‹ L'Inde pittoresque. Calcutta. TexteChapitre 117 sur 136 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

examen plus attentif, nous découvrîmes qu’il ne restait dans la peau que les os et du vent. Le cuir de l’animal était trop dur pour qu’il fût possible aux vautours de le percer; ils avaient en conséquence introduit leurs becs par les trous de balles et en avaient peu à peu élargi l’orifice, jusqu’à ce qu’il fût assez grand pour y passer leur tête. Alors, avec leur voracité accoutumée, ils avaient arraché sa chair lambeau à lambeau, et avaient avalé le tout en fort peu de temps. Les entrailles avaient également disparu , de sorte qu’il ne restait guère autre chose de l’animal mort qu’une peau gonflée d’air, que deux hommes de notre suite emportèrent, charmés sans doute de l’ingénieuse industrie des vautours, qui avait ainsi considérahlement diminué leur charge.

Le vautour est, dit-on, doué d’une finesse d’odorat si extraordinaire , qu’il sent les émanations de la chair en putréfaction à la distance de plus d’un mille. Il est certain que, pour peu que le corps d’un animal de certaine taille reste abandonné dans les champs , lors même qu’il n’y aurait aucun vautour en vue au moment où il est tué, dans l’espace d’une demiheure il est couvert de ces maraudeurs affamés qui ne le quittent pas tant qu’il demeui'e un morceau de chair sur la carcasse. Dès qu’ils sentent l’odeur d’une charogne, ils se réunissent en bandes nombreuses, décrivent plusieurs circuits dans l’air au-dessus de l’endroit où elle se trouve, et s’abattent ensuite sur leur proie. On peut les apercevoir fréquemment, planant à une immense hauteur, et il n’est pas de

TABLEAUX DE L’INDE

corps mort qui puisse échapper à leur vue perçante, non plus qu a la subtilité de leur odorat. Ces oiseaux sont si voraces qu’on en a vu souvent attaquer des bestiaux malades et les détruire. S’il arrive qu’un buffle soit atteint de quelque ulcère, ils se percheront sur son dos, commenceront à le déchiqueter, et, nonobstant sa fureur et ses efforts, ils continueront à lui livrer l’assaut, l’un d’entre eux planté sur la tête de l’animal et l’aveuglant de ses ailes, tandis que les autres s’acharnent sur la partie malade, jusqu’à ce qu enfin , épuisé de fatigue et de douleurs , il devienne une facile proie pour ces infatigables assassins. Le vautour est généralement de la taille d’un gros dindon, quoiqu’on en ait vu souvent peser au-delà de trente livres. Il est extrêmement utile dans les climats chauds, en les débarrassant des matières putrides, qui autrement exposeraient la contrée au retour continuel de maladies contagieuses. En effet, sans ces oiseaux, toutes les régions situées entre les tropiques seraient bientôt dépeuplées. Ils sauvent chaque année la vie à des milliers d’individus.

Page 1