant les Français. De Kerjean se laissa prendre à ce stratagème; il le suivit, contrairement aux ordres de Dupleix, et le 6 septembre, une bataille s'engageait près de Bahour. Notre défaite fut complète. Des deux côtés, les pertes étaient à peu près égales, une centaine d'Européens tués ou blessés. De Kerjean, lo de ses officiers et 100 de ses soldats avaient été faits prisonniers.

(^ette défaite pouvait avoir de funestes conséquences, et il était à craindre qu'elle ne détruisit les effets produits par la victoire que nous avions remportée sous les murs de Gingi. A ce moment, Dupleix venait de recevoir une ambassade du Grand Mogol, qui lui confirmait toutes les diguilés dont Mursapha-Sing l'avait investi. Il avait réussi à détacher les Myf^oriens et les Mahraltes de l'alliance anglaise; la nouvelle de notre défaite les rendit hésitants. Dupleix sut prévenir leur défection, et parvint à leur persuader quil était de leur intérêt de le soutenir dans sa lutte contre l'Angleterre. Au bout de six semaines, les INIysoriens et les Mahrattes se déclaraient ouvertement pour nous et un traité d'alliance était signé avec eux. C'était un fait unique dans Thistoire de l^Asie. Les Orientaux

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sont toujours disposés à, se ranger du côté de la force, et pour eux, le vainqueur est toujours prédestiné. Par sa politique, Dupleix avail trouvé des alliés, le lendemain d'une défaite.

Après leur victoire, les Anglais se montrèrent hésitants et se bornèrent à s'emparer de deux places du Carnatic, Cavelong et Chinglopelt où nous avions de petites garnisons indigènes. Sur ces entrefaites, Clive était tombé malade et avait été obligé de partir pour l'Europe. Nous étions délivrés d'un ennemi redoutable. En outre, la saison des pluies avail forcé l'armée anglaise à rentrer au fort Saint-David, pour y passer l'hiver. Dupleix profita du répit que lui laissaient les événements. Il nommait nabab du Carnatic, à la place du lîls de Chanda-Sahel), Raja-Saheb dont l'incapacité était notoire, un gendre de Daoust- Ali-Khan, Morliz-Ali, et le chargeait de lever des troupes. En même temps, il pensait toujours à Tritchinapaly et ne désespérait pas de s'en emparer.

Les Mysoriens et les Mahrattes n'avaient pas quitté Ico environs de Tritchinapaly : ils ne cachaient plus leurs intentions, ils voulaient pi'endre la place par la famine et forcer sa garnison à capituler. Dans ce but, ils occupaient la campagne et enlevaient tous les approvisionnements qu'on apportait dans la ville. Le gouverneur Dalton résolut d'empêcher le blocus. Le 2."» décembre il faisait 'inc sortie et refoulait l'ennemi

daii'^ l'île de Sevingham. J)eiix jours après, il tentait une attaque de nuit; tout d'abord, les Anglais rurent l'avantage, ils se croyaient assurés du succès, lorsque les (Upaye? furent chargés par la cavalerie Mahratte, et lâchèrent pied en entraînant avec eux le reste de l'armée. Dallon ne put rallier ses Iroupes, et fut obligé de rentrer dans rrilchinapaly, avec une perte, l.int tués que blessés de soixante-dix Européens et de trois cents (apayes. Les Mysoriens et les Mahrattes avaient le champ libre. Ils recommencèrent leur tactique habituelle, qui consistait à éviter une bataille en rase campagne et à parcourir le pays par petites troupes, pour en enlever les provisions et affamer Trilchinapaly. La garnison anglaise commeni^a à redouter la famine, et Dallon qui voyait le danger de la situation, demanda des secours à Lawrence.

De son côté, Dupleix ne demeurait pas inactif. Au mois de janvier 175,"), le capitaine Maissin était allé, sur son ordre, avec cinq cents Français et quatre mille Mahrattes, commandés par Morari- Rao, prench'c position sur les bords de la rivière Pouniar, à trois lieues du iorl Saint-David, en vue de Trivady où Lawrence s'était fortement retranché, avec sept cents Européens, deux mille (^ipayes et quinze cents cavaliers. Résolu à éviter à tout prix un engagement sérieux, Maissin se bornait à harceler l'ennemi, à attaquer ses convois, à ra[)lMrer ses fourrageurs et à rendre ses

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communicalions Irès diriicilcs avec, le l'orl Saint- David, (l'csl en vain ([ue Lawrence cliercliail à nous allinM' dans nnconibal. Dès ([uil paraissait, nous nous relirions derrière des relraindienients (}uc nous avions icndiis inexput^nablcs. Les Anglais élaient constanimenl tenns en haleine, et les Mahrattes, qui ainuiient fort ce genre de guerre, ne mettaient plus de bornes à leur audace. Ils venaient ravager le pays sous les yeux des garnisons anglaises, échangeaient des coups de fusil avec elles et les rédnisaient à l'impuissance. Ils arrivèreni même à s'emparer pai* surprise de deux forteresses, de Chillambram et de Banageny. Fatigué de écrite guerre d'escarmouches, Lawrence qui voyait son effectif diminuer peu à peu, et sans résultats, pensa devoir transporter les opérations sur un autre théâtre, et, laissant cent cinquante Européens et cinq cents Gipayes à la garde de Trivady, prit avec le reste de ses troupes la route de Tritchinapaly. Le commandement avait été confié à Astruc, un jeune officier qui donnait les })lus brillantes espérances. Après une marche rapide, ce détachement arrivait à Seringham où il opérait sa jonction avec les Mysoricns. Lawrence avait résolu de livrer une bataille ou tout au moins de bombarder Seringham.

Le 10 mai, il sorlaii de la ville avec la plus grande partie de la garnison, passait le Cavéry, et marchai! sur la pagode de Seringham, sans se

laisser arrêter par plusieurs charges de la cavalerie mahralte. Le feu de son artillerie joint à celui de la place, mit le désordre dans l'armée mysorienne. A ce moment, Astruc s'avança avec ses troupes, et quatre pièces de canon qu'il avait établies sur une hauteur ouvrirent un feu très vif. Les Anglais répondirent, et de part et d'autre, ce fut un combat d'artillerie. Sur ces entrefaites, nos Cipayes, après une raousqueterie des mieux nourries, forçaient laile gauche de l'armée anglaise à reculer et s'emparaient de ses retranchements. La canonnade continua jusqu'au soir. Lawrence, qui voyait ses troupes harassées de fatigue, se décida enfin à battre en retraite sur Tritchinapaly en renonçant à s'emparer de Seringham.

Lawrence se prépara à soutenir un siège ; il lui était difficile de réunir des approvisionnements en présence de la cavalerie mahratte, qui tenait la campagne. Ainsi, la garnison de Tritchinapaly dut s'abstenir de tout acte d'iiostilité, pendant les cin(| semaines, qui suivirent son échec devant Seringham. Ce temps fut bien employé par Dupleix. D'après ses ordres, Maissin s'emparait de Trivady, et le nouveau nabab du Carnatic, Mortiz Ali, qui était à la tête de cinq mille hommes, battait les environs d'Arcate, et menaçait sans cesse cette ville. Des secours étaient envoyés à l'armée, qui assiégeait Tritchinapaly. Son effectif ne tarda pas à s'élever à près de l'iOOO

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hommes doiiL qualrc cent cinquanlc Européens, deux mille cinq cents Cipayes, huit mille cavaliers mysoriens, trois mille cinq cents Mahraltes et quinze mille fanlassins indigènes, pour la plupart armés d'arquebuses et de flèches. De son côté, Lawrence avait cin({ cents Européens, deux mille Cipayes et les troupes de Méhémel-Ali.

Astruc, qui se voyait à la tète de forces considérables, résolut d'agir vigoureusement. Il quitta Seringham et alla s'établir au bois du Derviche, à trois milles au sud de 'iVitchinapaly. Sa position était bien choisie; il la rendit en quelque sorte inexpugnable en s'emparant des hauleiu's appelées les Cin({ rochers, qui étaient situées à un mille du camp ennemi, et le dominaient complètement. Nous possédions les abords de la place, il ne restait plus aux Anglais qu'une seule position, en dehors de la ville, le Rocher d'or, situé à deux milles de dislance, et que Lawrence avait fait occuper par deux cents Cipayes. Asiruc résolu! de la leur enlever. Le 'JG juin, il s'avançait de grand malin avec ses troupes blanches, un gros de Cipayes, et ordonnait à toute l'armée de s'apprêter à le soutenir. Nos soldats escaladèrent le Rocher d'or et s'en emparèrent après une lutte des plus vives.

Lawrence, qui avait aperçu notre mouvemenl, s'était hàlé de venir au secours du Rocher d'Or avec ses troupes européennes et cinq cents Cipayes. Mais, les iVnglais n'avaienl [)as encore

parcouru la moilié de la dislauce, que la position était à nous, et que noire drapeau y lloltail. Lawrence se demanda un instant ce quil devail taire. Voyant que battre en retraite, c'était s'exposer à être anéanti par la cavalerie mahratte, il continua d'avancer, après avoir partagé sa troupe en deux divisions. L'une, composée de ses meilleurs soldats, devait tenter l'escalade du Rocher d'or, tandis qu il se chargeait avec l'autre de livrer bataille. Astruc pensait que Lawrence voulait avoir un engagement général.

Nos troupes marchaient à l'ennemi avec confiance, ({uand une violente lusillade les prit j)ar le flanc droit, el vint briser leurs lignes. Les Anglais s'étaient emparés du Rocher dOr. En se voyant tournés, les Français lâchèi'ent pied, et leur retraite devint une véritable déioute. îsous allâmes nous reformer derrière les Mysoriens, }>endant (|ue la cavalerie mahratte nous couvrait par plusieurs charges successives. Le petit corps anglais rentra dans Tritchinapaly. Sans perdre un instant, Lawrence se hâta de gagner avec un détachement le Tandjaour, pour y ramasser des vivres et y recevoir les renforts qu'on devait lui expédier de Madras.

