CHAPITRE XVn
vaut. Son corps maigre avait pris un degré de rotondité considérable ; et bien qu’il assurât ne souffrir aucunement, il était aisé de voir qu’il en avait pris autant qu’il pouvait en contenir, et beaucoup plus qu’il n’en fallait pour le mettre à son aise. Il avoua qu’il ne pouvait guère répéter cette expérience que deux fois en une semaine , et que même il ne voudrait pas le faire régulièrement.
Quoique les Indous les plus rigides prétendent que leurs livres saints leur interdisent le meurtre des animaux, néanmoins beaucoup d’entre eux restreignent cette prohibition aux animaux apprivoisés, et surtout à ceux que nous appelons domestiques, et ils se réservent la faculté de tuer ceux qui sont sauvages. Il en est peu , même, qui se fassent un scrupule d’égorger un mouton ou une chèvre quand ils sont poursuivis par un violent appétit , et alors ils n’hésitent pas à s’appuyer des gloses qui accompagnent leurs livres sacrés, et où ils puisent de suffisantes autorités.
Ce qu’il y a de certain , c’est que dans les Institutes de Menou , qui renferment tout le formulaire des devoirs civils et religieux des Indous , le meurtre des animaux est permis dans de certaines limites, même aux brahmines. Je pense que les sectes de Jain et de Bouddha sont les seules qui s’abstiennent de cette pratique. Voici, au surplus, un extrait du célèbre formulaire qui a trait à cet objet : — « Les quadrucf pèdes et les oiseaux des meilleures espèces peuvent « être tués par les brahmines pour être offerts en
TABLEAUX DE L’INDE
« sacrifice à la Divinité, ou pour sustenter la vie de « ceux qu’ils sont obligés de soutenir. »
C’est donc une erreur de croire que les Indous ne puissent manger rien de ce qui a eu vie. La prohibition à cet égard est particulière et non générale. Mais il est vrai qu’il existe une quantité de mets dont ils s’abstiennent avec une régularité scrupuleuse.
Les Jains observent tellement à la lettre le précepte qui leur défend de tuer, qu’ils ont établi des lazarets où ils recueillent toute espèce de vermine , et même les reptiles dangereux, dont ils prennent tous les soins imaginables. Us se laisseraient piquer à mort plutôt que d’écraser sous leurs doigts un moustique. On doit avouer, à la vérité, que les membres de cette secte sont remarquables par leur douceur et leur humanité. A côté de la niaiserie de quelques-unes de leurs superstitions, on voit ressortir des traits de caractère honorables et fort peu communs parmi la masse des populations indiennes.
Trois jours après avoir quitté Bénarès, nous passâmes sur le pont de Mow, près de Bidzi-Gur, et nous montâmes la colline. En arrivant au fort dans lequel le rebelle Cheit-Sing avait déposé ses trésors en 1781, nous le trouvâmes dans le plus triste état de dilapidation. Cette forteresse célèbre est construite sur un plateau élevé à une hauteur considérable au-dessus du niveau de la mer, et inaccessible de tous côtés, excepté d’un seul par où la montée est extrêmement pénible. La circonférence de cette plate-forme naturelle, protégée tout autour par un mur, est d’environ