CHAPITRE XX
du croyant a cessé de fléchir devant ses autels. Le prêtre n’est plus là pour accueillir et consoler le pèlerin; la foule des fidèles n’encombre plus les parvis; nul ne vient plus apporter des offrandes à ses chapelles. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un lieu de sombre désolation , qu’un sanctuaire délaissé , refuge des chauve-souris et des serpents. A peu de distance , sur la gauche de l’édifice, on voit une pierre remarquable, dont le diamètre a plus de six pieds , et qui représente le Chackra de Vichnou , admirablement sculpté dans un très-beau bas-relief. Il est vrai qu’une si parfaite connaissance de l’art se déploie dans ces ouvrages de sculpture, et s’applique si merveilleusement aux sujets qui y sont traités, qu’il serait difficile de rencontrer un seul échantillon de sculpture moderne capable de les surpasser. Le Chackra figuré sur cette pierre est un instrument qui arme l’index de la principale main droite de Vichnou, car ce dieu a quatre mains. C’est une espèce de disque ou de palet , qui se termine à sa circonférence par un bord extrêmement mince, et qui, lancé par l’index de la divinité, porte partout devant lui la mort et la dévastation.
Il y a peu d’habitants aux environs de ce magnifique monument, qui , en dépit de la négligence dont il est l’objet, de l’abandon des hommes et de l’outrage des siècles , semble construit , comme les pyramides , pour durer jusqu’au moment où il devra enfin s’écrouler, au milieu des débris de la matière et de la ruine des mondes.
A peu près à un mille de Bode-Gyah , on voit un
TABLEAUX DE L’UN DE
immense bâtiment qui forme une masse compacte de briques cimentées, sans que personne puisse dire dans quel but il a été élevé. Le lecteur trouvera un contraste à l’ancienne architecture indienne du temple que je viens de décrire, dans une grande mosquée, bâtie par Hyder-Aly dans le district de Goimbatour ; c’est peut-être run des plus beaux monuments de l’arcbitecture moderne des musulmans de l’Inde. L’un de ces édifices n’est élevé que depuis soixante ans ; l’autre a probablement trois mille ans d’existence. Rien n’est plus opposé que le style de leur construction ; mais l’im et l’autre sont parfaits dans leur genre.
Je consacrerai le reste de ce chapitre à quelques détails concernant la secte remarquable par qui fut érigé le superbe temple de Bode-Gyah. La religion de Brahma, en consacrant le principe héréditaire dans ses castes; en déclarant que nul ne pouvait passer d’une caste dans une autre ; en proclamant que tous les hommes qui ne faisaient pas partie des Aryas , étaient Mlêchas, ou barbares, avait fixé à ses propres progrès des limites qui ne pouvaient être franchies. Lorsqu’une fois il fut établi que les crimes commis pendant la durée d’une existence antérieure déterminaient irrévocablement le destin des hommes dans la vie présente ; que celui qui était né Mlêcha devait rester Mlêcha, quelles que fussent ses vertus; et que celui qui naissait Arya, resterait Arya, quels que fussent ses vices , il n’y avait plus de motifs de conversion ; toute tentative même pour conquérir des prosélytes devait
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