Après leur délaile, les Français s'étaient retirés dans le bois (hi Derviche, et ils avaient repris le système du jjlocus (ju'ils avaient déjà employé. La place lut bientôt réduite à toute extrémité, et la garnison, ([ui ne comptait que tiOO Européens,

()00 Cipavos, cl un millior d'indii-cnps, no pouvoil sono-or à fairo uno sorlio. C'olail lo moment i\e livrer l'assaul. Malheureusoment, Astruc s'élail démis do son commandement après son échec, ol son successeur, Bonnier manquait de décision. L'on apprit bientôt que Lawrence n'était pas loin. Au lieu de se porter à sa rencontre avec la plus grande partie de ses troupes, Brennier préféra l'attendre et lui livrer bataille sous les murs de Tritchinapaly, bien persuadé qu'il emporterait la victoire. II. renouvelait ainsi la faute de Law, et son incapacité devait nous être fatale.

Lawrence avait reçu du fort Saint-David les renforts qu'il attendait. Son armée comptait 200 Européens, et oOOO Cipayes. De plus, il amenait avec lui plusieurs milliers de bœufs, pour ravitailler la place. Le 9 août, il était en vue de Tritchinapaly. Brennier s'était préparé à livrer bataille, il avait repris le Rocher d'Or. Son armée formait une ligne, qui s'étendait depuis Weycondah, au sud-ouest de la ville, jusqu'au Rocher des Français, au nord-est, en passant par le Rocher d'Or et le Pain de Sucre. Ces deux dernières positions étaient défendues par de l'infanterie et de l'artillerie. Notre cavalerie s'était massée dans l'espace, qui les séparait l'une de l'autre-. Nos troupes irrégulières, formaient un rideau, qui s'étendait jusqu'au bord do Cavéry. Nos positions étaient redoutables. Lawrence vit do suite qu'il ne fallait pas songer à forcer le

passage entre le Rocher d'Or el le Pain de Sucre; il résolut de tourner le Rocher d'Or el de s'en emparer, s'il le pouvait. Dans ce but, il masqua ses projets en continuant sa marche, comme s'il avait lintention daltaquer de front le Pain de Sucre. Brennier se laissa prendre à ce stratagème, et rappela la plus grande partie des soldats, qui occupaient le Rocher d'Or. Lorsque Lawrence vil que cette position était dégarnie, il donna l'ordre à ses grenadiers et 800 Cipayes de l'enlever coûte que coûte. Brennier s'aperçut de son erreur; mais il était trop tard, il envoya 1000 cavaliers mahrattes et oOO Européens au secours du Rocher d'Or. La cavalerie partit au galop ; mais elle l'ut arrêtée par les feux de l'infanterie anglaise, et obligée de battre en retraite, en voyant que la garnison de Trilchinapaly allait faire une sortie. Ouant au détachement français, il s'arrêta sitôt que l'ennemi se fut rendu maître • lu Rocher d'Or, el essaya de l'en déloger, en le canonnant avec quatre pièces de campagne.

Pendant ce temps-là, Brennier s'ébranlait avec son armée qu'il avait concentrée au Pain de Sucre au lieu de se porter au secours du détachement que Lawrence attaquait, il lit halte, se montrant plus irrésolu que jamais. Cette hésitation n'échappa pas à LawrenCe qui eut l'idée d'anéantir la petite troupe qu'il avait devant lui avant qu'on vînt à son secours; il forma ses hommes en colonnes d'attaque, se mit à leur tête,

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les conduisil au pas de charge, et sans se laisser arreler'par le Icii des Français, il les aborda à l'arme blanche. Pendant ce lemps-là, la garnison de Trilchinapaly venait les prendre par derrière. En se voyant tournés et abandonnés par le reste de l'armée dont l'immobilité était incompréhensible, nos soldats ne purent lenir et se retirèrent en désordre. Ace moment, P)rennier s'avança; mais ses troupes, démoralisées par la vue des fuyards, reculaient devant hi canonnade et la mousqueterie de l'ennemi. Aussi, il l'ut obligé de balti'e en retraite, et à la nuit tombante, il évacuait les cinq rochers que Lawrence s'empressait d'occuper. Quelques jours après, ce dernier taisait un mouvement et s'avançait comme s'il avait eu l'intention de nous attaiiuer. Brennier effrayé, abandonna toutes ses positions, sans tirer un seul coup de fusil, pour aller se réfugier à Moatachélinoor, sur les bords du Cavéry. La retraite s'opéra avec désordre, et tout le bénéfice des opérations précédentes fut perdu, grâce à l'incapacité de Brennier, qui se laissa tromper par une ruse des plus grossières.

Brennier venait d'arriver sur les bords du (lavéry, quand, à sa grande surprise, il fut rejoint par des renforts considérables ({ue commandai! Astruc, et qui comprenaient 400 Européens, :2000 Cipayes et .1000 Mahrattes. Quelques jours après, Morari-Rao et Mortiz-Ali arrivaient avec 450 Européens, GOOO cavaliers et 5000 fantas-

sins. Dupleix avait dirigé sur Tritchinapaly tonlos les forces dont il pouvait disposer. Mallieureusement, il manquait un général pour mener à bien les officiers. Brennier était incapable, et Astruc, qui avait pris le commandement, était devenu, depuis sa défaite, timide à l'excès. Il alla s'établir au sud de Tritchinapaly. et fit réoccuper les cinq rochers, le Rocher d'Or et le Pain de Sucre, avec intention de revenir au système de IjIocus. qui avait déjà mis les Anglais flans une situation t: ri tique.

Lawrence se hàla de demander des renforts au gouvernement de Madras, et dans le but de faciliter leur entrée dans la ville, il sortait dans la nuit du 5J août au l""' septembre, et allait établir son camp, au sud du Rocher des Français. C'était le moment ou jamais d'attaquer les Anglais. Malheureusement, quoique disposant de forces bien supérieures, Astruc ne pouvait pas s'y décider, il se contentait d'élever de nouvelles fortifications et d'intercepter les convois de vivres destinés à la place. De son côté, Lawrence, qui ne demandait qu'à gagner du temps, restait immobile. Pendant dix-huit jours les deux armées restèrent en présence l'une de l'autre. La distance qui les .séparait n'était que de deux milles, et l'on était dans une plaine découverte, si bien « qu'au moyen de lunettes, Français et Anglais pouvaient se voir dîner réciproquement ». Sur ces entrefaites, les renforts attendus par l'ennemi approchaient.

l'inue française. oT-i

Pour facililcr leur marche, Law renée chercha à attirer notre attention. Sur son ordre la plus grande partie de la garnison sortait de Trilchinapaly, dans la journée du 17 septembre, et ouvrait un l'eu très vil" sur notre camp. Astruc lui répondit et des deux côtés l'on se canonna sans résultats. Dans la soirée, les deux armées reprenaient leurs positions respectives. Le 18, c'est à-dire le lendemain, le détachement attendu par les Anglais, et qui comptait deux cents Européens et trois cents cipayes, arrivait et entrait dans la place. Lawrence avait atteint le but qu'il poursuivait, il avait amusé les Français et empêché Astruc de se porter à la rencontre des secours que lui envoyait la présidence de Madras.

Lawrence était résolu à engager une action générale ; il avait remarqué que les fortifications du Rocher d'Or se réduisaient à peu de chose, et que rencuvelant la faute de Brennier, Astruc avait principalement massé ses forces au Pain de Sucre. Aussi, s'élait-il prononcé pour une attaque du Rocher d'Or, et le 22 septembre, à deux heures du matin, il prenait cette direction avec six cents Européens, deux mille cipayes, sa cavalerie et six pièces de canon. La nuit était fort sombre. Les Anglais s'avancèrent en silence, et grâce à l'obscurité, ils arrivèrent au pied du Rocher d'Or, sans être découverts. Ils l'assaillirent de trois côtés et s'en emparèrent. Surpris, nos soldats tirèrent quelques coups de fusil et prirent en toute hâte

la direction du Paindi; Sucre. Sans perdre un instant, Lawrence marcha droit au Pain de Sucre en déployant son infanterie sur une seule ligne, afin de faire croire qu'il marchait à la tète d'une nombreuse armée. En môme temps, sur son ordre, ses troupes se mirent à pousser de grands cris, et les tambours à battre la charge. Ce bruit augmenta la confusion que les fuyards du Rocher d'Or commençaient à répandre, et les Mysoriens effrayés se retirèrent en désordre.

Les Français s'étaient rangés en bataille devant leur camp, à ce moment le jour commençait à poindre. Les Anglais continuaient d'avancer, sans se laisser arrêter par notre mousqueterie. La vue de l'infanterie ennemie, qui marchait aussi régulièrement que sur un champ de manœuvres, les cris qu'elle poussait, épouvantèrent nos cipayes, une panique s'empara d'eux, et ils se débandèrent. Nos troupes blanches soutinrent seules le choc des assaillants; elles finirent par se laisser entraîner. C'est en vain que les Mahrattes exécutèrent plusieurs charges. Le Pain de Sucre tomba au pouvoir de Lawrence, et la plaine fut bientôt couverte de fuyards. L'armée française ne s'arrêta qu'après avoir mis le (^avery entre elle et ceux qui la poursuivaient. Nous avions perdu onze pièces de canon et trois cents Européens, tués, blessés et prisonniers. Astruc était au nombre de ces derniers. C'était un véritable désastre, et il fallait uniquement l'attribuer à notre négligence, qui

L'INDK FRANÇAISK. 375

nous a été si souvcnl runestc. Nous n avions pas même songé à placer des avanl-posles, et grâce à notre incurie, les Anglais avaient pu s avancer jusqu'à portée de fusil, sans que lalarme fut donnée.

Dans le nord du Carnatic, le sort des armes ne nous avait pas été favorable, depuis que^juc temps. Le nabab Mortiz-Ali, notre allié avait perdu une bataille, et un chef indigène, Méhémct- Ali, qui depuis plusieurs mois, tenait pour nous la campagne, avec cinq à six mille hommes, et causait de graves préjudices aux Anglais, avait élé tué dans une renconte; sa troupe s'était dispersée. Lawrence qui n'îivait rien à craindre de nous, pour le moment, approvisionna la place, pour six mois; après quoi, il y laissa une garnison de cent cinquante Européens, et de quatre cents cipayes, et se retira avec le reste de ses troupes, sur les frontières de Tandjaour. Sitôt son départ, Dupleix, qui n'avait pas renoncé à ses anciens projets, avait envoyé trois cents Européens, deux cents Topas et mille Cipayes. Ces renforts arrivèrent le t^l novembre à Scringham, et un officier distingué, !\lainville,*avait pris le commandement.

