‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 104 sur 136 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

cette barbare coutume prévaut, ce sont les filles qui en sont les victimes.

On dit que parmi les Rajpouts les enfants étaient mis cà mort, dès l’instant de leur naissance, par leur mère ou leur nourrice, à l’aide de l’opium ou de tout autre moyen. Mais depuis l’heureux résultat obtenu par les réglements sages et humains de M. Duncan et des hauts fonctionnaires anglais stimulés par son exemple , on voit des milliers de mères goûter le bonheur de voir croître autour d’elles indistinctement tous les fruits de leur union, et maudire l’horrible coutume qui leur interdisait jadis de si douces jouissances.

Pour prouver que les brahmines ne sont pas tous, comme on le suppose, éloignés de verser le sang humain, je puis attester qu’il en existe une secte appelée Karara, que l’on dit soumise à l’influence d’un démon malfaisant, et qui, pour se le rendre favorable, empoisonnent leurs hôtes et leurs amis. On raconte, dans tout le Guzarate, l’histoire de la femme d’un de ces brahmines , qui , ayant obtenu du démon un don qu’elle désirait , fit par reconnaissance le vœu de lui offrir en sacrifice la vie d’un être humain. Mais comme l’accomplissement de ce vœu ne lui était pas autrement facile , elle résolut de choisir pour sa victime quelqu’un qui était sur le point de s’unir à sa famille par les liens les plus étroits : c’était l’époux destiné à sa fille, à laquelle toutefois elle ne put se dispenser de confier son horrible secret. La veille du jour de noce, le fiancé fut, selon la coutume suivie

TABLEAUX DE L’INDE

dans cette secte, invité à un banquet chez -le vieux brahmine, son futur beau-père. Le jeune homme arriva le visage rayonnant de bonheur, le cœur épanoui de joie et d’amour. Tandis qu’on goûtait les plaisirs de la table , la mère mêla du poison dans une portion destinée à son gendre , et qu’on avait mise de côté, avec une autre semblable pour la fiancée, mais dans laquelle il n’y avait aucun mélange. Celle-ci reçut de sa mère l’ordre de servir à son futur le mets fatal; mais, frappée d’horreur à l’idée de servir d’instrument au meurtre d’un être qu’elle chérissait si tendrement, la jeune fille, par une adroite substitution , lui donna la part qui avait été préparée pour son père, en faisant prendre à celui-ci le mets empoisonné. Il le mangea et mourut. La femme, devenue veuve, subit le sort que cette qualité lui imposait, d’après la coutume des brahmines. Elle expia son crime sur un bûcher, et le jeune couple put s’unir en liberté.

Page 1