CHAPITRE XVI
aient jamais flétri la nature humaine. C’est là que M. Duncan commença à extirper la pratique sauvage de 1 infanticide , qui régnait tyranniquement parmi ces populations peu nombreuses mais influentes de cette partie de l’indostan.
Comme je l’ai dit plus haut, ce sont les Rajpouts qui ont adopté , de temps immémorial , l’usage inhumain de tuer leurs filles, de peur de ne pas leur trouver plus tard de parti sor table. En effet, un Rajpout ne donnerait jamais sa fille à un homme qui ne serait pas d’un rang au moins égal au sien , et n’aurait pas les moyens de la maintenir dans la supériorité sociale pour laquelle ses parents la croient née. L’orgueil de caste est poussé si loin chez les membres de cette tribu, qu’il fait taire en eux tout sentiment d’affection naturelle ou même de simple humanité. Jusqu’à l’arrivée de M. Duncan à Bénarès, il y a cinquante ans environ , le gouvernement anglais avait fait de vains efforts pour mettre des bornes à la rage de l’infanticide qui sévissait d’une manière déplorable parmi les tribus de ce vaste district. A force de persévérance, de ménagements pour les préjugés et l’orgueil de ce peuple, et en joignant la vigueur des mesures à la douceur de la persuasion, M. Duncan parvint à diminuer, si ce n’est à extirper entièrement, ce fléau des contrées soumises à son autorité. Son exemple fut suivi , bien qu’avec moins de succès , par les autres gouverneurs. Le colonel Walker, alors résident politique à Broacb, parvint à des résultats semblables après des efforts incroyables.
TABLEAUX DE LTNDE.
Les Jarejahs, tribu adonnée plus que toute autre à la pratique de l’infanticide, en racontent ainsi l’origine:
Un rajah, puissant parmi eux, ayant une fille remarquable par sa beauté et ses talents, pria son rajgour, ou le brahmine attaché à sa famille, de lui trouver pour époux un prince de mérite et de rang égal au sien. Le rajgour parcourut beaucoup de contrées sans rencontrer ce phénix des fiancés. Là où il trouvait la puissance et la richesse, la vertu et les qualités personnelles manquaient. Et réciproquement, les individus qui possédaient les grâces du corps et de l’esprit étaient dépourvus de fortune et de noblesse. Le rajgour revint dire à son maître qu’il avait échoué dans ses recherches. Cette nouvelle affligea profondément le rajah , car les parents indous regardent comme leur premier devoir de procurer des époux convenahles à leurs filles, et ils s’exposent à l’animadversion publique quand celles-ci ont passé l’âge de la puberté sans être fiancées , et avec le risque de rester célibataires. Le prince rejetait obstinément toutes les alliances qu’il regardait comme indignes de sa fille. Dans cet embarras, il consulta son rajgour, qui lui conseilla, pour éviter le déshonneur et la censure publique qui rejailliraient sur lui si sa fille ne se mariait pas, de la mettre à mort. Le père resta sourd à cette proposition, et représenta au brahmine combien était coupable le meurtre d’une femme, flétri par le Sastra, et combien il devait être plus énorme encore, lorsqu’il s’agissait de son piopre enfant.