Mainville voulait s'emparer de la i)laçe par surprise, aussi, avait-il eu soin de cacher sa marrlie aux Anglais. Use proposait d'enlever une batterie qui couvrait l'une des portes de la ville, s'étendait au delà du rempart extérieur, et avait dix-huit pieds de haut. Celte batterie avait paru accessible

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à Mainvillc ù cause d'un toclicr qui se Irouvail dans le fossé et en facilitait le passage. Dans la soirée du 25 novembre, notre petite armée traversait le Cavery, et s'approchait de la place, afin de détourner l'attention de la garnison. Sitôt la nuit venue, soixante Français, choisis pour tenter l'escalade, franchissaient le fossé, sans bruil. posaient leurs échelles, et montaient sur la batterie. Ils tombaient à l'improviste sur les quelques canonniers et cipayes chargés de la garder, et qui pour la plupart étaient endormis, et les tuaient à coups de baïonnettes. Près de quatre cents Européens de notre armée vinrent rejoindre leurs camarades. Notre tentative semblait devoir réussir, quand un événement imprévu la fil échouer.

Quelques-uns de nos soldats, en voulant escalader un contre-mur, tombèrent dans un puits qui touchait la batterie. En les entendant crier, les Français se figurèrent qu'ils étaient découverts, ils voulurent intimider la garnison, et dans ce but, ils déchargèrent leurs armes, tournèrent contre la ville deux canons, qui étaient chargés, y mirent le feu, battirent le tambour et firent entendre le cri de « vive le roi ». L'alarme fut aussitôt donnée. Des deux côtés, l'on se fusillait à travers l'obscurité. Nos soldats, qui se trouvaient sur la batterie, avaient retiré leurs échelles, afin d'empêcher leurs ennemis d'y monter. Pour en sortir, il leur fallait faire un saut de dix-

1,'lNDE FRANr.AISJ-:. 37-7

liuil pieds. Un certain nombre d'enlre eux Len- L^rent l'aventure. Ceux qui restèrent furent exposés au feu de rennenii, qui tirait à couvert, aussi, dès que le jour fui venu, ils mirent bas les armes. r)60 Européens, dont G7 blessés se rendirent prisonniers. 37 avaient été tués. Depuis la capitulation de Law, nous n'avions pas encore fait des pertes aussi considérables.

Ce dernier échec décida Dupleix à enlamer des nég-ocialions. 11 pensait qu'il était préférable d'arriver à un accommodement même désavantageux, plutôt que de voir échouer les plans les mieux combinés. Admettant même que le traité ne fût qu'une trêve, c'était gagner du temps. La petite ville de Sadras, appartenant aux Hollandais, et située à une égale distance de Madras et de Carnalic, avait été choisie pour être le siège des conférences dont la première eut lieu le 22 janvier Hoi. Les commissaires anglais étaient Palk et N'ansiltart, les commissaires français, deux membres du Conseil, de Kerjean et de Beausset, et le R. P. Lavaur, le supérieur des jésuites. Les Anglais demandaient que Méhémel- Ali fût reconu en qualité de nabab du Carnatic. et que le rajah de Tandjaour lut maintenu dans la possession de ses États. Nos commissaires [)roposaient d'indemniser la («ompagnie anglaise des pertes quelle avait éprouvées pendant la guerre, de lui domier toutes les garanties nécessaires pour la liberté de son commerce, de reconnaître

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le rajah du Tandjaour, et de donner à Méhénict- Ali un gouvernement dans le Deccan. En retour de ces concessions, les Anglais devaient évacuer toutes les places dont ils s'étaient emparés dans le Carnatic. Il était bien évident que l'on ne pouvait s'accorder. Aussi, au bout de vingt jours, les commissaires se séparèrent sans que les conférences eussent donné de résultats.

Sitôt leur rupture, les hostilités recommencèrent dans le Carnatic. Après l'échec de sa tentative sur Trilohiiiapaly. i\Iainville sciait retiré dans lile de Seringham. en attendant les renforts que Dupleix lui envoya avec sa promptitude ordinaire. La garnison de Tritchinapaly comptait 6(l0 Européens et 1800 Cipayes. La plaine avait été ravagée pendant le siège, et à peine y restait-il un arbre. Les Anglais étaient obligés d'aller chercher du bois et leurs vivres à sept ou huit milles de la ville. Pendant quekpie temps, Lawrence avait protégé ses convois a\ ec toute son armée. Peu à peu, l'inaction des Français l'avait rendu confiant, et il se contentait de Caire accompagner chaque convoi d'une escorte de 150 Européens et de 500 Cipayes. Mainville. qui attendait le moment favorable pour tenter un coup de main, avait remarqué ce relâchement dans la surveillance: il résolut d'agir à la première occasion. Les circonstances le servirent, il fut bientôt informé qu'un convoi plus considérable que de coutume, comprenant 5000 bœufs était attendu

1/1NJ)E FKANÇAISK. 379

à TriLchinapaly. Son escorte se composait de ISO Kui-opéens et de 800 Cipayes, c'est-à-dire du tiers de l'armée anglaise. Prévenu par ses espions, Mainville se perla à sa rencontre avec la plus grande partie de ses troupes, dans la nuil du IT) au li février, et, gi'âce aux épaisses i'orèls t[ui bordaient la route des deux côtés, il parvint à dissimuler sa présence. Le I.'), au matin, le convoi anglais cheminait sans défiance, quand les Mahrattes commencèrent à se montrer dans les lialliers, l'entourèrent en poussant de grands cris et se mirent à charger les dilTérents pelotons. Sur (;es entrel'aites arrivèrent les Français. 50 Anglais avaient déjà élé sabrés. Les autres, au nombre de iaS, dont une centaine de blessés, mirent bas les armes. Quant aux Cipayes, ils avaient pris la fuite ou s'étaient rendus. Ce n'était pas seulement une surprise. Outre que nous nous étions emparés de nombreux approvisionnements et d'une grande (juanlité de munitions, l'armée anglaise était considérablement réduite. C'était une véritable victoire.

La présidence de Madras se montrait déjà Jort effrayée, d'autant plus que nos alliés, les Mysoriens et les Mahrattes, ne cessaient de battre le pays et de harceler les détachements anglais. La situation de nos ennemis devenait critique, quand un succès vint leur rendre confiance. Le il mai, 5()0 Européens et 1500 Cipayes étaient sortis de Tritchinapaly pour attendre un convoi et avaient

pris position à (Jeux milles du Pain du Sucre. Les l'rançais vinrent les attaquer; ils complaieiil 700 Européens, lOOO Cipaves et 2000 à 5000 Mysol'iens. Nous eûmes d'abord l'avantage. Malheureusement, l'artillerie des Anglais était supérieure. Après une violente canonnade, nos troupes lurent obligées de battre en retraite. Nous avions perdu 200 Européens et 500 Cipaves, tandis que les Anglais n'avaient eu que GO Européens et 150 Cipayes hors de combat. Si nous avions été victorieux en cette rencontre, la guerre eût été terminée d'un seul coup.

Dupleix pensa alors qu'il fallait modifier ses plans. D'après ses conseils, Mainville abandonnait la position qu'il occupait devant Tritchinapaly, et envahissait le Tandjaour ; il s'y emparait de quelques petites places fortes occupées par les Anglais, surprenait et enlevait plusieurs de leurs détachements et infligeait une défaite complète à l'armée tandjaourienne. En même temps, la garnison de Gingi faisait différentes sorties et nettoyait les abords de la place. C'était en vain que Lawrence essayait de s'opposer à nos entreprises. Mainville évitant une bataille générale le déconcertait par ses marches, ses contre-marches et la multiplicité de ses mouvements. Pendant que nous relevions ainsi notre fortune militaire, notre diplomatie ne demeurait pas inactive. Elle ébranlait la fidélité des alliés de rAnglcterre : le lajah de Tandjaour lui-même

n'aUcndail que lo monieni favoralilc pour s'allier avec nous.

L'expétlilioii dans lo Tandjaour n'avait été qu'une feinte pour détourner l'attention de Lawrence. Mainville retournait bientôt sous les murs de Tritchinapaly avec la plus grande partie de ses forces, étal)lissait son camp au nord de cette ville, et occupait les cinq rochers. De là, il interceptait les convois destinés à approvisionner la place et la bloquait de nouveau. Celle fois le succès ne pouvait plus être douteux. Notre position devant Tritchinapaly n'avait jamais été si forte, et l'armée anglaise était considérablement alfaiblie. Les indigènes, qui soutenaient la cause do l'Angleterre et étaient exposés aux invasions des Mahrattes, se demandaient si l'alliance des l'^rancais n'était pas préférable. Tous se sentaient entraînés vers Dupleix. Les Anglais allaient bientôt se trouver isolés. La lutte que nous soutenions n'avait fait que prouver la vitalité de notre puissance. Dupleix avait fasciné les populations j)ar les prodiges qu"il avait accomplis, on le considérait comme un être surnaturel. Que le moindre secours lui fut envoyé, ou que tout au moins, on lui laissât sa liberté d'action, et l'Inde était à nous. C'est sur ces entrefaites, au moment où la fortune nous était redevenue plus favorable que jamais, que Godeheu débarquait à Pondichéry. muni de pouvoirs exceptionnels.

L'expédition du Dcccaii. — Le ii:(''néi'al de Bussy.

Pendant la lutte soutenue dans le ('arnatic et entremêlée de revers, la fortune nous était lavorable dans le Deccan et les résultats de Texpédition dépassaient même toutes les espérances. Notre prestige s'affirmait de jdus en plus. De Bussy se couvrait de gloire dans cette campagne et nous donnait le Deccan. ,

Charles-Joseph Pâtissier, marquis de Bussy- Castelnau, était né en 171 (S, dans le Soissonnais, d'une famille peu fortunée. Il entra au service militaire, en 17or>, en qualité de lieutenant, et, en 17Ô4, il était nommé capitaine. Deux ans après, le contrôleur général Orry lui proposait de passer à l'île Bourbon, dans les troupes de la (compagnie. De Bussy accepta. En 1750, La Bourdonnais allant rejoindre Dupleix avec son escadre, emmena avec lui le jeune officier en qualité d'aide de camp. De Bussy assista à la prise de Madras et resta dans l'Inde. Il avait pris part au siège de Pondichéry et s'y était particulièrement distingué, ainsi que dans plusieurs batailles. Il s'était rapidement mis au courant des affaires du pays, des mœurs et des coutumes des indigènes, et

384 rjTAPTTRE XI.

