‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 107 sur 136 · CHAPITRE XVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVir

deux tiers de lieue. La surface du terrain qu’elle comprend est fort bien cultivée, et abondamment pourvue d eau. En voyant la force de cette position et la difficulté de ses approches, nous fûmes étonnés qu’elle eût si aisément cede aux attaques des troupes anglaises en 1 ySi. Mais il n’est ni murs ni remparts qui puissent mettre en sûreté la peur et une mauvaise cause.

Descendus de ce plateau, nous marchâmes dans la direction du ghaut d’Eckpouali, à travers un bois agréable qui s’étendait jusqu’à un mille de ce passage. A la sortie de ce bois , la contrée s’ouvrit devant nous, déployant à nos yeux une admirable perspective. Audessus du s’étendait une riche vallée bien boisée,

et dont les ombrages touffus servaient de retraite assurée au tigre et aux autres bêtes sauvages. Un nuLlah (torrent) profond et rapide écumait au pied de la montagne. Le bruit de ses eaux qui se précipitaient en bouillonnant à travers les bois embarrassés de branchages, parvenait faiblement à l’oreille du voyageur placé sur la hauteur. A droite, on voyait des rochers escarpés et séculaires; à gauche, de petites collines aux pentes douces ; et à l’horizon , la vallée à travers laquelle coulait paisiblement la rivière appelée Soane. Nous éprouvâmes de grandes difficultés pour descendre du ghaut avec nos chevaux. Le sentier était obstrué par un énorme rocher ; nous en cherchâmes vainement un autre ; il fallut donc prendre notre parti , et après bien des efforts, nous finîmes par gagner la plaine sans accident.

Nous prîmes dans les montagnes un singe noir :

TABLEAUX DE L’INDE

comme cette espèce est rare, nous voulions profiter de la première occasion pour l’envoyer en Angleterre ; mais soit négligence , soit mauvaise volonté de la part de ceux qui le gardaient, il parvint à s’échapper. Comme nous trouvions à chaque pas les traces des tigres et d’autres animaux de proie , nous n’étions pas sans inquiétude, malgré les précautions dont nous étions armés contre leur formidable rencontre. Néanmoins rien ne vint justifier nos craintes, si ce n’est quatre grands ours que nous surprîmes dans le creux d’un iiullah desséché, et qui s’empressèrent de fuir devant l’appareil redoutable que présentait notre troupe.

A une courte distance du gkaut d’Eckpouah existe un roc énorme, de forme irrégulière, et qui s’élève de trois cents pieds au-dessus du niveau de la plaine. Ses flancs sont perpendiculaires, et il n’est pas possible de les escalader. Cette masse informe ne semble pas appartenir au lieu même où elle est plantée; on dirait qu’elle a été tirée du sein de la terre par une des antiques convulsions de la nature. Elle porte en effet les traces de l’ancienneté la plus reculée. Cette circonstance, jointe à sa situation si peu naturelle, est cause que les géologistes du pays font remonter son origine à l’époque où, selon leur cosmogonie, l’Océan éprouva un bouleversement qui se communiqua au globe entier, précipita les rochers dans la plaine, et engloutit sous les eaux de grandes contrées qui formaient précédemment des îles.

Dans les environs de Sasseram, où nous nous arrê-

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