ÉPILOGUE
Il y a vingt jours a peine que j'ai commencé le travail qu'on vient délire ; et, dans aucune de mes appréciations, je n'ai douté de l'issue de la grande lutte de l'Inde qui occupe, depuis trois mois, l'univers entier.
Dans leur orgueilleuse suffisance, les Anglais ont dit, dès les premiers jours : «Dans peu Delhi sera pris!» et j'ai persisté à penser et à écrire que Delhi resterait victorieuse. Et, aujourd'hui, non-seulement Delhi n'est plus assiégée, mais après avoir été le tombeau de Barnard et de Reid, elle a dispersé, écrasé l'armée assiégeante, qui n'est plus...
Ils ont dit : «L'insurrection est réprimée, puisqu'elle ne progresse plus. Nous l'acculons sur tous les points!» Et l'insurrection est universelle. Elle épouvante, en ce moment, Calcutta et Bombay, tranquilles jusqu'à ce jour. Les bataillons indiens grandissent avec leur fureur. Ils triomphent sur tous les points, et l'audacieux Mahratte, Nana-Saïb, n'est pas mort !
Ils ont dit : «Trois victoires d'Hoeveloch nous ont rendu notre ascendant!» Et Hoeveloch est en fuite!
Ils ont dit : «Nos renforts attendus nous rendent l'espérance;
bientôt 80,000 hommes enchaîneront l'Inde et la replaceront pour toujours, sous les pieds de l'Angleterre ! » Et l'armée d'occupation est a peu près détruite; et les renforts en petit nombre sont battus aussitôt qu'arrivés, décimés par le choléra, découragés, partout sur la défensive, placés en face d'une conquête nouvelle qui ne sera pas faite par leurs mains !
L'Angleterre en est arrivée à une situation si difficile, si périlleuse que, sous un point de vue chrétien, nous le regrettons pour elle. Nous voudrions que, ne prenant conseil que de cette haute raison qui éclaire dans les grandes crises, elie proclamât, la première, l'émancipation de l'Inde. Mais elle ne le fera pas. Elle attendra que le doigt victorieux de l'Inde lui trace ses étapes, en lui disant : Disparaissez ! Plaise au ciel qu'on lui en laisse le temps ! Car, quand Dieu commence une phrase il l'achève Et je ne vois au bout de la phrase commencée que le silence éternel des tombeaux?...
' De Genoude.