Jail romarqucr par son désintéressement, sa génôrosilé, son courage el son instruction. Cet ensemble de qualités avait naturellement atln'é l'attention de Dupleix, qui lui confia le détachement formant l'escorte du Soubab. II ne pouvait mieux choisir. L'expédition du Deccan est la plus brillante de toutes celles que nous avons accomplies dans l'Inde.

Dans l'Inde méridionale s'étend une riche contrée, le Deccan, du mot sanscrit, Dake/iani, qui signifie pays du Sud. Celle dénomination désigne le vaste plateau qui couvre le centre de la péninsule et en comprend le tiers. Les peuples qui l'habitent sont d'origine dravidienne, et par leur alliance avec les autochtones, qui étaient des Négroïdes ; ils ont formé cinq nations : les Courjanas, les Mahrattes, les Télingas, les Camalas et les Tamoulas. La race blanche n'a pris que peu de part à la formation de ces différentes populations. Au commencement du seizième siècle, cette région s'était divisée en plusieurs états indépendants. Les Mogols songèrent bienlôt à y étnl)lir leur domination, et Aureng-Zeyb acheva d'en faire la conquête, en s'eniparant en lOSfi du royaume de Golconde. Le Deccan faisail alors partie de l'empire du Grand Mogol.

La domination de la cour de Delhy n'y était pas cependant aussi complète qu'on aurait pu tout d'abord le supposer; avant même que la con(piête de Deccan fut achevée, les Mahrattes

a\ai(MiL paru, ol lo Coiidaloui' de leur piiissancr (livadiji'élail inori, on 1()82, laissanl un royaume avant J40 lieues de loni>- sur M) de lari'e. Aurena- Zeyb avail tourné ses armes eonire ces envahisseurs, el, à dillerentcs reprises, des troupes furent envoyées contre eux. A leur approche, les Mahratles se reliraient dans leurs monfag-nes, et sitôt qu'elles s'étaient éloignées, ils reprenaient le cours de leurs dévastations. La mort d'iVureng- Zeyl) favorisa leurs entreprises, et leur audac(> n'eut bientôt plus de bornes. Le Deccan, qui relevait de la cour de Delhy, ne comprenait plus (lue les royaumes de Golconde, d'Aurengabad, de Bidjapour el de Béder. La côte orientale, le Carnatic où les Européens possédaient des établissements étaient à peu près indépendants. La côte occidentale se trouvait au pouvoir des Mahrattes, ainsi que les royaumes de Bérar et de Kandéisch. Ces audacieux pillards avaient fixé leur capitale à Pounah: ils avaient établi une chaîne de petits forts, et sur la route de Surate à Boorahampour, ils avaient toute facilité pour rançonner les voyageurs. Leurs incursions s'étendaient de l'Indus au Bengale. Partout, ils terrorisaient les populations; c'était la race la plus guerrière de l'Inde. En 1 7')(), leur empire s'était divisé. Le descendant de Civadgi avait été déposé par ses ministres. L'un deux avait fondé le royaume de Nagpour dans le Bérar, en un autre, qui avait gardé son titre de Per/nva (mi-

nislro) lo royaume de Pounah. L'on tlislinguait alors les Mahraltes orientaux et les Mahraltes occidentaux. Ces derniers étaient les plus redoutables ; ils formaient une grande confédération militaire et pouvaient mettre sur pied '200.000 combattants. Telle était la situation du Deccan, au moment où nous allions y installer un soubab.

Après la défaite de Nazyr-Sing-, Mursapha-Singétait venu à Pondichéry, et, sur sa demande, Dupleix lui avait donné un corps de troupes pour l'accompagner et faire respecter son autorité. De Hussy commandait le détachement et Mursaplia-Sing avait pris à sa charge toutes les dépenses que nécessitait l'expédition. Dupleix avait écrit à Paris et mis les directeurs au courant de ce qui s'était passé. Il s'efforçait de leur faire entrevoir l'importance de son entreprise, en leur ujontrant le Deccan souvrant à notre commerce el place sous notre influence. Les directeurs furent elVrayés et blâmèrent le gouverneur, sans toutefois lui donner l'ordic de rappeler ses troupes. La Compagnie ne pouvait consentir à élargir son horizon, et Dupleix avait autant à lutter dans les bureaux à Paris que sur les champs de bataille dans l'Inde.

Le to janvier 1751, Mursapha-Sing s'était mis en route avec son armée, sitôt que de Bussy fut venu le rejoindre avec son détachement. La première partie du voyage eut lieu sans qu'il se

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passât rion (roxlrnordinairo. Au Ijoiil d'iin mois, nous entrions sur les lorres du nabab de (-adapc. C^c nabab avait tout récemment juré fidéb'lé au nouveau soubab. i:'n traversant son territoire, quelques coureurs maures eurent l'imprudence de mettre le feu à plusieurs villages dont ils avaient à se plaindre. Sous ce prétexte, le nabab de Cadapi'- lil prendre les armes à ses troupes el vint attaquer l'arrière-garde de .Mursai)ha-Sing-. 11 l'aillil lui enlever son artillerie et pilla l'équipage d(^ ses femmes. Ses cavaliers se montrèreni sur les flancs de noire détachement et tuèrent deux de nos Cipayes. De Bussy, qui voulait éviter une nouvelle guerre, essaya, mais sans succès, la voie des négociations. Mursapha-Sing, qui se considérait comme insulté, ordonna de marcher contre les assaillants. Dès que l'on fut à portée de l'armée ennemie, l'on reconnut (jue le nabal) de ('adapé n'avail cherché qu'un prétexte, qu'il avait organisé une véritable révolte et entraîné dans, son parti les nababs de Savounour et de Canoul.

Sans attendre l'arrivée des Français, Mursapha-Sing donna Tordre d'attaquer et chargea à la tète de sa cavalerie; il fui repoussé après un engagement des plus sérieux. Sur ces entrefaites, arriva de Bussy avec son détachement. Quelques décharges de notre artillerie mirent en fuite les rebelles. Les nababs de Savounour et de Canoul avaient péri au milieu i\c la mêlée, et celui de

Cadapé avail été blessé. Furieux à la pensée que son principal ennemi allait lui échapper, Mursapha-Sing se mit à sa poursuite, malgré les représentations de Bussy, qui lui fit inutilement observer qu'en sa qualité de souverain du Deccan, il ne devait pas s'exposer. Il ne voulut rien écouter et ne tarda pas à rejoindre le nabab. Dans le désir de tuer lui-même son adversaire, il commanda à ceux qui l'accompagnaient de s'arrêter; il poussa en avant son éléphant et s'apprêtait à frapper son adversaire, quand celui-ci le prévint, eu lui portant dans l'œil un coup de lance, qui le renversa mortellement blessé. Il expirait quelques instants après. A ce moment, son escorte arrivait, cl le nabab de Cadapé était mis en pièces (lo février 1751 ).

La situation des Français devenait critique par suite de la mort de Mursapha-Sing. De Bussy se hâta d'assembler les ministres et les principaux chefs de l'armée du Deccan, et leur représenta la nécessité de s'entendre promptement sur le choix d'un nouveau soubab. Mursapha-Sing laissait un fils en bas âge, qui ne pouvait convenir dans les circonstances difficiles où l'on se trouvait. De Bussy jeta les yeux sur un fils de Nazyr-Sing, Salabet-Sing, qui était dans le camp, et que Mursapha-Sing tenait dans une sorte de captivité, et le fit proclamer vice-roi du Deccan. La reconnaissance du nouveau soubab, qui passait de la prison au trône, étaità son comble; il déclara à de

Bussy qu'il se reconnaissait l'esc/cw^' '/es Fraurnis, et que ^i ces derniers l'abandonnaient, il retournerait avec eux à Pondiclicry. Il confirma les concessions de son prédécesseur et en ajouta 'même de nouvelles, en nous cédant Nigampatram, Candavir, Olemanava et Nargpour.

La nouvelle de la mort de Mursapha-Sing était arrivée à Pondichéry dans la soirée du 'Ji lévrier, et tout d'abord, elle jeta l'alarme. Duplcix écrivit immédiatcmment à de Bussy pour lui ordonner de continuer sa route jusqu'à la capitale du Deccan, afin de faire confirmer toutes les concessions qui nous avaient été faites; dans le cas où l'on refuserait, il devait revenir à Pondichéry, en ramenant avec lui la famille de Mursapha-Sing. L'on fut bientôt rassuré. De Bussy s'était empressé de faire savoir l'élection de Salabet-Sing à Dupleix, qui lui répondit aussitôt qu'il reconnaissait le nouveau soubab et lui adressa ses félicitations. La lettre du gouverneur parvint à de lUissy au moment où les principaux seigneurs étaient assemblés sous sa tente. Lecture en fut faite à haute voix. Cette nouvelle se répandit immédiatement. Nos soldats firent entendre le cri de « vive le roi » et plusieurs décharges d'artillerie vinrent saluer le nouveau souverain du Deccan, qui ne savait comment manifester sa joie d'avoir les Français pour alliés.

Au bout de quelques jours, l'armée se remettait en marche, et bientôt elle traversait le pays de

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Gadapé, qui ne lui opposa aucune résislancg. Le 1() février, cinq cents de nosCipayes s'en allèrent occuper la capitale qui fut incendiée, afin d'intimider la population. Le 13 mars, l'on atteignait Canoul, la capitale dun des nababs, qui avaient levé le drapeau de la révolte. C'était une grande ville, assez bien fortifiée; sa garnison qui comptait quatre mille hommes voulut se défendre, mais elle ne put tenir devant le feu de notre artillerie. La place fut prise d'assaut et tous ses défenseurs furent passés au Iil de l'épcc ; après un court séjour, l'armée se remettait en marche. Les seigneurs des territoires qu'elle traversait s'empressaient de faire leur soumission et souvent venaient la renforcer avec leurs contingents, Salabet-Sing et de Bussy passèrent la Krichna; à ce moment ils apprirent qu'un corps de Mahrattes se trouvait dans le voisinage et' avait l'intention de nous barrer la route.

Salabet-Sing n'était que le troisième fils de Nizam el Molouck. L'aîné, (îliazzi Eddin, qui était resté à la cour de Delhy, sans jouer de rôle politique, avait change d'avis en apprenant la mort de Nazyr-Sing, <'t voulait profiler des circonstances pour s'emparer du Deccan. I^endant qu'il sollicitait du Grand Mogol unfirman l'investissant de la dignité desoubab. il levaitdes troupes, en confiait le commandement à un chef mahratte, nommé Holkar Mulhar, et entrait en rapportavec le Pechwa de Pounah et les ^lahrattes orientaux.

