CHAPITRE XVII
tâmes un jour, nous trouvâmes une foule d’objets précieux pour le crayon d’un artiste; sans compter le tombeau de Chere-Schah , gravé dans notre premier volume. Le pays offre quelques beaux monuments d’architecture orientale, tant dans le goût mabométan que dans le goût indien. A mesure que nous approchions de Rhotas-Gur, les collines se déployaient devant nous avec une grande variété de formes. Leurs flancs abrupts et sombres avaient je ne sais quoi d’attrayant à l’œil , bien qu’on ne se sentît point tenté d’en parcourir les âpres sentiers. Chere-Schah enleva, par un stratagème, le fort de Rhotas au dernier rejeton d’une longue dynastie de princes indiens. Son nom était Rajah-Chintamum , et sa famille régnait sur cette partie de la péninsule depuis une suite nombj-euse de générations. Avant que Chere-Schah s’en emparât , cette forteresse passait pour inexpugnable. Ce conquérant en fit le dépôt de ses trésors et la principale résidence de sa famille jusqu’à sa mort. Après lui, sans doute elle retourna à ses premiers possesseurs, car, en iSyS, elle fut prise sur un prince indien, après une lutte sanglante, par l’empereur mogol Akbar.
En prenant possession du fort, Chere-Schah ti'ouva dans un grand temple situé dans sa partie la plus élevée , un certain nombre d’idoles taillées en marbre, qu’il fît jeter dans le précipice voisin, où l’on n’est jamais parvenu à les retrouver. Cet acte tyrannique et sacrilège a rendu sa mémoire odieuse à tous les pieux Indiens du pays.
TABLEAUX DE LTNDE.
Le zémindar d’Akbarpour, village bâti au pied de la montagne où est situé le fort de Rhotas, eut l’obligeance de nous envoyer trois guides pour nous conduire jusqu’au sommet du mont. A peine étions-nous en route par un sentier étroit et raboteux, que nous fûmes tout à coup arrêtés par un passage fortifié et fermé d’une porte. Plusieurs de ces fortifications sont échelonnées de la base à la cime de la montagne. Elles offrent un obstacle formidable aux approches de l’ennemi par leur disposition et la manière dont elles commandent le passage. Faire monter de l’artillerie pour les battre en brèche est une entreprise qui offre des difficultés plus qu’ordinaires, et tout moyen commun d’attaque y échouerait. Elles ont pourtant cédé devant l’adresse et la persévérance d’un ennemi supérieur.
Arrivé à la première porte, le guide principal s’arrêta, et, sans rien dire, mais avec un air de cérémonie significatif, il déroula son turban et en donna un bout à tenir à l’un de ses compagnons. Us se placèrent ensuite aux deux côtés de l’entrée, devant laquelle ils tendirent le turban à trois pieds de terre , en guise de barrière. Alors ils nous annoncèrent qu’il était d’usage que les voyageurs payassent, avant d’entrer, un droit de barrière, en guise d’offrande à Pollear, divinité protectrice des pèlerins et des voyageurs, et que , faute de satisfaire à cet usage , il pourrait nous arriver malheur. Leur logique était concluante ; nous obéîmes, et, mettant notre offrande dans la main de l’orateur, nous passâmes sous le guichet et entrâmes