‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 103 sur 136 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le rajgour, à la fin, triompha de ses scrupules, en consentant à se charger du crime et à en porter personnellement toute la responsabilité. En conséquence, la princesse fut mise à mort; et, depuis ce temps, les Jarejahs regardèrent l’infanticide comme un devoir à l’égard de leurs filles.

Que ce soit là ou non l’origine véritable de cette monstrueuse pratique, il est certain que le motif en est le même parmi les Rajpouts. Ce motif, c’est la difficulté de bien marier les filles. On peut demander pourquoi il ne leur serait pas permis de vivre sans se marier. C’est que chez les Indous le célibat est considéré comme une tache pour les familles. Ce préjugé est si universel, qu’à peine trouverait-on dans toute l’étendue de la presqu’île de l’Inde une femme de haute classe qui ne fût pas mariée. On fiance des enfants en bas âge, à trois ou quatre ans, et souvent de petites filles, dans un âge si tendre, sont promises à des hommes déjà vieux, mais dont l’alliance est avantageuse. Aussi une vieille fille est un objet aussi rare dans l’Indostan qu’il est commun en Angleterre. M. Moor, l’auteur ingénieux du Panthéon indien, raconte à ce sujet une anecdote qui confirme amplement le fait en question :

« Nana-Firnavese, premier ministre de l’empire Mahratte, le Pitt de l’Inde, perdit sa femme en 1796. H était vieux déjà, et de plus infirme. Ce n’était donc pas le cas pour lui d’épouser, suivant l’usage, une enfant. Ses frères les brahmines se mirent en quête de tous côtés pour lui trouver une fille de la caste

TABLEAUX DE LTNDE.

des brahmines, nubile et de bonne famille. Longtemps leurs recherches furent vaines. Enfin on en trouva une fort loin de la capitale, à Rolapore, près de Goa , et le ministre l’épousa. Toutefois ce résultat était tellement imprévu qu’il fallut trouver et publier une explication. On répandit le bruit que la dame avait été affligée, dans son enfance, d’une faiblesse de constitution qui n’avait pas permis de la fiancer de bonne heure, et qui avait totalement disparu à l’époque des recherches de Nana-Eirnavese. »

On peut s’étonner en Europe que des coutumes aussi inhumaines existent et se perpétuent chez un peuple que l’on sait avoir la plus grande répugnance à verser le sang des animaux. Cela est, en effet, d’autant plus surprenant, que son code de morale et de législation, contenu dans les Institutes de Menou, est en général empreint d’une moralité sévère, d’un grand respect pour la vie des hommes , et d’un grand éloignement pour toutes mesures de rigueur, si ce n’est dans les cas d’offense extrêmement grave. Ce problème est embarrassant. La bizarrerie de l’esprit humain, et l’empire tyrannique de l’habitude , peuvent l’expliquer plutôt que le résoudre.

L’infanticide n’est pas d’ailleurs un fait particulier à rindostan. Il est en usage également en Chine. 11 était pratiqué jadis par les Grecs , les Romains , les Juifs, les Phéniciens, les Carthaginois, les Tyriens. Il l’est encore de nos jours chez les peuplades les plus sauvages de l’Amérique, dans la Nouvelle-Galles du Sud , et dans les îles de l’océan Pacifique. Partout où

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