I/INDK FRANÇAISE. 391

une coalilion s'rlait formée conlrc Salabel-Sinii;' cl les Français. Le l^cchwa de Pounali, Bagirao était entré le premier en campagne et était venu au-devant de nous avec '25 000 combattants ; nue bataille eût été pour nous une victoire, mais de ]>ussy voulait occuper la capitale du l)eccan le plus tôt possible, aussi prél'éra-t-il négocier. P)agiroo n'avait encore qu'une partie de ses foi'ces et, de plus, il attendait les subsides que lui avait promis Ghazzi-Eddin, et qu'il n'avait pas reçus; il était facile à persuader, et aussi un présent de deux lakhs de roupies le décida à se retirer.

La route de Hayderabad était libre, et le l'i avril 1751, les Français entraient dans cette ville avec Salabet-Sing qui étail solcnnelhmient installé en qualité de soubab. De Bussy était arrivé au terme de son expédition et son intention était de se rendre à Mazulipatam. Salabet-Sing le conjura de l'accompagner jusqu'à Aurengabad. Le général français y consentit, et le 15 avril, lui et sa petite armée se mettaient de nouveau en marche avec le soubab. Le 29 juin, ils faisaient une entrée triomphale dans Aurengabad. Cette ville bâtie sur les rives d'ini aflluent de la (lodaveri, qui la sépare en deux, est située à SO lieues de Bombay, 70 de Surate et 110 de Hayderabad. Vue du côté du nord, elle présentait alors un bel aspect avec ses dômes dorés et ses hauts minarets sortant du milieu des arbres; à l'intérieur, l'on y voyait de larges rues, nombre

de belles maisons avec leurs toits en terrasses, des mosquées remarquables par leur architecture, de grands caravansérails et d'autres constructions publiques, ses murailles, flanquées de tours, avaient une circonférence de dix kilomètres. Aurengabad, aujourd'hui déchue, était au xviii'' siècle une cilélort lichc et très peuplée, aussi nos soldats furent frappés d'admiration, en entrant dans cette cité quasi-mystérieuse.

La popidation qui n'avait jamais vu d'Européens, était curieuse de contempler «-es terribles Français dont le nom inspirait la terreur, et se pressait sur leur passage. Elle admirait leur attitude, leur discipline, et tous les yeux se portaient sur leur chef, de Bussy. Une forteresse, située sur l'une des places de la ville, lui fut désignée pour y loger ses troupes. De cette position, nous dominions Aurengabad. De Bussy y fit monter ses canons, et organisa immédiatement le service, il établit la discipline la plus sévère: aucun soldat ne pouvait sortir du fort qu'à des heures réglées et avec une permission écrite du commandant; toute infraction au règlement militaire était punie de peines plus ou moins rigoureuses, dette police produisit les meilleurs effets, il n'y avait ni querelles, ni vols, ni ivrognerie, et partout les femmes étaient respectées. Les Français étaient devenus un ol)jet d'admiration. Les marchands venaient journellement placer sous notre protection ce qu'ils avaient de plus précieux; tout en se faisant craindre,

nos soldais avaient su se rendre sympathiques.

Sur ces entrefaites, la cour de Delhy avait expédié le firman (jui ratifiait la nomination de Salabet-Sing à la nomination de soubab du Deccan. De lUissy et la garnison française allèrent au-devant des envoyés impériaux La réception du firman se fit avec solennité, et la reconnaissance du nouveau soubab eut lieu an bruit des salves de la mousqueterie et de l'ailillerie et des acclamations de la l'oule enthousiaste. Plusieurs seigneurs de Delhy avaient profité de l'occasion pour venir voir les I^'rançais, et tous disaient que dans la capitale de l'empire, il n'était plus question que de notre bravoure. Salabet- Sing profita d'une circonstance toute particulière pour nous témoigner sa reconnaissance. La Saint-Louis ne tarda pas à venir, et celte fête, alors si populaire en t'rance, eut lieu à Aurengabad avec toute la pompe orientale. La veille, le soubab avait ordonné à ses sujets de célébrer avec solennité la lete du roi de France, son protecteur. Tous les habitants de la ville s'étaient empressés d'ol)éir et avaient pavoisé leurs maisons. L'on avait tiré le canon, et dans les mosquées prié pour le puissant allié du souverain du Deccan.

L'expédition était terminée, mais le soubal) pria les Français de rester près de lui, et leur déclara qu'il ne pouvait plus se passer d'eux. Après avoir pris les instructions de Dupleix, de

■idk CHAPITRE XL

Bussy resla. Il avait adopté une ligne de conduite, en vertu de laquelle il s'applicjuait à respecter les mœurs el U's usages des habitants, et à faire en sorte que les Français fussent considérés comme des amis et non comme des étrangers. Cette politique habile porta ses fruits. Les indigènes nous voyaient sans inquiétude occuper leur pays, sachant Iticn (]u"ils n'avaient rien à craindre de nous. Noti-e présence assurait ia tranqnillilé. et les populations jouissaient d'une sécuril('' (pii depuis longtemps leur élail inconnue. Beaucoup d'entre eux, Musulmans et Gentils sollicilaienl comme une faveur de s'enrôler dans nos Cipayes. De son côté, le soubab, dans le but de resserrer les liens qui existaient entre lui et la France, voulait envoyer une ambassade à Versailles. Notre influence devenait de plus en plus grande, et noti'c prestige (Hait tel (pic la cour de iJelhy, en voyant que nous avions pacilic le Deccan, songeait à nous appeler pour établir l'ordre dans les autres provinces de l'empire.

De lîussy ne négligeait rien pour rendre notre domination durable. 11 avait appris la lan<j;ue du pays, afin de pouvoir se passer dinterprèle: il ne lui avait pas été diflicilc de voir bientôt fpie Salabct-vSing était sans volonté et sans valeur. En peu de temps, il s'emparait de son esprit, et lui dictait le choix de ses ministres. Pour ne pas éveiller la défiance de la i>opnlalion, il s'attachait à ne passer à leurs yeux (|ue pour le corn-

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mandauL du conlingciiL français. Mais, en réalité, il cxcxçaiL le pouvoir, et c'était lui qui dirigeait d'une manière occulte les afl'aircs du Deccan, Salabet-Sing' n'était plus souverain que de nom. Ouant aux indigènes, ils recherchaient nos soldats, et ne cessaieni de se renseii^ner sur la France.

Le 14 octobre i7.M riait le JJevah/, c'est-à-diro le premier jour de l'année des Gentils, considéré par eux comme l'une de leurs e^randes fêtes. Ce jour-là, les principaux marchands vinrent en corps saluer le gouverneur franrais, et lui ollVir le 7iayer, c'est-à-dire un présent consistant en fruits et en confitures, comme s'il était le soul)alj. De Bussy profita de cette occasion pour faire admirer la bonne tenue de nos troupes, et une revue fut passée à une lieue d'Aurengabad. Le Divan et un grand nombre de seigneurs y assistaient. Le soir, l'on rentra dans la ville, à la lueur des torches et des (lambeaux et au milieu d'une afllucnce considérable. Toute la population étail sortie et escortait notre petite armée. Les habitants eurent dans cette fêle l'occasion d'admirer la discipline européenne. Nos soldats avaient manœuvré et passé la journée dans un jardin, et défense leur avait été faite de toucher à quoi (jue ce soit. Un soldat avait pris une orange; le jardinier vint se plaindre à de Bussy qui lui donna deux roupies à titre d'indemnité et punit l'auleur de la faute. Le propriétaire du jai'din qui était un

seigneur maure, s'empressa de venir remercier le général français et ordonna d'apporter plusieurs corbeilles d'oranges qui furent dislril)uées aux soldats. Ce petit fait, quoique sans importance, fut bientôt connu et ne contribua pas peu à nous concilier la population.

Nous prenions possession du Deccan. De Bussy qui voyait les résultats que nous pouvions retirer de notre expédition, dans un avenir assez rapproché, s'étonnait de lindiHerencc que l'on montrait en France pour les affaires de l'Inde. Dans le but de dissiper les préventions et d'intéresser l'opinion publique à ce qui se passait dans l'Extrême- Orient, il proposait aux directeurs de la Compagnie de faire connaître au moyen de livres tout ce que nous avions accompli en Asie. En même temps, des officiers ayant fait partie du corps expéditionnaire se seraient rendus en France, et auraient eu pour mission de donner des renseignements sur le pays que nous occupions et faire ressortir tous les avantages que nous pouvions retirer de notre campagne.

La paix dont l'on jouissait ne devait pas être de longue durée. Ghazzi-Eddin était entré en campagne avec loOOOO hommes. A cette nouvelle, les iMahrattes, cédant à leur humeur belliqueuse, avaient pris les armes, et leur Peschwa, Bagirao avait rassemblé près de 100 OOO guerriers. L'on était consterné à la cour du soubab. De Bussy, qui conservait son sang-froid, conseillait à Sala-

hel-Sing- do prendre l'offensive et de pousser la guerrç au cœur du territoire ennemi, en marchant sur Pounah, la capitale des Mahrattes; son avis lut adopté. Le 7 novembre 1752, de Bussy et Salabet-Sing quittaient Aurengabad qui élait abandonné à son sort et se rendaient sur les bords du Gange pour y concentrer leurs troupes. Le plan adopté consistait à empêcher la jonction de Ghazzi- Eddin et des Mahrattes en forçant ces derniers à rebrousser chemin pour défendre leur capitale. De Bussy avait avec lui 560 Européens, quelques Topas et Gafres, 5000 Gipayes avec vingt et une ' pièces de canon et deux mortiers. L'armée du soubab com})renait 150 000 cavaliers, 50 000 fantassins, 50 000 pious, 500 éléphants avec trois cents pièces de campagne. Deux cent mille bestiaux marchaient à la suite de cette masse et étaient destinés à la nourriture. De Bussy regardait la victoire comme certaine, et pour lui, cette guerre devait assurer la tranquillité dans le Deccan.

Les Mahrattes étaient à cette époque la puissance qui grandissait dans l'Inde.

Les guerriers de ce peuple avaient un costume à la fois simple et pittoresque, qui consistait en une étoffe blanche, nouée autour des reins, sur la tête un turban rouge et blanc, et aux pieds de grossières sandales. Les armes dont ils se servaient étaient une lance longue de quinze pieds, un sabre et un fusil. Gelaient les premiers guer-

riers do l'Inde, et aussi paraissaient-ils ôlrela race destinée à succéder à Fempire du grand IMogoi, alors en décadence.

En apprenant la marche des Français, Bagirao était entré dans le Deccan et avait occupé Aurengabad. Quand il n'eut plus de doute sur nos projets, il rebroussa chemin avec 00 000 hommes pour défendre les abords de sa capitale. Les Mogols ne l'inquiétaient pas ; quant aux Français, dont il avait entendu vanter la bravoure, il savait qu'ils étaient en petit nombre; aussi, plein de confiance dans sa nombreuse cavalerie, il ne doutait pas du succès. L'armée de Salabet-Sing s'était ébranlée et avait pris la route de Pounah. De Bussy s'était préparé au combat; on avait mis quelques Français à la tète de chaque corps de troupes du soubab, pensant que les Maures feraient meilleure contenance en se sentant appuyés par des Européens. On marcha trois jours en s'attendant à chaque instant à une rencontre. Le quatrième, nos fourrageurs furent attaqués par une partie des Mahrattes que l'on évaluait à trois mille hommes et que notre artillerie mit en déroute. Cette escarmouche annonçait que le gros de l'armée ennemie n'était pas loin, et le lendemain, c'est-àdire le 2() novembre, une bataille générale avait lieu.

Les troupes du soubab s'étaient déployées dans une grande plaine. Notre artillerie était placée de manière à balayer le terrain où l'ennemi devait

charger. L'infantorie était en ligne do soutien et la cavalerie derrière, prête à marclier au premier signal. Un épais nuage de poussière, soulevé par les pieds des chevaux, annonça l'approche des .Mahrattes; cinquante mille cavaliers, commandés par le Peschwa, arrivaient, désireux de se mesurer avec les Français dont ils avaient tous entendu parler; ils ciiargenl à fond de Irain, la lanee en avant, en poussant de grands cris. Malgré leur petit nombre, les Français ne se laissèrent pas émouvoir et restèrent immobiles près de leurs canons. La vue de cette cavalerie troubla nos cavaliers et le désordre se mit parmi eux. De Bussy, qui vit le danger, rassembla cent Furopéens, trois cents Cipayes, se mit à leur tète, et poussa son éléphant au milieu de l'armée ennemie. Les Maures furent électrisés par cette bravoure qui leur paraissait tenir du prodige, et plusieurs milliers d'entre eux vinrent rejoindre le général français. A ce moment, nos canonniers commencèrent à tirer. Une grêle de mitraille, combinée avec le feu de notre infanterie, décima les escadrons mahrattes qui commencèrent à plier: nos dragons achevèrent de les mettre en déroute. La journée était à nous, et bientôt ces cavaliers qui étaient la terreur de l'Inde, et se vantaient quelques heures auparavant de nous écraser, tournaient bride et s'enfuyaient dans la plaine, en laissant sur le terrain quatre ou cinq cents des leurs.

Cette victoire établissait d'une manière

incontestal)le notre supériorité militaire. De Bussy persuada au soubab de marcher sur Pounah, et bientôt nous nous mettions en route, en chassant devant nous des partis de Mahrattes, qui s'enfuyaient à notre approche; au bout de quelques jours, nous nous trouvions de nouveau dans le voisinage de Tarmée de Bagirao, un brahrae vint nous renseigner sur sa position. De Bussy résolut d'agir la nuit. Les troupes de Salabet-Sing ne voulurent pas s'associer à notre entreprise qui leur paraissait être de la témérité. La nuit du 7} au 4 décembre se prêtait tout particulièment à nos intentions ; il y avait une éclipse de lune. De Bussy partait à onze heures du soir et, à trois heures du matin, il apercevait le camp ennemi qu'il svu'prenait. Dix mille hommes étaient assemblés autour des feux allumés, et effrayés, ainsi que le sont tous les Orientaux par une éclipse, ils cherchaient à faire peur au dragon qui voulait ilévorer la lune. Nos artilleurs mirent leurs pièces en batterie et lancèrent près de trois cents boulets. Les Mahrattes prirent la fuite sans essayer de résister et en abandonnant leurs bagages. Bagirao n"eut que le temps de s'éciiapper: son collier et la vaisselle de cuivre dont il se servait, étaient lombes entre nos mains. La déroute des Mahrattes était complète. Dès que le jour fut venu dix mille cavaliers maures vinrent nous rejoindre. De Bussy leur ordonna de chasser les fuyards, et reprit la route du camp avec ses soldats qui

l'indk française. 4Ul

avaicnl grand besoin de repos. Le divan vint à sa rencontre en lui jelanl des pièces d'or ainsi (pTil élait d'usage. SalabeL-Sing ne savait comment nous exprimer sa reconnaissance. Les Maures ne tarissaient pas en leui's éloges et nous comparaient à Tamerlan cl aux grands coufiuérants de l'Asie.

Le lendemain de sa victoire, de lUissy continuait sa marche sur Pounah. sans se laisser arrêter par les coureurs ennemis. Le () décembre, il détruisait la ville de Tullygaem. Nous n'étions plus qu'à dix lieues de Pounah. lîagirao résolut d(5 faire un elTort désespéré pour sauver sa capitale, et le iO décembre, une bataille générale avait lieu. Tout d'abord, le succès parut l'avoriser les INlahrattes. Bagirao avait surpris un corps de Î2()00 Maures, ({ui s'étaient écartés du gros de l'armée. Nos auxiliaires commençaient à plier, quand le capitaine Vincent arriva avec àO Français, !200 Cipayes et deux pièces de canon. Ce détachement arrêta les Mahraltes, et de Bussy eut le temps de rassembler ses troupes. En présence des forces supérieures de l'ennemi, il fit former le carré trois l'ois, lîagirao s'etTorça de rompre nos lignes, et trois fois, il fut repoussé. Pendant ce temps-là, noire arlillerie labourait les masses des assaillants. Bagirao changea alors son plan, en voyant ((u'il ne pouvait nous entamer. Pendant qu'il nous tenait tête avec une partie de son armée, il fit attaquer par l'autre les

lioiipes de Salabcl-Sing, (|ui battirent en retraite. Puis, à un moment donné, il réunit toutes ses forces et vint nous charger. Mais le feu de notre artillerie foudroya les Mahrattes, qui ne purent tenir et prirent la fuite, en laissant 2000 tués et blessés. De notre côté, nous n'avions eu (|ue 2 Européens tués et 400 indii^ènes. mis hors de combat, tant Cipayes que soldats de l'armée de Salabet-Sing'. Le lendemain, nous nous emparions de la ville de Korygam: encore une étape, et Pounah, la capitale de Bagirao, tombait en notre pouvoir.

Mais de Bussy pensait avec raison qu'il suffisait d'avoir fait connaître notre valeur, et qu'il était pour nous dune bonne politique de s'allier avec les Mahrattes, d'utiliser à notre profil leurs qualités militaires au lieu de chercher à les détruire. De son côté, Bagirao. que ses trois tléfaites successives avaient frappé de stupeur, était tout disposé à entrer en pourparlers avec nous. Des négociations furent ouvertes, et un armistice était conclu au commencement de 1732. dette campagne avait été des plus glorieuses et de Bussy y avait révélé des qualités militaires supérieures. Les indigènes étaient stupéfaits. « Les Français, écrivait un auteur indien, avec leur rapide mousqueterie et leur rapide artillerie, ne faisaient respirer que fumée aux Mahrattes. » Notre arrivée avait été une véritable révolution dans rinde, tous les princes envoyaient des am-

L'J^'DE F]xAX(.;AISK. k03

hassadeiirs saluer eu nous les nouveaux maîtres de leur pays. Partout, les populations attendaient noire domination.

Nous avions été victorieux, mais nos difficultés étaient loin d'être terminées. Ohazzi-Eddin était (îutré dans le Deccan avec 150,000 hommes. De leur côlé, les IMahratles orientaux avaient pris les armes, et leur rajah, Ragodg-i-Bhouslah, s'était mis en route avec des forces considérables pour rejoindre (ihazzi-Eddin. De Bussy savait que l'armée de Salabet-Sing, qui n'avait pas reçu de solde, commençait à murmurer, et qu'il ne fallait pas compter sur elle, pour entreprendre une nouvelle campagne. Cette dernière raison n'avait pas peu contribué à décider le général français à négocier avec Bagirao. Sitôt l'armistice conclu, nous étions revenus à Ilayderabad. Pendant le trajet, il se produisit un lait, qui était de nature à compromettre nos intérêts. Le premier vizir de Salabet-Sing, Ragounar, l'un de nos partisans les plus dévoués, fut assassiné. Un seigneur nommé Sayet-Laskar-Khan qui était notre ennemi, l'ami des Anglais, et affectait de nous témoigner une grande affection lui fut donné pour successeur. De Bussy s'était laissé tromper par ces apparences et l'avait recommandé au choix du soubab. Cette erreur faillit nous être fatale.

Au mois de septembre 1752, Ghazzi-Eddin s'était rendu maître d'Aurengabad, après un combat sans importance, et en sa qualité de fils

aîné de Nizaiii-El-Moloiick, il avait de nombreux partisans dans le Deccan. De son côté, Bagirao semblait disposé à recommencer la liitle. Ghazzi- Eddin lui avait promis la cession de plusieurs provinces, et si Salabet-Sing se montrait trop exigeant dans ses conditions, il était probable que nous l'aurions de nouveau pour ennemi. La coalition était ainsi sur le point de se reformer. Sala])et-Sing avait envoyé à vVurengabad son ministre Sayet-Laskar-Khan, afin de détacher les Malirattes de l'alliance de son compétiteur. Mais ce vizir, loin de servir son souverain, ne cherchait qu'à lui susciter des difficultés. Heureusement pour nous, que nos adversaires étaient divisés. Le chef des INIahrattes orientaux, Ragodgi- Bhouslah, le général des troupes de Ghazzi- Eddin, Moulhar-llolkar, et le représentant du Pechwa ne pouvaient s'entendre. Sur ces entrefaites, un événement imprc\u vint changer la face des choses. Dans le palais des soubabs, à Aurengabad, vivait l'une des veuves de Nizam-El- ]\Iolouck, qui avait eu de lui un fils, Nizam-Ali. plus jeune que Salabet-Sing. Elle voulait le faire monter sur le trône du Deccan, et dans ce but, elle résolut de se débarrasser de Ghazzi-Eddin. Elle rinvita à une fêle, lui présenta un mets (ju'elle avait elle-même préparé, et dans la nuit, Ghazzi-Eddin mourait empoisonné.

Ge crime délivrait Salabet-Sing d'un rival dangoreux. Néanmoins la coalition restait mena-

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çante. C'est poiii(|tu)i (l(^ Biissy décida le soubab à accoster les condilions quo lui olVrait le Pcchwa. Salabol-Siiii^- cédai! aux Mahraltos lo lerriloiro de Bérar, depuis le Tnpli jus(iu"au Godavéry. Celle eessiou ue faisait ({ue reconuaîlre un fait accompH ; Bagirao était déjà en possession d'une partie des provinces que nous lui abandonnions, Ragodgi- Bhôuslah se relirait dans ses étals. La paix était assurée; de Bussy allait pouvoir consolider son œuvre. Pendant Tannée ITHii, il entretint une correspondance actixe avec iJupleix. et il lui avait fait pari de ses projets : il était partisan d'une alliance avec les INIahraltes, ([ui seraient devenus nos auxiliaires. La possession de Surate, nous était indispensable, et cette con(juète nous était facile. En même temps, de Bussy parlait de l'intenlion où il était de faire une expédition au Beno-alc. Cette entreprise ne présentait aucun obstacle, grâce aux relationsquc nous avions su ménager avec plusieurs princes indigènes, qui étaient tout prêts à accepter notre suprématie.

A la fin de 1752, de Bussy avait appris la capitulation de Lawrence et la mortde Chanda-Saheb, il vit toutes les conséquences que ce désastre pouvait avoir pour nous. Il eut un instant l'idée de réunir les troupes du soubab et les Mahraltes aux Français et aux Cipayes qu'il avait avec lui et d'entraîner toutes les forces de l'Inde méridionale au secours de Dupleix. C'était un projet digne de

celui qui l'avait ronçu, mais il était irréalisable. De Bussy ne pouvait abandonner Salabet-Sing-, qui serait devenu le jouet de nos ennemis. Il n'avait pas tardé à s'apercevoir de la nullité de ce prince; au lieu d'un homme capable de le seconder, il n'avait en lui qu'un enfant à conduire, sa présence à la cour du Deccan était indispensable. Il avait constamment à vaincre les intrigues de l'entourage du soubab, et parmi ses oiTiciers il n'avait trouvé aucun lieutenant capable de le seconder. Dupleix ne cessait de l'encourager à de nouveaux efTorts, et entre eux régnait la plus grande intimité. Mme Dupleix avait eu de son premier mariage, une fdle. Jeanne Vincent, connue sous le nom de ('houchou, et qui était la filleule de Dupleix. De Bussy et elle avaient été fiancés. Aussi le gouverneur de Pondichéry ne regardait pas son lieutenant comme un étranger, el dans les lettres qu'il lui écrivait, il lui témoignait la plus vive affection.

De Bussy se multipliait ; malheureusement, les fatigues qu'il avait éprouvées et les inquiétudes auxquelles il était en proie firent qu'il tomba malade. Au mois de mars 1750, il quittait son camp et se retirait à Haydcrabad. Les affaires l'y suivirent, et son état s'aggrava, si bien qu'il fut obligé de céder à l'avis de son médecin Guyonnet et de consentir à se rendre à Mazulipatam, pour changer d'air et retrouver le repos ; il lui en coûtait de s'éloigner, il savait (|ue l'influence de la France

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dépendait do sa présence à la cour du soubab, cl que personne no pouvait le remplacer. L'officier le plus ancien, le capitaine Goupil, qui éljiit venu le rejoindre avec un détachenKmt^ dans le courant de 17r)'2, était peu fait aux intrigues de la diplomatie orienlale, et de plus, d'une intelligence ordinaire. Ce fut hii, qui dût prendre le commandement des troupes. Aussi, de Biissy partit profondément inquiet .

Sitôt son départ, le minisire Sayet-Laskar-Klian résolut de mettre ses projets à exécution et entra en rapi)ort avec les Anglais. Il eut recours à de nomi)i"euses intrigues et fut aidé dans ses manœuvres par l'indécision du soubab. La discipline ([ui existait parmi nos troupes n'avait pas peu contribué à consolider notre intUience, et c'est pourquoi Salabet-Sing regardait les Français comme le plus ferme appui de son trône. Dès que de Bussy fut parti, la discipline se relâcha dans notre armée, et nos soldats, jusqu'alors regardés comme les protecteurs de Tordre, le troublaient fréquemment par leurs querelles et donnaient trop souvent l'exemple de l'ivrognerie et de la licence. Goupil, par négligence ou par faiblesse, n'usait pas de son autorité. Sayet-Laskar-Khan voyait avec plaisir que l'amitié que les indigènes avaient pour nous, commençait à s'altérer, il réso- ■ lut d'habituer Salabet-Sing à se passer de nous. Dans ce but, il envoyait une partie de nos troupes parcourir les provinces sous le prétexte de châtier

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quelques rajahs rebelles. En même temps, il différait la solde mensuelle, qui avait été assurée à notre armée et espérait ainsi pousser les Français à commettre quelques actes de violence, et soulever contre eux la population. Toul en tenant cette conduite, Sayet-Laskar-Khan affectait à notre égard le plus grand dévouement il donnait pour raison à nos officiers la pénurie où se trouvait le trésor, et les engageait à lever eux-mêmes les impôts, bien persuadé que c'était le meilleur moyen de nous rendre odieux aux habitants du pays. Notre principale garnison élail à Ilayderabad. Sayet-Laskar-Khan persuada à Salabet-Sing de retourner à Aurengabad, avec un simple détachement français, commandé par le capitaine de Janville. brave officier, mais au-dessous du rôle qu'il avait à jouer. Sayet-Laskar-Khan était désormais libi'e de ses actions.

Un vaste complot se trama contre nous. Heureusement, au mois d'avril 17^7», des espions que de Bussy avait à son service interceptèrent une lettre que le ministre, qui nous trahissait, avait envoyée aux Anglais de Madras, a Soyez tranquille », écrivait Sayet-Laskar-Khan, « je saurai éloigner vos ennemis ou vous en défaire. J'ai déjà commencé et vous serez content. » A ce moment, les Français étaient dispersés et leur perte paraissait certaine. Celte lettre fut remise à de Bussy presque au moment où il recevait une adresse de son armée qui se laissait aller au

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désespoir. Effrayés de la situation critique où ils se tro^ivaient, les officiers de la garnison d'Hayderabad s'étaient réunis et dans un message qu'ils envoyaient à leur général, ils lui exposaient les dangers qui les menaçaient et le conjuraient de revenir. Lorsque de Russy reçut ces mauvaises nouvelles, il était retenu au lit à Mazulipatam. Les brises de la mer avaient déjà contribué à lui ramener la santé, mais il avait besoin de repos. Aussi se proposait-il de revenir à Pondichéry où le rappelai! le souvenir de Mlle CliOHchùu. Déjà, il avait demandé l'autorisation à Dupleix, et en même temps, il le mettait au courant de la situation. Dupleix lui répondit en lui ordonnant de partir immédiatement pour la capitale du Deccan, et en faisant appel à son patriotisme, il lui témoignait loule sa confiance en l'investissant des pouvoirs les plus étendus, « bien persuadé », lui écrivait-il, « qiie toutes les décisions prises par lui le seraient en vue de la gloire de Dieu, de celle du roi, de l'honneur de la nation et celui de la Compagnie ».

De Bussy n'hésita plus, il donna l'ordre à tous les détachements, qui se trouvaient dans les provinces voisines de Hayderabad, de se réunir près de cette ville, à un lieu qu'il leur indiquait. Dans le courant de mai, il rejoignait son armée et sa présence suffit pour rendre la confiance et rétablir la discipline. De Bussy se trouvait à la tète de cinq cents luiropéens et de (juatre mille

Cipayes. Il entra sans difficiiUé dans Aurengabad ; le gouverneur de la ville fît bon accueil aux Français. De Bussy se prépara à une nouvelle campagne : mais avant de partir, il voulut donner à la population le spectacle d'une fête militaire ot passa en revue son armée en présence du gouverneur et des seigneurs des environs. Nous avions reconquis les sympathies, et les habitants d'Hayderabad étaient disposés en notre faveur.

Sitôt la saison des pluies passée, au mois de novembre 1755, de Bussy se mit en route: le marquis de Confians était venu de Mazulipatam le rejoindre avec un détachement, et il se trouvait à la télé de iuiit mille hommes, dont six cents Européens et quatre mille cinq cents ('ipayes. Le reste se composait d'indigènes qui entraînés par notre prestige, avaient voulu marcher avec nous. Dans le but de déjouer la trahison de Sayet-Laskar-Khan. de lîussy voulait se rendre à la cour du soubab ; or. aller d'Hayderabad à Aurengabad était entreprise difficile. La distance entre ces deux villes est de près de cent quatre-vingts lieues, et le pays que nous devions traverser était sous l'autorité de Sayet-Laskar- Khan. Pendant le trajet, qui demandait un mois, il fallait faire vivre les troupes, livrer peut-être quelque bataille, et une fois à Aurengabad, nous ignorions quel accueil nous ferait Salabet-Sing. Notre promenade militaire à travers ses Etats

pouvail vive viio parlai d'un mauvais œil, cl dans ce cas,' noire ai'rivéc dans sa capitale sérail probablement le signal d'une collision, mais de Bussy avait résolu de prévenir l'orage par sa témérité. Le voyage s'effectua sans encombre et sur tout le parcours, nous étions bien reçus par les populations. Une fois dans le voisinage d'Aurengabad, de Bussy fit prévenir Salabel-Sing de son arrivée, en lui indiquant le jour. La réponse du soubab fut favorable.

Notre entrée dans Aurengabad eut lieu le 18 décembre et fut pour nous un véritable triomphe. Nous étions à deux lieues de la ville, quand on aperçut une troupe d'éléphants richement caparaçonnés et suivis d'un nombreux cortège. C'était le ministre Laskar-Khan que Salabet-Sing avait envoyé à notre rencontre avec les principaux seigneurs de sa cour. Une multitude innombrable de peuple couvrait la campagne. De Bussy vint saluer les envoyés du souverain du Deccan. Le soubab s'était lui-même transporté, hors de sa capitale, pour nous témoigner la satisfaction que lui causait notre retour. De Bussy et ses officiers se rendirent dans son camp et l'accueil qu'ils reçurent dépassa leurs espérances. A la nuit tombante, l'on prit la route d'Aurengabad. Nous entrûmes dans la ville, au milieu d'une foule enthousiaste, qui poussait des cris de joie, en voyant les Français. On acclamai! parliculièrement de Bussy. On

tirait le canon et le contentement se montrait sur tous les visages. Le prestige dont nous jouissions était tel que les seigneurs maures et les banquiers indiens s'empressèrent de mettre leurs bourses à la disposition du général français, en apprenant qu'il manquait d'argent pour payer ses troupes. Assurer l'cxislcnce de son armée était la préoccupation conslanle de Bussy, qui ne recevait que des subsides et était obligé de vivre au jour le jour.

Une telle situation ne pouvait durer plus longtemps, et aussi de lUissy signa avec Salabet- Sing une convention réglant les conditions de l'alliance française. Les quatre provinces de Moustafanagor, d'Ellora, de Ragimendrie et de (Jliikakole nous étaient cédées pour l'entretien de notre armée, et de plus, la garde personnelle du soubab devait être exclusivement formée de soldats français. Ce dernier s'engageait à gouverner ses états avec le concours et les avis de de Bussy. Ce traité consacrait et assurait notre domination dans l'Inde méridionale.

Nos possessions nous rendaient maîtres de la cote d'Orissa. Elles étaient situées dans une direction parallèle au rivage de la mer, et s'étendaient depuis le lac Chilka et le fameuse pagode de Djagernault jusqu'à Médapilly, sur une longueur de cent quatre-vingts lieues et une largeur qui variait entre quinze et quarante. Notre territoire était séparé du Deccan par une chaîne de

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inonlagnes, couvertes de l'orèls de bambous, qui lui seji'vaient en (juel([uc sorte de rempart. Sa supcrlicic dé[)assail ving-l-ciiKi mille kilomètres carrés, et ses revenus s'élevaient à plus de (juatorze millions de livres. On y voyait de beaux cours d'eau. Nous possédions les embouchures des fleuves, qui prennent leurs sources dans le Deccan, et il nous était facile de les transformer en grandes voies de communication, et de nous emparer ainsi du commerce de l'Inde méridionale. Nos nouvelles acquisitions, connues plus tard sous le nom de Circars du Nord, formaient quatre provinces, sans parler de Pvlazulipatam, ([ui nous appartenait déjà et était alors une cité de plus de cent mille âmes et un centre de commerce des plus actifs. La province de Condavir possédait des mines de diamants, célèbres dans tout rOrient, et sa capilale, qui porlait le même nom, était bâtie sur une montagne et pouvait devenir enlre nos mains une place de premier ordre. Dans la province d'Ellora, Besora était un centre important. Dans celle de Ragimendrie, qui abondait en bois de construction, se trouvait la ville d'Yanaon. La province de Chikakole était la plus vaste et la plus fertile, et l'on y remarquait Gondjam, le siège de nombreuses transactions. Nos nouvelles acquisitions olïraienl des ressources considérables. Les manufactures de toiles de coton, de mousseline, les fabriques de sucre V étaient nombreuses et donnaient lieu à

une exportation considérable pour l'Europe. Les salines étaient une source féconde de richesses. Presque partout l'on trouA^ait du fer et du cuivre. Le sol produisait du riz et plusieurs espèces de g-raines. L'indigotier, le cotonnier, le cannelier, le cocotier et la canne à sucre venaient à merveille. Les indigènes élevaient des abeilles et des vers à soie. La cire et les soieries d'Orissa jouissaient d'une grande réputation. Notre nouvelle colonie ne laissait rien à désirer.

Par suit(> des guerres qui avaient ravagé le pays, la plupart des terres étaient en friche. Mais il suffisait d'une bonne administration pour (pi'il recouvrât son ancienne prospérité. Il n'y avait pas six mois que notre domination y était établie que les indigènes venaient en foule se fixer sur notre territoire où ils étaient assurés de n'avoir à craindre aucune exaction et de trouver la sécurité. La culture avait pris un essor inconnu jus(iu'alors,et les campagnes se peuplaient rapidement, l^ncore quelques années, et nos nouvelles provinces seraient devenues des plus prospères et des plus florissantes. Les troupes que nous y entretenions pour maintenir Tordre et qui étaient suffisantes ne comprenaient que 900 Européens et oOOO Gipayes. ]]n conséquence, les frais d'occupation se réduisaient à peu de chose.

Le résultat que nous avions obtenu, en acquérant les Gircars du Nord, valait bien l'ex-

pédition du Dcccan, el, pour de lîussy, c/élail un vérilable triomphe.

De Bussy avait été nommé gouverneur de Mazulipatam et de nos nouvelles provinces, un neveu de Dupleix, Moracin, était sous ses ordres et devait le remplacer on cas d'absence. Les pouvoirs civils cL militaires étaient réunis dans les mêmes mains, mais séparés en tout ce (jui regarde les détails de l'administration. Deux commissaires furent envoyés. Lun d'eux nommé Duplant était attache à l'armée dont il devait assurer la subsistance. Ses attributions étaient à peu près celles que les intendants militaires possèdent aujourd'hui. L'autre commissaire, de la Selle, était charg-é de percevoir les imp<jts. L'organisation que nous avions donnée au pays était complète. Dupleix partait de ce principe que, si nous voulions établir solidement notre domination, nous devions avant tout respecter les mœurs et les usages des indigènes.

En conséquence, nos nouveaux sujets continuèrent d'être régis par leurs lois, comme par le passé; ainsi que dans toute l'Inde, le souverain était le seul propriétaire du sol, et les habitants n'avaient qu'un droit de culture héréditaire. La moisson se partageait par moitié entre le souverain ou ses représentants, et les tenanciers. Au moment de notre arrivée, le pays était possédé par des chefs militaires connus sous le nom de Zihiklar^. qui avaient érigé en fiefs héréditaires

les domaines dont ils s'élaienl emparés. Sous leur i^ouvernemeiil tyrannique, les terres étaient mal cultivées et ne donnaient que le cinquième de ce qu'elles pouvaient rendre. Aussi, la population était-elle misérable.

Avec l'administration fran<;aise, tout changea. L'on reprit aux Zénidars les terres qu'ils détenaient injustement. Le nombre des fiefs lut réduit, et ceux qui étaient maintenus, furent désormais soumis à des règles fixés. Les privilèges dont jouissaient certains seig^neurs, en qualité de suzerains, lurent en partie supprimés. Nous succédions au g-ouvernernent maure, et, à titre de souverains, nous héritions de ses droits et pouvions percevoir la moitié des moissons. Nous eûmes la sag-esse de renoncer à ce droit. I^n matière de finances, rien ne l'ut innové. Les impôts qui existaient, la taxe perçue sur les solives, les douanes, un droit de transit établi sur les roules fréquentées par les caravanes, et une capitation frappant les personnes et les maisons furent maintenus, répartis d'une façon équitable, et ordre fut donné de les faire rentrer sans ligueur. Des mesures étaient prises pour fau'e disparaître le brigandage. L'on envoya des détachements de Cipayes et de cavaliers battre le pays, et la sécurité ne tarda pas à régner sur tout notre territoire. Les indigènes étaient tout surpris, quand ils se rappelaient l'arbitraire de leurs anciens maîtres. N'ayant plus à craindre les violences et

les exactions, assurés de jouir du frulL de leur travail, ils se croyaient revenus à Tàge d'or. Des manufactures se fondaient et des tisserands immigraient en grand nombre. La culture prenait chaque jour de l'importance, les planlations se multipliaient et la prospérité se développait à vue d'œil. Des travaux considérables étaient en même temps exécutés à Mazulipatam : l'on y construisait une église, Notre-Dame de la Délivrance, une place et des maisons. \ous fondions un véritable royaume fran(:ais d'où notre influence rayonnait sur toute l'Inde méridionale.

Avant de prendre possession de son poste, de Bussy se rendit à Aurengabad; il savait qu'il avait à y surveiller les agissements de Sayet- Laskar-Khan, qui, malgré ses protestations d'amitié, cherchait toujours à nous nuire. Ce dernier en voyant que Salabet-Sing était bien disposé en notre faveur usa d'un nouveau stratagème. Le soubab avait deux frères plus jeunes que lui. Sayet-Laskar-Khan lui représenta que ces deux princes avaient l'intention de le détrôner, et que I les Français avaient toujours entretenu de bonnes relations avec eux, probablement dans le but de leur donner un jour le pouvoir. Salabet- Sing crut son ministre et fit arrêter ses deux frères.

Sayet-Laskar-Khan connaissait l'innocence des deux princes, mais il espérait que de Bussy viendi-ait demander leur liberté, et que cette démarche

l'erait naître des soupçons dans Tespril du soubah. De Biissy, voyant le pièg-e qui lui était tendu, se garda bien d'intervenir, bien qu'il en fut sollicité, déclarant qu'il n'avait pas le droit de s'ingérer dans le gouvernement intérieur du pays, et qu'il s'inclinait devant les décisions du soubab du Deccan. Cette conduite prudente ouvrit les yeux de Salabet-Sing, qui reconnut entln les agissements de son ministre. De son côté, Sayet-Laskar-Khan, furieux d'avoir échoué dans sa nouvelle intrigue, donna sa démission, et rentra dans la vie privée; il fut remplacé par un seigneur de notre parti, nommé Chanavao-Klian (avril 1751).

Notre influence redevenait prépondérante. De Bussy signait un traité avec le peclnva de Pounah, qui entrait dans notre alliance, et concluait la paix d'une façon définitive avec Ragodgi-Bhouslah, le rajah des Mahrattes orientaux. La cour de Delhy nous avait accordé un firman (jui exemptait toutes nos marchandises des droits de douane. Nous étions les seuls Européens à jouir de ces avantages. De Bus-sy avait remarqué que les indigènes commençaient à faire usage des < draps d'Europe. Il espérait faire profiter notre pays de cette innovation et ouvrir ainsi de nouveaux débouchés à notre commerce et à notre iudustrie. Malheureusement, la Compagnie était hostile à des projets qui lui paraissaient être des utopies et c'est en vain (pie de Bussy s'efforçait de l'amener à ses idées. Il avait envoyé en Europe

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